En Chine, le boycott des marques opposées à l’utilisation du coton du Xinjiang prend de l’ampleur

Plusieurs marques, dont H&M, subissent une campagne de boycott en Chine depuis les sanctions européennes.
Plusieurs marques, dont H&M, subissent une campagne de boycott en Chine depuis les sanctions européennes. © Nicolas Asfouri, AFP

H&M, Nike ou encore Burberry subissent une campagne de boycott en Chine pour avoir publié en 2020 des communiqués contre l’utilisation du coton cultivé dans la province du Xinjiang, où des allégations de travail forcé des Ouïghours existent. Le mouvement a été lancé après l'imposition lundi par l'Union européenne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada de sanctions contre Pékin sur le traitement des Ouïghours.

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Difficile de penser que la coïncidence soit due au hasard. Quelques jours après l'annonce, lundi, de sanctions visant la Chine par l'Union européenne (UE), le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada, une campagne de boycott contre de marques d'habillement comme H&M, Nike ou encore Burberry prend de l'ampleur en Chine.

Alors que Pékin a répliqué aux pénalités en sanctionnant dix personnalités européennes et a étendu vendredi ses sanctions à neuf Britanniques ainsi que quatre entités, les déclarations de grandes marques d'habillement sur le travail forcés des Ouïghours dans les champs de coton du Xianjiang sont opportunément réapparues.

En 2020, le Suédois H&M, l'Américain Nike, l'Allemand Adidas ou encore le Japonais Uniqlo avaient publié des communiqués dans lesquels ils s'engageaient à ne plus utiliser de coton issu des cultures de la province chinoise du Xinjiang après la publication de plusieurs études faisant état de travail forcé des Ouighours dans les champs de coton.

Cette population, principalement musulmane et parlant une langue turcique, représente un peu moins de la moitié des 25 millions d'habitants du Xinjiang. Selon des études publiées par des instituts américains et australiens, au moins 1 million d'entre eux ont été internés dans des "camps" et certains soumis à du "travail forcé".

"Vous rêvez !"

Mercredi, les articles H&M ont été retirés des principaux sites de ventes en ligne chinois – Alibaba, JD.com et Pinduoduo. Les boutiques de l'enseigne sont néanmoins restées ouvertes.

La polémique s'est propagée sur les réseaux sociaux, où les prises de position contre les marques en question se sont multipliées après les déclarations de la Ligue de la jeunesse communiste, une organisation affiliée au parti au pouvoir. "Diffuser des rumeurs et boycotter le coton du Xinjiang, tout en espérant gagner de l'argent en Chine ? Vous rêvez !", avait-elle écrit, laissant entrevoir le signe d'une possible intervention de l'exécutif dans la campagne de boycott.

Jeudi, l'annonce par plusieurs acteurs et chanteurs chinois qu'ils coupaient tout lien avec Nike, Adidas, Uniqlo, Converse ou encore Calvin Klein, dont ils ou elles étaient les ambassadeurs d'image, a accentué le mouvement de boycott.

"Les intérêts du pays passent avant tout", a indiqué l'actrice Tan Songyun pour mettre fin à son partenariat avec Nike, se disant "fermement opposée à toutes les actions malveillantes visant à salir [la Chine]".

Selon le correspondant du Monde, Simon Leplâtre, "jeudi, sur les réseaux sociaux chinois, certains se [sont] film[és] mettant le feu à leur collection de baskets Nike".

"Aucune position politique"

Soucieuse d'éteindre l'incendie, la marque américaine Nike a déclaré dès mercredi que l'entreprise n'endossait "aucune position politique". Quant au communiqué du groupe suédois H&M datant de 2020, il n'était plus visible jeudi sur le site Internet du groupe – signe d'un possible retrait.

Les marques visées ont reçu plusieurs soutiens politiques internationaux. Le Premier ministre suédois Stefan Löfven a notamment défendu vendredi la marque suédoise H&M. "Je pense que c'est très bien quand les entreprises prennent leurs responsabilités sur les conditions de travail des salariés partout dans le monde, que les salariés soient traités avec respect", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Les États-Unis ont également condamné la "campagne" de "boycott" orchestrée par la Chine. "Nous saluons et nous soutenons les entreprises qui adhèrent aux lois américaines et garantissent que les biens que nous consommons ne sont pas produits grâce au travail forcé", a déclaré à la presse une porte-parole de la diplomatie américaine, Jalina Porter.

Le boycott pourrait s'étendre dans les prochains jours à d'autres marques ayant pris position sur les cultures de coton au Xinjiang. Les noms de Zara, Gap, New Balance ou encore Fila circulaient sur le réseau social chinois Weibo jeudi.

"Réaffirmer l'opposition à toute forme de travail forcé"

Le collectif Éthique sur l'étiquette a publié vendredi une série de messages sur Twitter appelant les marques d'habillement à "réaffirmer leur opposition à toute forme de travail forcé, notamment des Ouïghours".

Le collectif craint que des marques d'habillement ne retirent leur affirmation sur le coton du Xinjiang face à la crainte de ne plus avoir accès au marché chinois. Jeudi sur Weibo, la marque allemande de vêtements de luxe Hugo Boss n'a pas hésité à affirmer qu'elle continuerait à "acheter et soutenir le coton du Xinjiang"

Dans un communiqué publié sur son site, la marque affirme pourtant son opposition à utiliser du coton de cette province du nord-ouest. Interrogée par l'agence Hong Kong free press, la marque allemande a assuré n'avoir jamais utilisé de matière première "provenant directement de la province du Xinjiang".

Questionnée sur le double discours destiné aux consommateurs chinois d'une part et occidentaux d'autre part, la marque ne s'est pas exprimée.

Avec AFP

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