Le Parlement chinois ouvre la voie à une réforme électorale à Hong Kong

L'Assemblée populaire de Chine à Pékin, le 11 mars 2021.
L'Assemblée populaire de Chine à Pékin, le 11 mars 2021. © Nicolas Asfouri, AFP

Selon la réforme approuvée jeudi par l'Assemblée nationale populaire de Chine, le pouvoir hongkongais lié à Pékin aura un droit de veto sur les candidats de l'opposition militant pour la démocratie aux élections législatives. L'Union européenne a dénoncé "une nouvelle violation du principe 'un pays, deux systèmes'" et n'exclut pas de prendre "des mesures supplémentaires".

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Le Parlement chinois a approuvé, jeudi 11 mars à la quasi-unanimité, une réforme du système électoral à Hong Kong, qui donnera au pouvoir un droit de veto sur les candidats de l'opposition militant pour la démocratie aux élections législatives.

Ignorant les avertissements des capitales occidentales, les quelque 3 000 députés de l'Assemblée nationale populaire (ANP) ont sans surprise approuvé un "projet de décision sur l'amélioration du système électoral" dans cette ex-colonie britannique. Une salve d'applaudissements a salué le résultat du vote dans l'immense Palais du peuple, où siège le Parlement, à Pékin. Aucun député n'a voté contre le texte et un seul s'est abstenu.

Le régime chinois a présenté vendredi cette réforme comme un deuxième "coup de poing" après la loi sur la sécurité nationale, qui a mis fin l'an dernier au "chaos" dans l'ex-colonie britannique. La Chine ne fera "aucune concession" sur son projet de réforme électorale, a déclaré devant la presse un haut responsable du régime communiste.

Le projet de modification de la désignation des députés du Conseil législatif (Legco), le Parlement hongkongais, survient environ un an après que Pékin a imposé une loi sur la sécurité nationale qui s'est traduite par une répression sans précédent contre les militants de l'opposition dans le territoire autonome. 

Le régime communiste avait fait passer cette loi à la suite des manifestations monstres de 2019 contre l'influence de Pékin à Hong Kong. Mais le pouvoir du président chinois Xi Jinping n'avait pas pu empêcher qu'une consultation locale fin 2019 donne une très large victoire aux conseillers de district d'opposition.

À la suite du vote de jeudi, le comité permanent de l'ANP devrait être chargé de rédiger un projet de loi qui sera officiellement approuvé par le Parlement chinois avant d'être imposé à Hong Kong.

"Comité électoral"

Le texte n'a pas été publié, mais l'agence de presse Chine nouvelle a expliqué qu'il consisterait à accroître le rôle du "comité électoral" hongkongais, un organe soumis à Pékin qui désigne déjà directement la moitié des députés du Conseil législatif. Ce dispositif a permis au pouvoir chinois de s'assurer des majorités favorables au Legco depuis la rétrocession de Hong Kong en 1997.

Le comité électoral, qui aura 1 500 membres contre 1 200 actuellement, sera habilité à sélectionner les candidats autorisés à se présenter au volet démocratique du scrutin, selon l'agence de presse officielle. Le Legco passera pour sa part de 70 à 90 membres, mais Chine nouvelle n'a pas précisé si le comité électoral pourrait désormais désigner plus de la moitié des députés hongkongais.

Réagissant jeudi à l'adoption de cette réforme, la diplomatie américaine a dénoncé les "attaques persistantes" de la Chine "contre les institutions démocratiques de Hong Kong". Le Royaume-Uni, l'ex-puissance coloniale, a regretté "une nouvelle mesure de Pékin pour vider de sa substance le débat démocratique" à Hong Kong.

Quant à l'Union européenne, elle a dénoncé "une nouvelle violation du principe 'un pays, deux systèmes'". "L'Union européenne envisagera de prendre des mesures supplémentaires", a averti le chef de la diplomatie Josep Borrell dans cette déclaration publiée au nom des 27 membres de l'UE.

Ce projet vise à "assurer la stabilité et le développement à long terme du concept 'Un pays, deux systèmes'", qui permet depuis 1997 à Hong Kong de bénéficier d'une semi-autonomie en échange de sa rétrocession, a de son côté déclaré jeudi à la presse le Premier ministre chinois, Li Keqiang.

Non-patriotes s'abstenir

Au moment de la rétrocession, Pékin avait garanti à ce territoire, au moins jusqu'en 2047, des libertés inconnues en Chine continentale, comme la liberté de la presse et une justice indépendante. Mais le pouvoir et les médias chinois répètent depuis des semaines qu'une réforme est nécessaire pour s'assurer que seuls des "patriotes" puissent être élus dans la métropole financière.

Le terme de patriotisme signifie "aimer l'actuelle République populaire de Chine dirigée par le Parti communiste chinois", a précisé mardi Song Ru'an, commissaire adjoint au ministère chinois des Affaires étrangères à Hong Kong. "Nous examinerons si les candidats répondent à ces critères", a-t-il ajouté.

Honnie par l'opposition, la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, a salué le vote des députés chinois, qu'elle a remerciés "du fond du cœur".

Avec AFP

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