Birmanie : divisé, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence

Des villageois de l'ethnie karen blessés dans des bombardements de la junte, près de Day Pu No, dans l'est de la Birmanie, le 29 mars 2021.
Des villageois de l'ethnie karen blessés dans des bombardements de la junte, près de Day Pu No, dans l'est de la Birmanie, le 29 mars 2021. © AFP

Les quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU se retrouvent mercredi pour tenter de mettre fin à la répression brutale orchestrée par les militaires birmans. Washington a récemment ordonné de nouvelles sanctions et le départ de ses diplomates du pays mais la junte peut encore compter sur la bienveillance de la Chine et de la Russie.

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Malgré ses divisions, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit mercredi 31 mars en urgence pour tenter d'apporter une réponse à la crise en Birmanie, où la junte poursuit sa répression meurtrière, poussant Washington à ordonner le départ de ses diplomates.

À la demande de Londres, les quinze membres du Conseil vont se réunir à huis clos. Il doivent impérativement décider de "couper les moyens financiers de la junte (...) et renvoyer les responsables des atrocités devant la Cour pénale internationale", a tweeté Tom Andrews, rapporteur spécial de l'ONU sur la Birmanie.

Mais les Nations unies sont divisées. Si les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours, la Chine et la Russie ont refusé de condamner officiellement le putsch du 1er février contre Aung San Suu Kyi, Moscou souhaitant même renforcer sa coopération militaire avec le nouveau régime.

Profitant de ces dissensions, les généraux poursuivent leur riposte sanglante. Huit personnes ont été abattues mardi par les forces de sécurité, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui comptabilise plus de 520 civils tués ces deux derniers mois.

>> À voir, notre Entretien : "Pour l'ambassadeur de Birmanie à l'ONU, 'la junte est responsable de crimes contre l’humanité'"

Premières frappes aériennes

La spirale de violences a aussi déclenché la colère parmi la vingtaine de rébellions ethniques que compte la Birmanie.

L'Union nationale karen (KNU) et l'Armée pour l'indépendance kachin (KIA) ont lancé plusieurs attaques contre les forces de sécurité ces derniers jours.

Mercredi, la KIA a ciblé un poste de police dans l'État Kachin, dans l'extrême-nord du pays, d'après un média local.

Un commissariat a été visé au lance-roquettes la veille dans la région de Bago, au nord-est de Rangoun, blessant cinq policiers, selon l'armée.

L'attaque n'a pas été revendiquée, mais la KNU s'est emparée ce week-end dans l'État karen voisin d'une base militaire, déclenchant des frappes aériennes de l'armée, les premières depuis 20 ans dans cette région.

Après ces raids, la faction a indiqué ne pas avoir d'autre choix que de riposter et "faire face aux graves menaces" posées par Tatmadaw, le nom des forces armées birmanes, a réagi la KNU. Elle a assuré "soutenir fermement le mouvement populaire contre (le) coup d'État".

Trois autres factions rebelles, dont la puissante Armée d'Arakan (AA), ont menacé l'armée de représailles si les violences infligées aux civils se poursuivent.

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques sont en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

L'armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d'entre eux.

Les raids aériens ont fait plusieurs blessés et quelque 3 000 personnes ont tenté de fuir vers la Thaïlande voisine.

"Environ 550 sont en Thaïlande, 2 300 sont rentrées en Birmanie", a fait savoir mardi soir le ministère thaïlandais des Affaires étrangères.

Des activistes karens ont accusé le royaume de refouler les réfugiés à la frontière, empêchant aussi les organisations humanitaires d'entrer en contact avec eux.

Des protestataires moins nombreux

La résistance se poursuit par ailleurs en Birmanie : des dizaines de milliers de fonctionnaires et de salariés du privé restent en grève pour protester contre le régime militaire.

Des contestataires ont défilé mercredi sur des deux-roues à Mandalay, dans le centre du pays. "Sauvez la Birmanie", "Arrêtez les crimes contre l'humanité", pouvait-on lire sur leurs pancartes. Des veillées aux bougies et des défilés à l'aube ont aussi été organisés.

Mais, par peur des représailles, les foules sont peu nombreuses par rapport aux centaines de milliers de manifestants dans les rues dans les premières semaines qui ont suivi le putsch.

"Les médias internationaux sont là. Au lieu de vous cacher dans vos maisons, descendez manifester" pour montrer que la résistance reste forte, a exhorté YePhone Khaung Zaw, un protestataire sur les réseaux sociaux.

Avec AFP

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