Géorgie : des milliers de manifestants à Tbilissi après l’arrestation de l’opposant Nika Melia

Le 17 février 2021, Nika Melia, l'un des dirigeants du Mouvement national uni (UNM) s'exprimant au siège de l'UNM à Tbilissi.
Le 17 février 2021, Nika Melia, l'un des dirigeants du Mouvement national uni (UNM) s'exprimant au siège de l'UNM à Tbilissi. © Vano Shlamov, AFP
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Vidéo par : Erin OGUNKÉYÉ
6 mn

La police géorgienne a violemment arrêté mardi l'opposant Nika Melia au siège de son parti, aggravant encore la crise politique déclenchée par les élections législatives contestées de l'année dernière. Plusieurs milliers de partisans de l'opposition sont ensuite descendus dans la rue pour protester contre cette arrestation musclée.

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Un leader de l'opposition a été arrêté mardi 23 février par la police géorgienne lors d'un violent raid au siège de son parti, dans un pays plongé dans une crise politique depuis les élections législatives de 2020, selon les images diffusées par la télévision Mtavari.

Nika Melia, le chef du principal parti d'opposition en Géorgie, le Mouvement national uni (MNU), a été sorti des locaux de sa formation politique et placé en détention provisoire. Des centaines de policiers antiémeute ont alors utilisé des gaz lacrymogènes contre ses partisans et des dirigeants de tous les partis d'opposition, qui campent devant le bâtiment depuis mercredi. Des dizaines de soutiens de l'opposition ont également été interpellés.

L'arrestation musclée a déclenché des manifestations à Tbilissi. Plusieurs milliers de partisans de l’opposition se sont réunis en fin d'après-midi devant le siège du gouvernement, pour dénoncer l'interpellation de Nika Melia et exiger des élections anticipées, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Le ministère géorgien de l'Intérieur a assuré de son côté que la police avait fait "un usage de la force proportionné et utilisé des moyens spéciaux" lors de l'arrestation.

Dans un message télévisé, Irakli Kobakhidzé, le porte-parole du parti au pouvoir, a défendu cette opération, jugeant que la "polarisation" de la vie politique géorgienne est due à "des délinquants faisant de la politique et pas à l'envoi en prison de soi-disant hommes politiques".

Le chef du parti Lelo, Mamouka Khazaradzé, opposé au gouvernement, a quant à lui appelé à un "combat pacifique et inlassable" pour la démocratie. "La libération des prisonniers politiques et des élections parlementaires anticipées sont la seule issue possible (pour mettre fin) à la crise", a-t-il ajouté, devant la presse.

Les États-Unis et l'UE vigilants

Cette action de la police est intervenue après la démission jeudi du Premier ministre, Giorgi Gakharia, qui a mentionné un désaccord au sein du parti au pouvoir sur l'application de la décision judiciaire, rendue la semaine dernière, de placer Nika Melia en détention.

L'opposant est accusé d'avoir organisé des "violences de masse" pendant des manifestations d'envergure en 2019, risquant à ce titre neuf ans de prison, mais rejette ces accusations, qu'il estime de nature politique.

L'ambassade américaine s'est déclarée "profondément préoccupée" par son arrestation. "Aujourd'hui, la Géorgie a reculé sur la voie qui doit l'amener à devenir une démocratie plus forte dans la famille des nations euro-atlantiques", a-t-elle affirmé.

L'émissaire de l'Union européenne, Carl Hartzell, a pour sa part regretté que "la logique d'une escalade l'emporte".

L'ambassadeur français, Diego Colas, a dit à l'AFP qu'il suivrait "avec une grande attention" la façon dont Nika Melia sera jugé, attendant un respect "des droits de la défense" et de "tout ce qui contribue à la désescalade".

"La situation pourrait devenir dangereuse"

L'arrestation de Nika Melia, 41 ans, pourrait fragiliser davantage la démocratie en Géorgie, confrontée à une crise politique depuis les élections législatives d'octobre. Les partis d'opposition ont affirmé que ce scrutin avait été truqué après que le Rêve géorgien, la formation au pouvoir, a revendiqué une courte victoire.

Lundi, le Parlement a confirmé la nomination, au poste de chef du gouvernement, du ministre de la Défense, Irakli Garibachvili, qui a alors immédiatement annoncé l'arrestation prochaine de Nika Melia.

Le nouveau Premier ministre est considéré comme un fidèle de Bidzina Ivanichvili, le fondateur du parti Rêve géorgien et l'homme le plus riche du pays, soupçonné de contrôler le pouvoir en sous-main.

Au pouvoir depuis 2012, le parti Rêve géorgien a vu sa popularité décliner sur fond de stagnation économique et d'accusations d'atteinte aux principes démocratiques dans cette ex-république soviétique.

Pour Matthew Bryza, du cercle de réflexion américain Atlantic Council, la Géorgie est arrivée à un point où "les partis d'opposition disent ne plus pouvoir siéger au Parlement car le système démocratique géorgien est brisé".

"Sans une médiation plus grande de l'Occident, la situation pourrait devenir très dangereuse", a ajouté cet ancien diplomate.

Avec AFP

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