Tensions politiques en Espagne après les violences liées à l'incarcération d'un rappeur

Une manifestation en soutien au rappeur Pablo Hasél, le 17 février 2021 à Madrid.
Une manifestation en soutien au rappeur Pablo Hasél, le 17 février 2021 à Madrid. © Pierre-Philippe Marcou, AFP
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De nouvelles violences ont éclaté jeudi soir lors de manifestations de soutien au rappeur catalan Pablo Hasél incarcéré deux jours plus tôt. L'opposition de droite multiplie désormais les attaques contre le gouvernement espagnol alors que de vives tensions sont apparues au sein de la coalition de gauche au pouvoir.

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Pour le troisième jour consécutif, de violents heurts ont éclaté jeudi 18 février à Madrid​ et Barcelone​ entre forces de l'ordre et manifestants qui réclament la libération du rappeur​ Pablo​ Hasél​ arrêté et incarcéré mardi.

Les manifestations ont commencé mardi soir en Catalogne après l'arrestation de cet artiste âgé de 32 ans qui s'était barricadé lundi dans une université de Lérida, sa ville natale, afin d'échapper à la prison. Devenu pour beaucoup un symbole de la liberté d'expression, ce rappeur avait été condamné à neuf mois de prison en 2018 pour des tweets dans lesquels il insultait les forces de l'ordre espagnoles et s'en prenait avec virulence à la monarchie.

La justice a annoncé jeudi une nouvelle condamnation du rappeur à deux ans et demi d'emprisonnement pour avoir menacé le témoin du procès de deux policiers municipaux en 2017.

"Des tactiques de guérilla urbaine"

Plus de 50 manifestants ont été arrêtés dans la seule nuit de mercredi à jeudi dans toute l'Espagne au cours de ces affrontements très violents entre manifestants et forces de l'ordre. Le nombre des blessés était d'environ 70, dont la moitié étaient des policiers.

À Madrid, des centaines de personnes se sont rassemblées mercredi soir sur la Puerta del Sol, en plein centre-ville, pour demander sa libération, avant de jeter des bouteilles sur la police, qui a répliqué en chargeant les manifestants. 19 personnes ont été arrêtées pendant ces affrontements, qui ont duré plusieurs heures. 55 personnes ont au total été blessées, dont 35 policiers, selon la police.

À Barcelone et dans trois autres villes catalanes, les protestataires ont incendié des barricades érigées avec des poubelles et lancé des projectiles sur la police, qui a chargé et répliqué par des tirs de balles en caoutchouc. Une manifestante a notamment perdu un œil mardi soir dans la métropole catalane. Dans toute la Catalogne, 33 personnes ont été arrêtées et 14 blessées, selon la police régionale. Des manifestants sont aussi descendus dans la rue à Grenade, en Andalousie, affrontant la police et mettant le feu à des poubelles. Quatre personnes ont été arrêtées, selon la police locale.

"Des tactiques de guérilla urbaine", a dénoncé le maire de Madrid, José Luis Martínez Almeida, membre du Parti populaire (PP), la principale formation de l'opposition de droite.

Tensions dans la coalition au pouvoir

Ces incidents ont aussi mis en évidence les tensions croissantes entre les deux partis de la coalition au pouvoir : les socialistes du Premier ministre Pedro Sánchez et le parti de gauche radicale Podemos. Le député de Podemos Pablo Echenique était ainsi au cœur de la polémique pour avoir tweeté son soutien aux manifestants alors même que les affrontements avec la police étaient en cours. "Tout mon soutien aux jeunes antifascistes qui exigent justice et liberté d'expression dans la rue", a-t-il écrit.

Face au tollé suscité par ces propos, la ministre socialiste Carmen Calvo, numéro deux du gouvernement, lui a répliqué de manière indirecte. "Aucun droit ne peut être défendu ni exprimé par la violence. C'est une ligne rouge absolue", a-t-elle déclaré à la télévision publique. "Une manifestation non autorisée qui a débouché sur des arrestations, des blessés et beaucoup de dégâts matériels ne correspond pas à la liberté d'expression", a-t-elle ajouté.

Mais la droite concentrait en priorité ses attaques sur le chef de Podemos, Pablo Iglesias, le numéro trois du gouvernement, qui non seulement a critiqué ces derniers jours l'incarcération de Pablo Hasél, mais a affirmé que l'Espagne n'était pas une démocratie pleine et entière.

"Il faut exclure Pablo Iglesias du gouvernement espagnol. C'est la seule manière d'éviter la voie dangereuse sur laquelle nous nous engageons", a exigé Cuca Gamarra, la cheffe du groupe parlementaire du PP (droite).

Le Parti socialiste "ne peut pas être complice de ce qui est en train de se passer (...) et du 'trumpisme' dont font preuve les dirigeants de Podemos", a-t-elle ajouté, dans une allusion aux déclarations de l'ancien président américain Donald Trump, qui avait incité ses partisans à envahir et saccager le Capitole le 6 janvier à Washington.

Avec AFP

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