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Une caricature d'Erdogan en une de Charlie Hebdo provoque la fureur d'Ankara

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan le 5 mars 2020 à Moscou.
Le Président turc Recep Tayyip Erdogan le 5 mars 2020 à Moscou. © Reuters
9 mn

La Turquie assure qu'elle va prendre des mesures "judiciaires et diplomatiques" après la publication d'une caricature de son président Recep Tayyip Erdogan, parue en une, mercredi, dans Charlie Hebdo. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a affirmé que la France "ne renoncera jamais" à ses valeurs. 

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Les autorités turques n'ont visiblement pas apprécié l'humour de Charlie Hebdo. La Turquie a condamné, mardi 27 octobre, la nouvelle une du journal satirique qui montre Recep Tayyip Erdogan en tee-shirt et sous-vêtements, en train de boire une bière et de soulever la jupe d'une femme portant le voile, découvrant ainsi ses fesses nues.

"Je n'ai pas regardé cette caricature (...). Il est inutile de dire quoi que ce soit au sujet de ces vauriens", a déclaré Recep Tayyip Erdogan mercredi 28 octobre lors d'un discours à Ankara. "Ma colère n'est pas due à l'attaque ignoble contre ma personne, mais aux insultes contre le prophète" Mahomet, a-t-il ajouté.

"Nous condamnons cet effort tout à fait méprisable de la part de cette publication pour répandre son racisme culturel et sa haine", avait déclaré dès hier soir le principal conseiller pour la presse du président turc, Fahrettin Altun, sur Twitter. Il avait présenté cette caricature comme le résultat du "programme antimusulman du président français Macron".

La Turquie a également annoncé qu'elle allait prendre des mesures "judiciaires et diplomatiques" après cette publication. Le parquet d'Ankara a notamment ouvert une enquête contre des responsables de Charlie Hebdo pour "insulte au chef de l'État".

"La France ne renoncera jamais à ses principes et à ses valeurs"

Des propos qui ont fait réagir en France. "Malgré les intimidations, la France ne renoncera jamais à ses principes et à ses valeurs et notamment à la liberté d'expression et à la liberté de publication", a répondu Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français.

La France fait l'objet "d'une menace terroriste accrue ces derniers jours, nourrie par des appels à la haine", mais qui "nous conforte dans notre volonté de lutter sans relâche contre l'islamisme et tous ses avatars", a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

De son côté, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme (Dilcrah) a annoncé, mercredi, avoir saisi la justice pour le tweet d'un responsable turc qualifiant Charlie Hebdo de "bâtards".

"Il y a quelque chose d'indécent dans le contexte actuel marqué et par le procès des attentats de Charlie Hebdo et par la tragédie de l'assassinat de Samuel Paty à mettre de l'huile sur le feu en menaçant la rédaction de Charlie", a expliqué Frédéric Potier.

L'ONU appelle au "respect mutuel"

Le Haut représentant pour l'Alliance des civilisations des Nations unies, l'Espagnol Miguel Angel Moratinos, a appelé mercredi dans un communiqué "au respect mutuel de toutes les religions et croyances". Il "suit avec une profonde inquiétude les tensions croissantes et les cas d'intolérance déclenchés par la publication des caricatures satiriques du prophète Mahomet, que les musulmans considèrent comme insultantes et profondément offensantes", indique ce communiqué diffusé par son porte-parole.

"Les caricatures incendiaires ont également provoqué des actes de violence contre des civils innocents qui ont été attaqués pour leur religion, croyance ou appartenance ethnique", regrette le responsable onusien, sans autre précision. "Les insultes aux religions et aux symboles religieux sacrés provoquent la haine et l'extrémisme violent conduisant à la polarisation et à la fragmentation de la société", estime-t-il dans le communiqué.

Tensions entre la France et la Turquie

La colère de la Turquie s'ajoute à une polémique très vive qui oppose depuis des semaines le président Emmanuel Macron et son homologue turc, ce dernier étant allé jusqu'à mettre en doute "la santé mentale" du président français à propos de ses prises de position sur l'islamisme radical et la liberté d'expression.

Emmanuel Macron avait notamment affirmé que la France ne "renoncerait pas aux caricatures" lors de l'hommage à Samuel Paty, provoquant une vague de réprobation et d'appels au boycott des produits français dans plusieurs pays musulmans.

Charlie Hebdo avait publié des caricatures du prophète Mahomet en 2006 comme d'autres journaux européens pour défendre la liberté de la presse après que leur publication par un quotidien danois avait provoqué la colère de nombreux musulmans. L'hebdomadaire avait été victime en 2015 d'un attentat jihadiste qui avait fait 12 morts, dont des journalistes et caricaturistes du journal.

Avec AFP

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