Nouvelles manifestations en Birmanie, l'ONU divisée sur la réponse à apporter

Des manifestants visés par la police, le 6 mars 2021, à Rangoun, en Birmanie.
Des manifestants visés par la police, le 6 mars 2021, à Rangoun, en Birmanie. © AFP

Les manifestations se sont poursuivies samedi en Birmanie malgré la répression par l'armée. La veille, une réunion de l'ONU a été le théâtre des divisions de la communauté internationale.

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Les manifestants prodémocratie sont à nouveau descendus dans la rue en Birmanie, samedi 6 mars, au lendemain d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU divisé sur la réponse à apporter aux "appels désespérés" de la population.

Le pays d'Asie du Sud-Est est plongé dans la tourmente depuis que l'armée a renversé et arrêté la dirigeante élue Aung San Suu Kyi le 1er février, avec des manifestations et des grèves quotidiennes qui bloquent l'économie et l'administration.

Des manifestations sporadiques ont été organisées dans tout le pays samedi et les médias locaux ont rapporté que la police avait utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser un rassemblement à Rangoun, la plus grande ville du pays. Aucun blessé n'a été signalé.

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Plus de 50 manifestants ont été tués depuis le coup d’État, dont au moins 38 mercredi, selon les Nations unies. Les manifestants demandent la libération d'Aung San Suu Kyi et le respect des élections de novembre, remportées par le parti de la dirigeante mais rejetées par l’armée.

Les appels à la grève ont un impact important sur certains secteurs de l'économie déjà très fragile du pays, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides.

Les médias d'État ont exhorté les fonctionnaires à reprendre le travail, faute de quoi "ils seront licenciés à partir du 8 mars".

Le corps d'une victime exhumé par les autorités

Coupures d'Internet, vagues d'interpellations, recours à la force létale : les généraux putschistes sont plus déterminés que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur le pays.

Deux victimes de 18 ans ont été enterrées samedi. "Il n'y aura pas de pardon pour vous jusqu'à la fin du monde", a chanté la foule. La veille, les cercueils de trois autres ont été drapés du drapeau rouge du parti d'Aung San Suu Kyi pendant leurs funérailles.

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D'après des médias locaux, le corps d'une autre victime, Kyal Sin – devenue une icône car elle portait un t-shirt sur lequel était inscrit "Tout ira bien" quand elle a été abattue – a été exhumé par les autorités qui l'ont examiné avant de le remettre en terre, suscitant l'indignation sur les réseaux sociaux.

Les médias d'État ont mis en cause le fait que l'adolescente a été tuée par la police ou l'armée, allant jusqu'à assurer que, d'une manière générale, les forces de sécurité "n'étaient pas associées" aux décès de manifestants.

Divisions internationales

Rien n'infléchit les généraux, qui profitent aussi des divisions de la communauté internationale. Le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni vendredi, n'a pas réussi à se mettre d'accord sur une déclaration commune. Des négociations sur un texte doivent se poursuivre la semaine prochaine, d'après des sources diplomatiques.

"Nous sommes prêts à envisager des sanctions internationales conformément à la Charte des Nations unies si la situation continue à se détériorer", a fait savoir l'ambassadrice britannique, Barbara Woodward, à l'issue de la réunion, organisée à l'initiative du Royaume-Uni.

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Des mesures coercitives ont été annoncées par les États-Unis et l'Union européenne, mais des observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d'armes, une décision qui nécessite l'accord de tous les membres du Conseil.

Or, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l'armée birmane et exportateurs d'armes dans le pays, refusent de parler de "coup d'État", l'agence de presse chinoise évoquant début février un simple "remaniement ministériel".

Notre pays veut être "un voisin amical", a déclaré vendredi l'ambassadeur chinois, Zhang Jun, mettant en garde contre des sanctions qui ne feraient qu'"aggraver les tensions ou compliquer davantage la situation".

Des centaines d'"appels désespérés"

Les autres voisins régionaux font peu entendre leur voix. Singapour, premier investisseur dans le pays, a été le seul à hausser le ton, évoquant par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, "une honte nationale". Mais le chef de la diplomatie a aussi estimé que toute pression extérieure sur les généraux aurait peu d'impact.

Dans ce contexte, il semble peu probable que l'appel à "l'unité", lancé par l'émissaire des Nations unies pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, soit entendu.

"Combien de temps encore pouvons-nous laisser l'armée de Birmanie s'en tirer ainsi ?", a-t-elle lancé vendredi, selon une copie de ses propos consultée par Reuters. "Il est essentiel que ce conseil soit résolu et cohérent pour mettre les forces de sécurité en garde et se tenir fermement aux côtés du peuple birman, en faveur des résultats clairs des élections de novembre", a-t-elle ajouté.

"L'espoir que (les Birmans) ont placé dans les Nations unies et ses membres diminue", a également déploré Christine Schraner Burgener, disant recevoir quotidiennement des centaines d'"appels désespérés" de mères, d'étudiants et de personnes âgées.

Plus de 1 700 personnes ont été arrêtées depuis le putsch, dont une trentaine de journalistes. Face à la détérioration de la situation, des Birmans ont commencé à prendre la fuite pour se réfugier en Inde voisine, dont trois policiers refusant de prendre part à la répression, d'après la police indienne.

Sollicitée, la junte, qui conteste le résultat des élections de novembre remportées massivement par le parti d'Aung San Suu Kyi, n'a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP ou de Reuters.

Avec AFP et Reuters

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