En Birmanie, la junte libère plus de 23 000 prisonniers, la mobilisation se poursuit


Le coup d'État en Birmanie a laissé sa jeune génération confinée chez elle et qui se demande s'il faut défier l'armée dans la rue.
Le coup d'État en Birmanie a laissé sa jeune génération confinée chez elle et qui se demande s'il faut défier l'armée dans la rue. © AFP

La junte au pouvoir en Birmanie a procédé à une amnistie massive de prisonniers vendredi, une pratique courante lors de dates importantes du calendrier. La mobilisation quant à elle se poursuit avec des centaines de milliers de Birmans qui sont redescendus dans la rue aujourd'hui.

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Les militaires au pouvoir en Birmanie depuis le coup d'État du 1er février ont ordonné la libération de plus de 23 000 prisonniers vendredi 12 février. Les amnisties massives de prisonniers afin de vider les établissements surpeuplés sont courantes et généralement effectuées lors de dates importantes du calendrier birman. Ce vendredi est un jour férié dans le pays et des centaines de milliers de Birmans en ont profité pour descendre dans la rue.

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Bravant l'interdiction de rassemblements, les contestataires étaient de nouveau très nombreux à défiler contre le putsch du 1er février, vivement condamné à travers le monde notamment par Washington qui a listé jeudi de nouvelles sanctions contre les généraux.

À Rangoun, la capitale économique, une foule variée – des médecins, joueurs de foot, étudiants, salariés du privé – défilait sur une des grandes artères de la ville. "Rendez-nous notre gouvernement élu", "respectez notre vote", scandaient-ils.

Des contestataires arboraient sur leur T-shirt un ruban rouge aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, d'autres brandissaient des portraits de l'ex-dirigeante de 75 ans, détenue au secret depuis douze jours.

Des libérations de prisonniers

Tradition local en ce jour férié, le régime a procédé à des libérations de prisonniers : "Le Conseil d'administration de l'État […] a levé la punition de 23 314 prisonniers détenus dans les prisons, centres de détention et camps", est-il annoncé dans les colonnes de l'organe d'État Global New Light of Myanmar, en utilisant le terme officiel pour désigner le gouvernement militaire birman. Un autre encart indique que 55 prisonniers étrangers seraient également libérés. 

Les deux ordres ont été signés par le chef de la junte, le général en chef de l'armée Min Aung Hlaing. Aucun autre détail sur les prisonniers libérés n'a été donné dans l'annonce. 

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La peur dans tous les esprits

241 personnes sont en détention depuis le coup d'État du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, d'après une ONG d'aide aux prisonniers politiques. Parmi elles, des responsables locaux, des députés, des membres de la commission électorale, des activistes.

Les autorités ont aussi rédigé un projet de loi sur la cybersécurité très liberticide.

La peur des représailles est dans tous les esprits. Mardi, la police a tiré sur des manifestants, faisant plusieurs blessés dont deux graves. Une jeune femme, qui a reçu une balle dans la tête, est dans un état critique.

Malgré cela, les Birmans continuaient à descendre dans la rue vendredi pour exiger la libération des personnes détenues, la fin de la dictature et l'abolition de la Constitution de 2008, très favorable à l'armée.

"N'allez pas au travail !"

À Rangoun, la capitale économique, des joueurs professionnels de football et des supporters défilaient, arborant un maillot rouge aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi. "Rejetons la dictature !", pouvait-on lire sur leur banderole.

"N'allez pas au travail !", "Notre révolte doit réussir !", scandaient des centaines d'enseignants à Miek (sud), tandis que dans la capitale administrative, Naypyidaw, des manifestants sur des deux-roues klaxonnaient et faisaient le salut à trois doigts qui est un signe de résistance.

Policiers, contrôleurs aériens, enseignants, professionnels de santé, un nombre important de fonctionnaires se sont aussi mis en grève. Le chef de la junte, Min Aung Hlain, les a mis en garde jeudi soir, leur ordonnant de reprendre le travail. "Incités par des personnes peu scrupuleuses, certains membres du personnel de la fonction publique n'ont pas rempli leurs fonctions", a écrit le général dans un communiqué, avertissant que "des actions efficaces seront prises". 

Les foules étaient toutefois moins importantes depuis l'interdiction de rassemblement et le couvre-feu décrété en début de semaine.

S'exprimant à l'occasion d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'Homme (CDH) sur la Birmanie demandée par les Européens, la Haute-Commissaire adjointe de l'ONU aux droits de l'Homme, Nada al-Nashif, a demandé des sanctions ciblées à l'encontre des responsables du putsch afin de ne pas plonger la population dans la misère.

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Avec AFP

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