À Londres, le "Tribunal ouïghour" entame ses auditions de témoins

Un groupe d'avocats et experts des droits humains, qui enquêtent sur le traitement infligé aux Ouïghours dans la région chinoise du Xinjiang, entame le 4 juin 2021 une série d'auditions de témoins à Londres, qualifiée de "machine à mensonges" par Pékin.
Un groupe d'avocats et experts des droits humains, qui enquêtent sur le traitement infligé aux Ouïghours dans la région chinoise du Xinjiang, entame le 4 juin 2021 une série d'auditions de témoins à Londres, qualifiée de "machine à mensonges" par Pékin. © Leah Millis, Reuters

Un groupe d'avocats et experts des droits humains doit recueillir, à partir de vendredi à Londres, des témoignages de première main sur le traitement infligé à la minorité musulmane ouïghoure dans la région chinoise du Xinjiang. Le rapport de ce "Tribunal ouïghour", sans valeur légale, est attendu en décembre.

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Un groupe d'avocats et experts des droits humains, qui enquête sur le traitement infligé à la minorité musulmane ouïghoure dans la région chinoise du Xinjiang, entame vendredi 4 juin une série d'auditions de témoins à Londres, qualifiée de "machine à mensonges" par Pékin.

Les neuf membres du "Tribunal ouïghour", ainsi nommé malgré l'absence de toute autorité judiciaire, recueilleront des témoignages de première main sur les crimes dénoncés à l'encontre des Ouïghours : stérilisations forcées, torture, enlèvements et travail forcé.

L'organisation entend à l'issue des auditions dire si elle estime que Pékin s'est rendu coupable de génocide et de crime contre l'humanité contre les Ouïghours et d'autres minorités musulmanes en Chine.

Travail "impartial"

Son vice-président, Nick Vetch, s'est refusé à tout commentaire au sujet des attaques de Pékin contre cette démarche. Il a promis que son travail serait "impartial", fondé sur des témoignages recueillis cette semaine et en septembre et sur des "milliers de pages" de documents déjà accumulées.

Il se fondera "sur des preuves, rien que des preuves", a-t-il déclaré à l'AFP. "Nous avons invité la Chine à nous fournir les preuves dont ils disposeraient. Nous n'avons pour l'heure rien reçu", a-t-il ajouté.

Selon des experts étrangers, plus d'un million de Ouïghours, principal groupe ethnique du Xinjiang, sont détenus dans des camps de rééducation et certains sont soumis à du "travail forcé". Pékin conteste et affirme qu'il s'agit de centres de formation professionnelle destinés à les éloigner du terrorisme et du séparatisme après des attentats attribués à des Ouïghours.

Sanctions espérées

Le rapport du "Tribunal ouïghour" est attendu en décembre. S'il n'aura aucune valeur légale, les participants espèrent attirer l'attention internationale et entraîner de possibles actions. "Il reviendra aux États, institutions internationales, entreprises, établissements dans les domaines de l'art, la médecine, l'enseignement, et aux individus de déterminer comment appliquer le jugement, quel qu'il soit", a déclaré le panel. 

Il a été mis sur pied à la demande du Congrès mondial ouïghour, le plus important organisme représentant les exilés ouïghours, qui presse la communauté internationale à agir contre la Chine.

Le "Tribunal ouïghour" fait partie des entités visées par des sanctions de Pékin pour avoir dénoncé le traitement des Ouïghours, tout comme son président, l'avocat britannique Geoffrey Nice, qui avait dirigé les poursuites devant la justice des Nations unies pour crimes de guerre contre l'ancien dirigeant serbe Slobodan Milosevic.

"Machine à mensonges"

"Ce n'est même pas un véritable tribunal ou une cour spéciale, mais simplement une machine à mensonges", a déclaré la semaine dernière le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian.

La tenue de ces audiences à Londres risque d'aggraver encore les tensions déjà vives entre le Royaume-Uni et la Chine, alimentées par la répression des manifestations pro-démocratie à Hong Kong ou encore l'exclusion de l'équipementier Huawei, soupçonné d'espionnage, du réseau britannique de la 5G.

Selon les États-Unis, la Chine mène un "génocide" au Xinjiang, un terme que le Royaume-Uni s'est refusé à adopter, tout en se joignant le mois dernier à Washington et Berlin pour appeler à la fin de la répression de la minorité ouïghoure.

Le début des auditions intervient à une semaine du sommet du G7 en Angleterre, notamment en présence du président américain Joe Biden, qui a appelé les démocraties occidentales à se montrer plus fermes face à la Chine.

Avec AFP

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