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Cinq ans après, quel bilan pour la révolte du Maïdan ?

À l'hiver 2013-2014, les Ukrainiens chassaient du pouvoir des dirigeants corrompus lors de manifestations émaillées de violences, réclamant un rapprochement avec l’UE et une meilleure adhésion aux règles de bonne gouvernance. Cinq ans plus tard, le pays a-t-il avancé sur ces questions ?

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Quand les manifestants ont commencé à occuper le Maïdan, la place de l’Indépendance de Kiev, en novembre 2013, peu d’entre eux pensaient qu’ils pourraient véritablement renverser le président Viktor Ianoukovitch. Quand ils y sont finalement parvenus, en février 2014, après exactement trois mois passés à camper sur la place par des températures négatives, leur joie était teintée par le deuil. Le mouvement de protestation a montré que les Ukrainiens pouvaient se mobiliser et faire preuve de solidarité, mais les manifestations ont aussi viré à la violence, avec plus d’une centaine de personnes tuées.

Et malgré l’impopularité de Ianoukovitch dans tout le pays, la population était loin de soutenir unanimement les manifestants du Maïdan. Les politiques qui ont accédé au pouvoir après la révolution n’étaient pas réellement de nouveaux venus : beaucoup avaient servis dans de précédents gouvernements et étaient eux aussi soupçonnés de corruption. Dans ce contexte, des forces pro-russes ont tenté de semer le trouble dans l’est et le sud russophones du pays, où le mouvement du Maïdan était le moins populaire. Elles sont parvenues dans les régions de Donetsk et Louhansk à créer de véritables territoires séparatistes, entraînant un conflit ouvert entre l’armée ukrainienne et des volontaires d’un côté, et des groupes de rebelles et mercenaires pro-russes de l’autre, soutenus par l’armée régulière russe.

Aucun dirigeant condamné pour corruption

La guerre a détourné l’attention des réformes pro-UE que le nouveau gouvernement avait promises, et a rendu le contexte économique et social bien plus difficile. Mais la société civile, revigorée par le Maïdan, a poussé le gouvernement à avancer sur ces réformes, notamment celles visant à mettre fin à la corruption qui entrave le développement de l’Ukraine depuis son indépendance en 1991.

Les Ukrainiens ont des avis très divers sur les accomplissements de la révolution. Beaucoup ont été amèrement déçus. Aucune figure d’envergure n’a été condamnée à de la prison, ni pour corruption, ni pour implication dans les morts du Maïdan (la plupart des alliés de Ianoukovitch se sont réfugiés en Russie). Le gouvernement actuel bloque les réformes anticorruption et ne cède qu’aux pressions de la société civile et des donateurs étrangers qui maintiennent l’économie à flot. Nombre d’Ukrainiens, comme Artem Lymar et sa femme que nous interrogeons dans ce reportage, trouvent absurde que tant de sang ait coulé pour si peu de changement.

>> À voir, notre Focus : L'agent "Kateryna" devenue icône de la lutte anticorruption en Ukraine

Mais beaucoup d’autres ne sont pas du même avis. Plus optimistes, ils pensent que ceux qui sont déçus de la situation actuelle, ne comprennent pas pleinement à quel point elle était mauvaise auparavant, ni à quel point elle pourrait être mauvaise si Ianoukovitch était resté au pouvoir et s’il avait fait passer le pays complètement sous la coupe de Moscou. Des militants anti-corruption, comme Vitaliy Chabounine, soulignent qu’un grand nombre de réformes ont été adoptées grâce à leur pression. Elles n’ont peut-être pas encore porté leurs fruits, mais ils sont persuadés que cela arrivera.

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