En Birmanie, manifestations et appels à la grève pour dénoncer le coup d'État

Des manifestants défilent à Rangoun, contre le coup d'État militaire en Birmanie, le 8 février 2021.
Des manifestants défilent à Rangoun, contre le coup d'État militaire en Birmanie, le 8 février 2021. © AFP

La police birmane a fait usage, lundi, de canons à eau pour disperser des manifestants dans la capitale Naypyidaw , alors que des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour une troisième journée consécutive à travers le pays pour dénoncer le coup d'État militaire de la semaine dernière.  L'armée a brandi la menace de représailles à l'encontre des manifestants.

Publicité

La foule ne décolère pas en Birmanie. Des manifestations massives ont eu lieu, lundi 8 février, pour la troisième journée consécutive pour protester contre le coup d'État qui a renversé Aung San Suu Kyi. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, d'après diverses estimations, étaient rassemblées à Rangoun, la capitale économique. 

"Nous n'allons pas travailler même si notre salaire va baisser", a déclaré à l'AFP Hnin Thazin, salariée dans une usine de confection, répondant à l'appel à la grève générale lancé par les contestataires. "Je ne veux pas de la dictature". 

D'autres ouvriers ont rejoint le mouvement ainsi que des moines en robe safran, des avocats, des étudiants, et des infirmières agitant des drapeaux rouges aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, détenue au secret depuis lundi. "Libérez nos dirigeants", "respectez nos votes", "rejetez le coup d'État", pouvait-on lire sur des banderoles.

Canons à eau contre les manifestants dans la capitale

Des manifestations se tenaient également dans d'autres villes du pays, de nombreux habitants défilant sur leurs deux-roues dans un concert de klaxons, comme à Tangû, à 300 kilomètres au nord de Rangoun.

À NayPyidaw, la capitale, les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau contre des manifestants, selon des journalistes de l'AFP. Deux personnes ont été blessées, d'après cette source, tandis que des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient deux protestataires à terre après avoir été visés par les canons.

La veille, les manifestations se sont déroulées sans incident majeur. "Révolution lundi dans tout le pays contre la dictature", avaient lancé, dimanche, les protestataires, appelant à "la grève générale". Des dizaines de fonctionnaires avaient déjà cessé le travail la semaine dernière, en signe de protestation.

"Fraudes électorales"

Le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing, s'est exprimé pour la première fois dans la soirée, invoquant de nouveau "des fraudes électorales" lors des législatives de novembre pour justifier son putsch.

"Nous enquêtons sur les autorités responsables" de ces irrégularités, a ajouté Min Aung Hlaing sur la chaîne de l'armée Myawaddy TV. Il s'est engagé à "la tenue d'élections libres et justes" à la fin de l'état d'urgence d'un an et promis un régime militaire "différent" des précédents.

L'armée a aussi brandi la menace de représailles à l'encontre des manifestants pro-démocratie, toujours plus nombreux dans les rues. "Des actions doivent être prises (...) contre les infractions qui troublent, empêchent et détruisent la stabilité de l'État", a fait savoir la télévision d'État.

Les militaires ont arrêté le 1er février Aung San Suu Kyi ainsi que d'autres dirigeants de la LND. Depuis, plus de 150 personnes - députés, responsables locaux, activistes - ont été interpellées et sont toujours en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques, basée à Rangoun.

Les connexions Internet ont été partiellement rétablies et les données mobiles restaurées.

Mais l'accès à Facebook, outil de communication pour des millions de Birmans, restait perturbé. Beaucoup détournaient la censure en utilisant des VPN, outils qui permettent de contourner les restrictions géographiques.

À l'international, aucune action concrète n'a été prise pour l'instant contre les généraux.

Condamnation de Washington

Les États-Unis ont condamné lundi les interdictions de manifester en Birmanie où la loi martiale a été décrétée dans plusieurs villes.

"Nous sommes du côté du peuple birman et nous soutenons son droit à se rassembler de manière pacifique, et notamment à manifester de façon pacifique en faveur du gouvernement élu démocratiquement", a affirmé le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.

"Nous sommes bien entendu très inquiets des récentes annonces de l'armée limitant les rassemblements publics", a-t-il ajouté auprès de journalistes.

Malgré leurs tentatives, les États-Unis n'ont pas été en mesure de communiquer avec l'ex-dirigeante et lauréate du prix Nobel de la paix, qui est détenue au secret, a rapporté le porte-parole du département d'État.  

"Nous avons tenté d'entrer en contact avec Aung San Suu Kyi. Nous l'avons fait de manière informelle et formelle", a dit Ned Price. "Ces requêtes", a-t-il affirmé, "ont été rejetées".

Ned Price a aussi appelé la Chine, allié historique de l'armée birmane, à se joindre aux principales démocraties pour condamner le coup d'État en Birmanie.

La Maison Blanche a menacé de son côté les militaires putschistes de "sanctions ciblées" s'ils ne renonçaient pas au pouvoir. 

Le Royaume-Uni, l'Union européenne et 19 autres membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont demandé une réunion d'urgence.

Avec AFP et Reuters

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine