Inde : inondations meurtrières après la rupture d'un glacier de l'Himalaya

Une opération de sauvetage à proximité du village de Reni, dans le district de Chamoli, dans l'État de l'Uttarakhand, 7 février 2021.
Une opération de sauvetage à proximité du village de Reni, dans le district de Chamoli, dans l'État de l'Uttarakhand, 7 février 2021. © Indo-Tibetan Border Police (ITBP)/AFP
6 mn

La rupture d'une partie d'un glacier de l'Himalaya a provoqué, dimanche, des inondations spectaculaires dans le nord de l'Inde. Plus de 200 personnes sont toujours portées disparues et 18 corps ont été retrouvés au lendemain de la catastrophe. 

Publicité

D'après un bilan provisoire des autorités indiennes, plus de 200 personnes étaient portées disparues, lundi 8 février, et 18 personnes décédées, selon un bilan établi au lendemain de la rupture d'un glacier de l'Himalaya, qui a provoqué une crue éclair en s'effondrant dans une rivière, dans le nord de l'Inde.

"À l'heure actuelle, environ 203 personnes sont portées disparues", a déclaré le Premier ministre de l'État d'Uttarakhand, Trivendra Singh Rawat.

L'énorme masse d'eau a dévasté la vallée de la rivière Dhauliganga, détruisant tout sur son passage, submergeant un complexe hydroélectrique et emportant des routes et des ponts, selon les images prises par des habitants terrifiés.

"Il y avait un nuage de poussière quand l'eau est passée. La terre tremblait comme lors d'un séisme", a déclaré un habitant, Om Agarwal, à la télévision indienne.

Des centaines de militaires mobilisés

Des dizaines d'employés des deux centrales électriques installées sur le barrage de Richiganga sont portés disparus, ainsi que des habitants de la région, emportés par les eaux alors qu'ils s'occupaient de leur bétail, d'après les autorités.

Le chef de la police locale, Ashok Kumar, avait plus tôt évoqué 200 disparus dans les seules centrales électriques.

Une vingtaine d'employés se sont retrouvés coincés dans un tunnel, mais 12 ont été secourus. De 25 à 30 individus sont toujours dans un autre tunnel, a précisé auprès de l'AFP Piyoosh Rautela, responsable de l'aide d'État aux victimes de catastrophes.

Des centaines de militaires et paramilitaires, ainsi que des hélicoptères et des avions militaires, ont été mobilisés dans la région. Un porte-parole de la police de la frontière indo-tibétaine (ITBP) a déclaré à l'AFP que 200 sauveteurs mobilisés avaient repris les recherches dès le lever du jour lundi. 

Les autorités ont vidé deux barrages pour empêcher les eaux en furie de gonfler le Gange dans les villes de Rishikesh et Haridwar, et ont interdit aux habitants des deux villes de s'approcher des rives du fleuve sacré.

Les villages dans les montagnes surplombant la rivière ont été évacués, mais le plus gros du danger est passé, ont indiqué les autorités alors que la nuit tombait dimanche soir.

La menace du changement climatique

De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux ont filmé ou photographié le désastre. Des vidéos montrent la masse d'eau ravageant une étroite vallée sous une centrale électrique, laissant les routes et les ponts détruits sur son passage.

Le Premier ministre, Narendra Modi, a déclaré qu'il suivait les opérations de secours. "L'Inde se tient aux côtés des habitants de l'Uttarakhand et la nation prie pour la sécurité de tous dans cette région", a-t-il assuré dimanche sur Twitter.

Quatorze glaciers surplombent la rivière dans le parc national Nanda Devi. Ils font l'objet d'études scientifiques, à cause d'inquiétudes grandissantes concernant le changement climatique et la déforestation.

"Les avalanches sont un phénomène courant dans la zone du bassin versant", a expliqué à l'AFP M.P.S. Bisht, le directeur du Centre d'applications spatiales de l'Uttarakhand. "De gros glissements de terrain se produisent également couramment."

En 2013, des inondations dévastatrices dues à la mousson avaient tué 6 000 personnes dans l'État, entraînant des appels à revoir les projets de développement dans l'Uttarakhand, en particulier dans les zones isolées comme celle du barrage de Rishi Ganga.

Uma Bharti, une ancienne ministre des Ressources hydrauliques, a indiqué avoir demandé, lorsqu'elle était au gouvernement, le gel des projets hydroélectriques dans les régions himalayennes "sensibles" comme celles du Gange et de ses affluents.

Pour Vimlendhu Jha, fondateur de Swechha, une ONG de défense de l'environnement, ce désastre est un "sinistre rappel" des effets du changement climatique et du "développement incohérent des routes, des voies ferrées et des centrales électriques dans les zones écologiquement fragiles".

"Les militants et les habitants n'ont cessé de s'opposer aux grands projets dans la vallée de la rivière", a-t-il souligné.

Avec Reuters et AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine