Au Royaume-Uni, la tempête après les accusations de racisme contre la famille royale

Plusieurs quotidiens britanniques, le 8 mars 2021, titrent en première page sur l'interview donnée par Meghan Markle et le prince Harry à Oprah Winfrey, et diffusée la veille sur la chaîne américaine CBS.
Plusieurs quotidiens britanniques, le 8 mars 2021, titrent en première page sur l'interview donnée par Meghan Markle et le prince Harry à Oprah Winfrey, et diffusée la veille sur la chaîne américaine CBS. © Glyn Kirk, AFP

Après l’entretien explosif de Meghan Markle et du prince Harry diffusé dimanche soir aux États-Unis, ce dernier a affirmé dans un nouvel extrait, diffusé lundi, que le racisme était "en grande partie" la raison pour laquelle le couple avait quitté la Grande-Bretagne. Les propos du duc et de la duchesse de Sussex ont déclenché depuis vingt-quatre heures une tempête médiatique outre-Manche.

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Les révélations fracassantes de Meghan Markle et du prince Harry sur les coulisses de Buckingham Palace ont fait couler beaucoup d’encre, lundi 8 mars, outre-Manche. Harry a réitéré, dans un nouvel extrait diffusé par la chaîne CBS, que le racisme était "en grande partie" la raison pour laquelle le couple avait quitté la Grande-Bretagne – et il a accusé la presse britannique à scandale d’être "toxique". "Le Royaume-Uni n'est pas fanatique", a-t-il déclaré. "La presse britannique est fanatique, en particulier les tabloïds."

"Je sais d'expérience le sexisme et le racisme dont les institutions et les médias font preuve pour diffamer les femmes et les personnes de couleur afin de nous minimiser, de nous détruire et de nous diaboliser", a réagi lundi sur les réseaux sociaux la joueuse de tennis Serena Williams, par ailleurs amie de Meghan Markle. "Nous devons reconnaître notre obligation de dénoncer les ragots malveillants et infondés ainsi que le journalisme de presse à sensation."

Dans les tabloïds britanniques, justement, l’interview du couple Meghan-Harry a aussi fait réagir. Piers Morgan, l’un des plus virulents critiques du couple, a dénoncé dans le Daily Mail Online le manque "de détails" sur les propos à connotation raciste rapportés.

"Est-ce qu'une personne âgée de la famille royale qui demanderait innocemment à Harry quelle couleur de peau pourrait avoir son bébé, étant donné que la mère de Meghan est noire et son père blanc, constituerait du racisme ?", interroge le journaliste, qui est l'un des rois de la presse tabloïd britannique. "Ce serait le cas si la question avait un ton désobligeant ou si elle laissait entendre que la couleur de la peau de l'enfant posait problème. Mais nous ne connaissons pas les réponses à ces questions essentielles, car après avoir lancé la bombe du racisme, les Sussex n'en diront pas plus."

Dans le reste de la presse britannique, on revient sur le caractère explosif de l’entretien donné par le couple à la célèbre animatrice Oprah Winfrey. "Quoi que la famille royale attendait de cette interview, c'était pire", a réagi lundi le quotidien The Times. "Meghan a souffert de tendances suicidaires. Elle était inquiète pour son bien-être mental. Elle a pleuré à un engagement officiel. Et la famille royale n'a pas aidé", a développé le titre, évoquant des "allégations préjudiciables".

Pour la BBC, "c'est une interview dévastatrice" qui révèle "les pressions terribles au sein du Palais" et dresse "l'image d'individus insensibles perdus dans une institution" qui l'est tout autant.

Une accusation de racisme contre la princesse de Kent en 2017

La famille royale n’en est pas à sa première accusation de racisme avec cette interview du duc et de la duchesse de Sussex. La femme du cousin de la reine Elizabeth II, Marie-Christine von Reibnitz, avait déjà fait polémique lors du déjeuner royal de Noël, fin 2017. La princesse de Kent, lors de sa première rencontre officielle avec Meghan Markle, portait alors une broche jugée raciste car représentant le buste d’une femme noire vêtue d’un turban et d’une robe en or. "La princesse est vraiment désolée et attristée que cela ait pu offenser", avait ensuite réagi son porte-parole.

Concernant les propos de Meghan Markle et du prince Harry, Buckingham Palace n’avait toujours pas officiellement réagi au moment de l’écriture de cet article, à la différence de plusieurs voix féministes militantes. "La royauté n'est pas un bouclier contre la dévastation et le désespoir du racisme", a notamment tweeté Bernice King, fille du célèbre militant américain des droits civils Martin Luther King.

En Grande-Bretagne, Dr Shola Mos-Shogbamimu, activiste politique et défenseure des droits des femmes, a déclaré à la BBC que de nombreux téléspectateurs blancs nieraient que ce que Meghan Markle a vécu était du racisme parce que "le racisme est tellement normalisé". Les gens "veulent nier que la famille royale en tant qu'institution est enracinée dans le colonialisme, le racisme et la suprématie blanche", a-t-elle ajouté.

Le pouvoir britannique garde, quant à lui, ses distances avec l’actualité autour de la famille royale. Le porte-parole de Downing Street a d’abord déclaré lundi que "ni (Boris Johnson) ni (lui) n’(ont) vu l’interview", tout en précisant que le Premier ministre avait déjà déclaré, par le passé, qu’il n’y a "pas de place pour le racisme" dans la société britannique. Puis Boris Johnson, lors d’une conférence de presse donnée lundi après-midi, a fait part de "(s)a plus grande admiration pour la reine" Elizabeth II et son "rôle unificateur", en ce jour du Commonwealth au Royaume-Uni. Et il a ajouté : "Pour le reste, toutes les autres questions concernant la famille royale, j'ai passé beaucoup de temps à ne pas commenter (c)es affaires et je n'ai pas l'intention de m'écarter (de cette politique) aujourd'hui."

Inquiétudes au sein de la famille royale sur la couleur de peau d’Archie

L’interview attendue de Meghan Markle et du prince Harry a jeté, dimanche, une lumière crue sur le fonctionnement interne de la famille royale britannique. Des soupçons de racisme, entre autres sujets, ont été évoqués par le couple qui a pris ses distances, début janvier, avec "la Firme" – surnom de la famille royale.

Devant Oprah Winfrey, qui s'est montrée incrédule et choquée, Meghan Markle a fait le récit de conversations lui ayant été rapportées sur la couleur de peau de son fils, Archie, avant qu'il naisse.

Harry a été informé "d'inquiétudes et de conversations (...) quant à savoir à quel point sa peau (serait) foncée quand il (naîtrait)", "ce que ça voudrait dire et à quoi cela ressemblerait", a-t-elle expliqué, sans vouloir donner l'identité de la ou des personnes ayant eu cet échange avec son mari parce que "ce serait très dommageable pour elles".

"C'était étrange", a dit Harry au sujet de cette conversation, "j’étais sous le choc". Le prince a refusé, lui aussi, de révéler qui était à l'origine de ces propos. Oprah Winfrey a cependant précisé que le prince lui avait dit que ce n'était ni ses grands-parents, ni la reine Elizabeth II, ni son mari, le prince Philip.

Née d'une mère noire et d'un père blanc, Meghan a ajouté que son fils Archie, qui aura deux ans en mai, s'était vu refuser le titre de prince à cause, avant sa naissance, de ces inquiétudes au sein de la famille royale sur sa couleur de peau.

Avec AFP, Reuters et AP

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