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Royaume-Uni : Boris Johnson fait le pari d’une relance verte

Boris Johnson arrivant au 10, Downing Street, le 10 novembre 2020.
Boris Johnson arrivant au 10, Downing Street, le 10 novembre 2020. JUSTIN TALLIS AFP
8 mn

En dévoilant mercredi son "plan pour une révolution industrielle verte", Boris Johnson a fait le pari d’une relance qui mise sur la lutte contre le réchauffement climatique mais qui pourrait s’avérer difficile à mettre en œuvre.

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Jusqu’ici peu enclin à faire des enjeux environnementaux une priorité, Boris Johnson a frappé un grand coup, mercredi 18 novembre, en présentant son "plan pour une révolution industrielle verte". Avec pour mesure phare l’interdiction, à partir de 2030, de la vente de véhicules neufs à moteur thermique, le Premier ministre britannique a marqué les esprits et placé le Royaume-Uni parmi les nations en pointe sur l’abandon programmé des voitures à essence et diesel.

"Il est maintenant l'heure de prévoir une reconstruction verte avec des emplois hautement qualifiés qui donnera aux gens la satisfaction de savoir qu'ils aident à rendre leur pays plus propre, plus vert et plus beau", a écrit Boris Johnson dans une tribune publiée mardi par le Financial Times.

Ce "plan vert" de Boris Johnson doit permettre au Royaume-Uni, qui accueillera en 2021 à Glasgow la grande conférence de l'ONU sur le climat, la COP26, d'atteindre son objectif de zéro émission nette de gaz à effets de serre à l'horizon 2050.

Son financement devrait coûter 12 milliards de livres (soit 13,4 milliards d'euros) au gouvernement britannique, et au moins trois fois ce montant au secteur privé, avec l'objectif de créer et soutenir 250 000 emplois verts hautement qualifiés d'ici à 2030, assure le Premier ministre. Ce dernier espère que sa "révolution verte" effacera partiellement les dommages économiques causés par la pandémie du coronavirus.

>> À lire : Dominic Cummings, bras droit de Boris Johnson, quitte son poste avant l'heure

Le plan pour une révolution industrielle verte mise notamment sur le développement de l’éolien offshore. L’objectif est d’alimenter en énergie tous les foyers britanniques grâce à une production quadruplée à 40 gigawatts (GW) d'ici à 2030, soit l'équivalent de plus de 40 réacteurs nucléaires. La création de 60 000 emplois est espérée dans ce secteur.

"Un engagement important"

Il prévoit également de chauffer les logements et faire rouler les transports à l’hydrogène en portant la production de cette énergie à 5 GW d’ici à 2030. Il vise aussi à construire des bâtiments "verts" avec un objectif d’installation de 600 000 pompes à chaleur chaque année d’ici à 2028.

Mais la principale annonce reste bien évidemment l’interdiction des ventes de véhicules neufs à moteur thermique en 2030 et des véhicules neufs à moteur hybride en 2035. Cet objectif fait du Royaume-Uni l’un des pays les plus en pointe en matière de transition vers les véhicules électriques — la France, par exemple, n’envisage pas d’interdiction de ce type avant 2040. L'annonce  été applaudie par l’ensemble des associations luttant pour la protection de l’environnement.

"Il faut saluer cette décision, car c’est un engagement important qui devrait permettre de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni, estime Rebecca Newsom, présidente de Greenpeace UK, contactée par France 24. Nous espérons que cette annonce incitera d’autres pays à mettre fin eux aussi à l’utilisation des énergies fossiles."

De fait, le Royaume-Uni étant le deuxième marché européen pour les ventes de voiture, nul doute que cette décision aura un impact important, en particulier sur la stratégie des constructeurs allemands et français, dont les ventes outre-Manche représentent respectivement 12,6 % et 7,6 % de leurs exportations, selon Le Monde.

Outre les conséquences positives pour le climat, la fin des véhicules à moteur thermique devrait donc donner un coup d’accélérateur à l’industrie automobile britannique. Le gouvernement prévoit d’investir notamment 1,3 milliard de livres pour accélérer le déploiement de bornes de recharge pour véhicules électriques et 500 millions de livres pour le développement de la production à grande échelle des batteries pour véhicules électriques.

Des solutions qui n’ont pas fait leurs preuves

Mais le pari de la relance verte de Boris Johnson est double. Car au-delà du développement des véhicules électriques, le Premier ministre britannique mise aussi sur des technologies qui n’ont pas encore fait leurs preuves.

Le Royaume-Uni espère ainsi devenir un "leader mondial" en termes de capture et de stockage du CO2, alors même que cette technique ne permet pas, à l’heure actuelle, de réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre.

De même, le plan affirme vouloir aider les industries aéronautique et navale à produire des avions et des bateaux décarbonés. Il fait enfin de l’énergie nucléaire l’un de ses principaux points avec "le développement de la prochaine génération de réacteurs".

"Au lieu de se concentrer sur les énergies renouvelables, qui sont des solutions connues pour lutter contre le réchauffement climatique, le plan de Boris Johnson mise sur des technologies qui ne sont pas certaines de voir le jour, regrette Rebecca Newsom. On sait notamment depuis longtemps que le nucléaire coûte très cher."

Les associations environnementales pointent enfin du doigt le faible engagement financier de l’État. Sur les 12 milliards de livres promis, seuls 4 milliards représentent en réalité de nouveaux investissements, selon Greenpeace UK, le reste correspondant à des annonces déjà faites. "Quant au secteur privé, rien ne dit qu’il investira dans l’avenir les sommes envisagées par le gouvernement", prévient la présidente de Greenpeace UK, qui cite en comparaison le plan français de 27 milliards de livres (soit 30 milliards d'euros) en faveur de l’environnement et le plan allemand de 36 milliards de livres (soit 40 milliards d'euros).

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