Birmanie : la police ouvre le feu sur des manifestants, faisant plusieurs morts

Manifestation contre le coup d'État militaire à Rangoun, en Birmanie, le 27 février 2021.
Manifestation contre le coup d'État militaire à Rangoun, en Birmanie, le 27 février 2021. © Sai Aung Main, AFP

La police birmane a tiré à balles réelles sur des manifestants lors d’une nouvelle journée de mobilisation dimanche contre le coup d’État militaire. Au moins 18 manifestants sont morts et 30 personnes ont été blessées dans le pays, a annoncé l'ONU à la mi-journée.

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Quasiment un mois après le coup d’État en Birmanie, la répression policière s’intensifie contre les opposants à la junte. Au moins 18 manifestants ont été tués et 30 blessés dans le pays dimanche 28 février, a annoncé l'ONU.

"Pendant toute la journée, en plusieurs lieux, la police et l'armée ont répondu à des manifestations pacifiques en ayant recours à une force létale et moins létale qui – selon des informations crédibles reçues par le Bureau des droits de l'Homme des Nations unies – a fait au moins 18 morts et 30 blessés", a déclaré le bureau de l'ONU.

Dans plusieurs quartiers de l'ancienne capitale Rangoun, la police renforcée par des éléments de l'armée a tiré à balles réelles après avoir échoué à disperser la foule avec des grenades assourdissantes, du gaz lacrymogène et des tirs de sommation.

Plusieurs blessés ont été évacués à dos d'homme, laissant des traînées de sang sur le pavé. Un homme est décédé à l'hôpital après avoir reçu une balle dans la poitrine, d'après une source médicale qui n'a pas souhaité être identifiée. Un responsable de l'ONU, s'exprimant lui aussi sous le sceau de l'anonymat, a déclaré à Reuters que le bureau des Nations unies avait pu confirmer la mort d'au moins cinq personnes à Rangoun dimanche.

"Nous condamnons fermement la répression violente des manifestations en Birmanie, et appelons les militaires à cesser immédiatement d'utiliser la force contre des manifestants pacifiques", a déclaré dimanche à la mi-journée, dans un communiqué, Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'Homme de l'ONU.

L'Union européenne condamne "l'usage de la force" en Birmanie

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a condamné dimanche la répression meurtrière menée par les militaires en Birmanie et a confirmé l'adoption de sanctions. "La violence ne donnera pas de légitimité au renversement illégal du gouvernement démocratiquement élu", a averti l'Espagnol dans un communiqué.

"En tirant sur des citoyens non armés, les forces de sécurité ont fait preuve d'un mépris flagrant du droit international, et doivent rendre des comptes", a-t-il affirmé. "Les autorités militaires doivent immédiatement cesser l'usage de la force contre les civils et permettre à la population d'exprimer son droit à la liberté d'expression et de réunion", a insisté Josep Borrell.

"L'Union européenne prendra prochainement des mesures en réponse à ces développements", a-t-il annoncé. Les Européens ont décidé, lundi, des sanctions ciblées contre les intérêts économiques et financiers des militaires, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères.

"Dans ce pays, ils sont des entrepreneurs et sont détenteurs de pans de l'économie", avait expliqué Josep Borrell lors d'une conférence de presse, à l'issue de la réunion. Ces sanctions doivent être finalisées dans les prochains jours et prendront effet avec leur publication au journal officiel de l'UE.

La Birmanie, un "champ de bataille"

La police a aussi ouvert le feu sur des protestataires à Dawei, faisant au moins trois morts et plusieurs dizaines de blessés, a-t-on appris auprès de sources locales.

Pyae Zaw Hein, volontaire auprès des secouristes, a expliqué à l'AFP que les trois personnes tuées avaient été "touchées par des tirs à balles réelles", dans la ville du Sud, alors que les blessés avaient été atteints par des tirs de balles en caoutchouc.

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"Il pourrait y avoir beaucoup plus de victimes car nous continuons de recevoir des blessés", a-t-il ajouté. Le média local Dawei Watch a également fait état de trois morts.

Des médias locaux et une ONG ont fait état d'au moins deux autres morts à Bago, dans le centre du pays. À Mandalay (centre), un manifestant, grièvement blessé par un projectile qui a transpercé son casque et s'est logé dans son cerveau, est dans un état critique.

"Le Myanmar (Birmanie) est un champ de bataille", a commenté, sur Twitter, Charles Maung Bo, cardinal catholique de ce pays à forte majorité bouddhiste.

La police et un porte-parole de l'armée birmane n'ont pas fait de commentaire.

Intensification graduelle de l'usage de la force

La Birmanie est le théâtre d'importantes manifestations depuis la prise de pouvoir de la junte militaire, qui a placé en détention la dirigeante élue Aung San Suu Kyi ainsi que plusieurs membres de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD).

Les autorités ont graduellement intensifié l'usage de la force pour les disperser, avec des gaz lacrymogènes, canons à eau, balles en caoutchouc et parfois des balles réelles.

À Rangoun samedi, la police a utilisé des balles en caoutchouc pour disperser une manifestation au carrefour de Myaynigone, scène la veille d'un long affrontement.

La junte birmane invoque pour justifier le coup d'État des fraudes électorales lors des élections générales de novembre, les deuxièmes depuis la dissolution de la junte en 2011 et qui avaient été remportées haut la main par le parti d'Aung San Suu Kyi.

Avec Reuters et AFP

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