Birmanie : poursuite de la répression meurtrière

Des manifestants s'abritent derrière une barricade lors d'une manifestation contre le coup d'État à Mandalay, en Birmanie, le 15 mars 2021.
Des manifestants s'abritent derrière une barricade lors d'une manifestation contre le coup d'État à Mandalay, en Birmanie, le 15 mars 2021. © Stringer, Reuters

Au moins huit manifestants opposés à la junte ont été tués, lundi, en Birmanie, alors que l'audience de l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi a été reportée, faute de connexion internet. 

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Huit personnes sont mortes, lundi 15 mars, en Birmanie lors de nouvelles manifestations pro-démocratie réprimées par la police.

Six personnes, dont une femme, ont été abattues et seize personnes blessées à Myingyan, a dit à l'AFP un habitant de cette localité sous couvert d'anonymat, de peur de représailles.

Également dans le centre, à Aunglan, "deux hommes ont été tués par balle", l'un visé à la tête et l'autre à la poitrine, et "six autres ont été blessés", a raconté à l'AFP un témoin. 

La télévision d'État a pour sa part confirmé lundi qu'un policier avait été tué à Bago, une ville au nord-est de Rangoun, au cours d'une manifestation.

Au moins 44 manifestants prodémocratie ont été tués dimanche par les forces de sécurité, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), lors de la journée de répression la plus meurtrière depuis le coup d'État militaire du 1er février. 

Au total, au moins 138 manifestants pacifiques ont été tués ces six dernières semaines, a déploré, lundi, le porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric, dénonçant un "week-end de bain de sang".

L'ONG comptabilise aussi plus de 2 000 arrestations depuis le 1er février, dont la prix Nobel de la paix 1991, toujours tenue au secret. L'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, accusée de multiples infractions par la junte, devait comparaître en vidéoconférence dans la matinée, mais l'audience a dû être reportée faute de connexion internet, a indiqué à l'AFP son avocat Khin Maung Zaw. Elle se tiendra le 24 mars.

L'ex-dirigeante de 75 ans est poursuivie pour au moins quatre chefs d'accusation : importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d'une loi sur les télécommunications et incitation aux troubles publics.

>> À voir : "En Birmanie, les femmes en première ligne contre la junte"

La junte l'accuse aussi de corruption en affirmant qu'elle a perçu 600 000 dollars et reçu plus de 11 kilos d'or de pots-de-vin.

Aung San Suu Kyi semblait en bonne santé le 1er mars lors de la dernière audience en visioconférence, selon Khin Maung Zaw, qui n'a toujours pas été autorisé à rencontrer sa cliente.

"La junte doit être derrière les barreaux"

Des manifestations éparses se déroulaient lundi dans tout le pays notamment à Mandalay où les protestataires arboraient des panneaux: "Arrêtez la violence", "Sauvez la Birmanie". Non loin de là, des ingénieurs et des enseignants grévistes défilaient dans le cadre de la campagne de désobéissance civile lancée contre la junte.

Après six semaines de rassemblements pro-démocratie, les généraux poursuivent sans relâche leur répression. Meurtres, persécutions, disparitions forcées, tortures : le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a dénoncé de probables "crimes contre l"humanité" commis par la junte.

"Les dirigeants de la junte ne doivent pas être au pouvoir, mais derrière les barreaux", a tweeté lundi Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, appelant à stopper immédiatement l'"approvisionnement en argent et en armes" des militaires.

Dimanche, les événements ont été particulièrement tendus à Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de Rangoun qui abrite de nombreuses usines textiles, avec 22 personnes tuées.

Vingt-deux autres manifestants prodémocratie ont péri à travers le pays, dont au moins sept à Rangoun, un bilan qui pourrait être sous-estimé, d'après l'AAPP. Un policier a été tué à Bago, au nord-est de la capitale économique.

À Hlaing Tharyar, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des protestataires après l'incendie de plusieurs usines chinoises, l'ambassade de Chine demandant aux autorités de "garantir la sécurité" de ses entreprises et de son personnel.

Alors que des panaches de fumée s'élevaient de la zone industrielle, de nombreux véhicules militaires ont été déployés et des tirs ont été entendus en continu par les habitants cachés dans les maisons.

Personne n'a revendiqué les incendies, mais le ressentiment antichinois s'est intensifié ces dernières semaines dans le pays, certains estimant que Pékin, grand investisseur en Birmanie, a une position trop douce vis-à-vis des généraux putschistes.

Loi martiale et coupure d'Internet

À la suite de ces affrontements, la junte a décrété la loi martiale dans six cantons de l'agglomération de Rangoun.

Toute personne arrêtée dans ces banlieues sera jugée par un tribunal militaire et encourra une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

Les connexions Internet mobiles, qui étaient depuis plusieurs semaines coupées dans la nuit mais rétablies dans la matinée, ne fonctionnaient toujours pas lundi en début d'après-midi dans la capitale économique, a fait savoir l'ONG de surveillance Netblocks.

L'envoyée de l'ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a fermement condamné cette nouvelle effusion de sang, tandis que l'ancienne puissance coloniale britannique s'est dite "consternée" par l'usage de la force "contre des innocents".

>> À voir aussi : "Birmanie : après le coup d'État, la répression"

Mais la junte fait pour l'instant la sourde oreille aux condamnations internationales. Beaucoup de responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) ont été emprisonnés depuis le coup d'État, dont deux sont morts en détention.

Certains députés, passés à la clandestinité pour la plupart, ont créé un Comité pour représenter l'Assemblée de l'Union (CPRH), censé représenter le parlement fantôme.

Son vice-président, Mahn Win Khaing Than, a lancé ce week-end un vibrant appel à la résistance contre cette "dictature injuste". "C'est le moment le plus sombre de la nation (mais) il faut que le soulèvement l'emporte", a-t-il déclaré.

La junte a pour sa part averti que l'appartenance à ce comité s'apparentait à une "haute trahison", passible d'une peine de 22 ans de prison.

Avec AFP

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