Affaire Navalny : les États-Unis et l'UE sanctionnent plusieurs hauts responsables russes

Une manifestante avec un portrait d'Alexeï Navalny à Saint-Pétersbourg, le 20 août 2020. L'opposant russe est alors en réanimation après un empoisonnement présumé.
Une manifestante avec un portrait d'Alexeï Navalny à Saint-Pétersbourg, le 20 août 2020. L'opposant russe est alors en réanimation après un empoisonnement présumé. © Olga Matseva, AFP

L'administration Biden a annoncé, mardi, des sanctions à l'encontre de plusieurs entités et hauts responsables russes, en réponse à l'empoisonnement et à l'emprisonnement de l'opposant russe Alexeï Navalny. Pour sa part, l'UE a officiellement décidé d'imposer des sanctions à quatre responsables russes proches du président Vladimir Poutine.

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Les États-Unis et l'Union européenne ont infligé, mardi 2 mars, des sanctions à l'encontre de responsables et d'entités russes pour leur implication dans l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny en août dernier.

S'adressant à la presse lors d'une conférence téléphonique, des responsables de l'administration Biden ont annoncé que Washington avait décidé, en coordination avec l'Union européenne (UE), de sanctionner sept hauts responsables du gouvernement russe, en gelant notamment leurs avoirs aux États-Unis.

Quatorze entités impliquées dans la production d'agents biologiques et chimiques en Russie, dont 13 entreprises et un institut de recherche public, ont été également sanctionnées, ont-ils ajouté.

L'UE, pour sa part, a officiellement décidé d'imposer des sanctions à quatre hauts responsables russes proches du président Vladimir Poutine, une décision approuvée par les ministres des Affaires étrangères des pays membres la semaine dernière.

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Les sanctions européennes concernent Alexandre Bastrykine, le chef d'une commission d'enquête qui rend compte directement à Vladimir Poutine, Igor Krasnov, le procureur général de Russie depuis 2020, Viktor Zolotov, le chef de la Garde nationale russe qui a publiquement menacé Alexeï Navalny, et Alexandre Kalachnikov, le chef du service pénitentiaire fédéral russe.

Les responsables de l'administration Biden ont par ailleurs réitéré l'appel du nouveau président américain en faveur d'une libération de l'opposant russe.

Une position plus ferme à l'égard de Moscou

Après l'annonce de ces mesures, le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé une "attaque antirusse hostile" faisant partie d'une "politique américaine dénuée de logique et de sens qui ne fait qu'endommager encore davantage les relations bilatérales" avec Moscou.

"L'absurdité triomphe", a encore affirmé la diplomatie russe, qui accuse Washington de se servir d'Alexeï Navalny comme "prétexte" pour "interférer ouvertement" dans les "affaires intérieures" de la Russie.

La décision de Joe Biden, entré en fonction le 20 janvier, d'imposer des sanctions dans cette affaire illustre sa volonté d'adopter à l'égard de Moscou une position plus ferme que son prédécesseur Donald Trump, qui n'a engagé aucune mesure punitive après l'empoisonnement en août dernier de l'éminent opposant au Kremlin.

Alexeï Navalny s'est senti mal lors d'un vol entre la Sibérie et Moscou. Il a été hospitalisé en urgence à Omsk, en Sibérie, dans un état grave avant d'être transféré en Allemagne. Le Kremlin dément avoir joué le moindre rôle dans cette affaire.

Selon les responsables de l'administration Biden, les sanctions sont une réponse à ce que Washington considère comme une tentative russe d'empoisonnement. "La tentative de la Russie de tuer M. Navalny suit un schéma inquiétant d'utilisation d'armes chimiques par la Russie", a souligné l'un des responsables américains.

"Les États-Unis ne cherchent ni à réinitialiser ses relations avec la Russie, ni à les intensifier", a dit un autre responsable de l'administration Biden. "Nous pensons que les États-Unis et ses partenaires doivent être clairs et imposer des mesures de rétorsion lorsque le comportement de la Russie dépasse les lignes définies par des nations responsables (...)", a-t-il ajouté.

D’autres sanctions américaines à l’étude

Washington étudie par ailleurs de nouvelles sanctions à l'égard de la Russie pour le rôle joué par Moscou dans le piratage du fournisseur américain de logiciels SolarWinds et les accusations selon lesquelles des primes auraient été versées à des combattants liés aux Taliban en Afghanistan afin qu'ils tuent des soldats américains. Moscou est aussi soupçonné d'avoir tenté d'intervenir dans les élections américaines l'an dernier.

Avant l'officialisation des sanctions américaines, des sources interrogées par Reuters avaient indiqué que Washington comptait s'appuyer sur deux décrets, dont un publié après l'invasion par la Russie de la Crimée, qui permet à l'administration de sanctionner des représentants russes. Les deux décrets prévoient le gel des avoirs aux États-Unis des personnes ciblées et l'interdiction pour les entreprises et individus du pays de négocier avec elles.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE sont convenus le 22 février d'imposer des sanctions contre quatre hauts responsables russes proches du président Vladimir Poutine dans une réponse avant tout symbolique à l'empoisonnement d'Alexeï Navalny.

Berlin a dit l'an dernier avoir la certitude qu'Alexeï Navalny avait été empoisonné par un produit de la famille du Novitchok, une substance neurotoxique déjà utilisée contre l'ancien espion russe Sergueï Skripal en 2018.

Une fois ses soins en Allemagne terminés, Alexeï Navalny, âgé de 44 ans, est rentré en janvier en Russie, où il a été arrêté et condamné à plus de deux ans et demi d'emprisonnement pour avoir violé les termes d'une condamnation avec sursis.

Joe Biden a décrit le mois dernier l'emprisonnement d'Alexeï Navalny comme "politiquement motivé" et appelé à la libération de l'opposant. Il a promis d'adopter une ligne dure à l'égard de Moscou, assurant que les États-Unis ne s'"écraseraient plus" face à la Russie.

Avec Reuters

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