Accéder au contenu principal

Couvre-feu : les cinémas français et la crainte du baisser de rideau définitif

Une salle de projection du cinéma Saint André des Arts, à Paris, lors du confinement, le 6 mai 2020.
Une salle de projection du cinéma Saint André des Arts, à Paris, lors du confinement, le 6 mai 2020. © Stéphane de Sakutin, AFP

Malgré un appel de la profession à assouplir le couvre-feu, les salles de cinéma d'Île-de-France et de huit métropoles devront fermer leurs portes à 21 h à partir de samedi, comme les théâtres et les restaurants. Une nouvelle épreuve qui pourrait s’avérer fatale pour certains établissements. 

Publicité

La culture sous couvre-feu. Après avoir fermé leur établissement pendant le confinement, les exploitants de salles d’Île-de-France et de huit grandes métropoles vont devoir composer avec la mise en place d’un couvre-feu à partir de 21 h, samedi 17 octobre et pour au moins quatre semaines. Une mesure qui intervient alors que le cinéma français commençait à peine à retrouver son public, comme en témoigne le récent succès de la comédie “Antoinette dans les Cévennes”, sorti le 16 septembre et qui compte à ce jour plus de 625 000 entrées.  

L’annonce inquiète les professionnels du cinéma, à juste titre : les séances du soir après 19 h se révèlent stratégiques pour l’activité des exploitants de salle : elles représentent 40,5 % de la fréquentation totale des salles obscures en France, d’après une enquête réalisée pour le CNC portant sur l'année 2019. Malgré un appel de la profession à assouplir le couvre-feu, le gouvernement a annoncé, vendredi, qu’il n’y aurait aucun aménagement permettant des représentations après 21 h. Aucune exception, même de 10 minutes, ne sera non plus tolérée, a assuré Matignon auprès de France 24. 

"L'objectif est clair : nous devons combattre le virus. Dans un souci de lisibilité, il n’y aura donc pas de dérogations autres que celles déjà énoncées. Même si nous avons conscience que l’effort sera difficile pour le secteur culturel et pour tous ceux dont l’activité est nocturne. Toutefois, nous n’allons pas laisser la profession sur le bord de la route, des aides vont évidemment être distribuées", a rappelé le cabinet du Premier ministre, Jean Castex.

"L’automne, une période capitale pour l’art et essai"

Pour tenter de limiter les pertes, certains exploitants, à l’image du réseau parisien MK2, ont décidé d’ouvrir leurs salles, dès 8 heures du matin. D’autres vont proposer des séances plus tôt le week-end. Cela sera-t-il pour autant suffisant ? "On espère tenir avec les aides qu’on reçoit notamment du CNC", note William Benedetto, directeur du cinéma d’art et essai l’Alhambra, à Marseille.

"On a retravaillé nos grilles de programmation : nos séances prévues à 20 h sont désormais déplacées le samedi et dimanche matin à 11h30. Mais un couvre-feu en octobre ne nous aide vraiment pas. L’automne est une période capitale pour le cinéma d’art et essai. Des films très attendus et primés sortent habituellement à ce moment-là et améliorent la fréquentation des salles. Mais cette année, on est sûrs de rien", soupire l’exploitant. 

Même inquiétude dans la capitale. Depuis l’annonce du couvre-feu, Émilie Nouveau, programmatrice du Studio des Ursulines, un cinéma indépendant pour jeune public dans le Ve arrondissement, "passe son temps collée au téléphone". "Je redemande aux distributeurs si les films passeront bien en salles, je contacte des festivals pour m’assurer qu’ils sont maintenus... C’est un travail sans fin, surtout pour de petites équipes comme nous. Depuis la fin du confinement, on a l’impression de coudre et de recoudre pour, au final, devoir tout découdre”, résume-t-elle, amère. 

"Une terrible iniquité"

Si chacun doit être chez soi au plus tard à 21 h - et puisqu’une séance dure en moyenne 2h15 -, il n’est guère possible de commencer une projection après 18 heures, estime la Fédération nationale des cinémas (FNCF) qui plaidait pour que les spectateurs puissent rentrer chez eux peu après l’heure fatidique, leur billet faisant office d’attestation. Mais cette dernière séance serait encore programmée trop tôt, à Paris et dans les grandes agglomérations, où la plupart des citadins quittent le travail vers 19 h, juge encore la FNCF.

“Il y a une terrible iniquité dans cette situation : on peut revenir en train ou promener son chien après 21 h, mais on ne peut pas quitter un cinéma !”, déplore, au téléphone, Erwan Escoubet, directeur des affaires réglementaires à la Fédération nationale des cinémas. “D’accord, le but de ce couvre-feu est d’éviter la transmission du virus, mais il n’y a jamais eu aucun cluster dans une salle !” 

"Un film qui ne sort pas à Paris n’existe pas"

Les conséquences pour l’industrie du cinéma seraient alors tristement mécaniques. Les séances toujours plus limitées entraîneraient une baisse de la fréquentation des salles. De quoi dissuader nombre de distributeurs de programmer leurs films dans l’immédiat. Ainsi, les professionnels du cinéma pourraient, à terme, ne plus avoir d’œuvres à projeter, selon la FNCF. Une hypothèse qui pourrait même s'avérer alléchante pour plusieurs plateformes de streaming comme Netflix ou Amazon Prime. 

Craignant de ne pas faire suffisamment d’entrées, la distributrice du film d’horreur sud-coréen "Peninsula" de Yeon Sang-ho a ainsi déjà annoncé le report de sa sortie, initialement prévue le 21 octobre, pour le 16 décembre. “Un programme pour les jeunes ou les personnes âgées peut être vu l’après-midi sans problème, mais est-ce-que vous iriez voir un film de zombies à 8 heures du matin ?”, a justifié Michèle Halberstadt, auprès de Télérama

L’absence de films pourrait aussi mécaniquement entraîner... la fermeture des cinémas et ce, même dans les zones hors couvre-feu. “Les conséquences sont plus importantes pour le cinéma que pour le théâtre car un film qui ne sort pas à Paris n’existe pas ! Si les séances ne peuvent plus se tenir dans les grandes villes, la plupart des films français très attendus cet automne, comme "Adieu les cons" d’Albert Dupontel, "Aline" de Valérie Lemercier ou encore "ADN" de Maïwenn seront déprogrammés partout ailleurs. Pour l’heure, on ne voit tout simplement pas d’issue", conclut Erwan Escoubet. 

> À lire : Couvre-feu : en France, le monde du spectacle vivant se bat pour sa survie

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.