Covid-19 : l'UE durcit son contrôle des exportations de vaccins

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, lors d'un discours sur la stratégie vaccinale de l'UE au Parlement de Bruxelles, le 10 février 2021.
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, lors d'un discours sur la stratégie vaccinale de l'UE au Parlement de Bruxelles, le 10 février 2021. © Johanna Geron, AFP

La Commission européenne a annoncé, mercredi, le renforcement du contrôle des exportations de vaccins contre le Covid-19 afin d'améliorer l'approvisionnement des Vingt-Sept. Dans son viseur : le laboratoire AstraZeneca, qui n'a pas respecté ses engagements de livraison.

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La Commission européenne a adopté, mercredi 24 mars, un durcissement du contrôle des exportations de vaccins anti-Covid fabriqués sur son sol afin de faire pression sur AstraZeneca et le Royaume-Uni pour un accès équitable aux précieux flacons.

Alors que l'UE "continue d'exporter des volumes importants vers des pays" produisant leurs propres vaccins où la vaccination est plus avancée, "nous avons adopté deux ajustements au mécanisme actuel" pour "résoudre ces déséquilibres", a déclaré le vice-président de l'exécutif européen, Valdis Dombrovskis.

Le projet de modification du règlement, consulté mardi soir par l'AFP, constate que certains pays bloquent les exportations de doses vers l'UE "soit par la loi, soit par des arrangements contractuels ou autres, conclus avec des fabricants de vaccins".

Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a répondu mercredi par une mise en garde contre les conséquences de "blocus arbitraires" en termes d'investissements.

Sommet des 27 jeudi

La décision a pour objectif d'augmenter l'approvisionnement en vaccins de l'UE et sera au menu jeudi du sommet en visioconférence des Vingt-Sept, alors que le continent affronte une troisième vague de la pandémie de Covid-19.

La Commission entend durcir les conditions d'exportation de doses vers les pays qui produisent eux-mêmes des vaccins anti-Covid – une mesure ciblant le Royaume-Uni – mais également vers ceux dont les populations sont déjà largement vaccinées.

L'UE a exporté quelque 10 millions de doses, tous vaccins confondus, vers le Royaume-Uni entre le 1er février et mi-mars, mais à l'inverse, elle n'a reçu aucune dose produite sur le sol britannique – alors que le contrat signé par AstraZeneca prévoyait la livraison de doses produites dans deux usines au Royaume-Uni.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a menacé samedi de bloquer les exportations d'AstraZeneca si l'UE ne recevait pas d'abord les approvisionnements promis : le laboratoire suédo-britannique prévoit de livrer à l'UE au deuxième trimestre 70 millions de doses, contre 180 millions prévues dans le contrat.

Discussions entre Bruxelles et Londres

Cette menace a alimenté la crainte de mesures de rétorsion qui freineraient la production de vaccins au détriment de tous, les chaînes d'approvisionnement étant bâties à l'échelle internationale.

"Dans ce pays, nous ne croyons pas aux blocages de vaccins ou de composants de vaccins, quels qu'ils soient", a réagi mardi le Premier ministre britannique Boris Johnson, lors d'une conférence de presse.

D'intenses discussions sont en cours entre Bruxelles et Londres pour trouver un compromis, notamment sur les débouchés d'une usine produisant le vaccin AstraZeneca aux Pays-Bas.

Moins d'exemptions

Bruxelles a institué fin janvier un mécanisme obligeant, avant toute exportation de vaccins hors UE par un laboratoire, d'obtenir le feu vert de l'État membre concerné. Cette décision doit ensuite être confirmée par la Commission. En sept semaines, seule une demande d'exportation (d'AstraZeneca vers l'Australie) a été bloquée.

Le dispositif révisé visera aussi à éviter qu'une entreprise "contourne" une interdiction, en faisant transiter par un autre pays les doses bloquées par l'UE, a précisé une source européenne. Le projet de texte de la Commission prévoit ainsi de suspendre la liste des pays concernés par des exemptions, en dehors d'une poignée de micro-États comme San Marin, Andorre et les Îles Féroé.

"Il ne s'agit pas d'une interdiction" indiscriminée, a insisté cette source, alors que l'Irlande, entre autres pays, a exprimé son opposition à tout "blocage" complet des exportations. La Belgique et les Pays-Bas ont appelé à la prudence tandis que la France et l'Allemagne ont fortement soutenu le durcissement.

Paris a affiché mercredi son soutien à Bruxelles, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal dénonçant "une situation totalement inacceptable" : "La position de la France, c'est de ne faciliter aucune forme d'exportation aussi longtemps que les engagements ne seront pas tenus." "L'UE ne sera pas le dindon de la farce de la vaccination", a-t-il ajouté.

L'efficacité du vaccin AstraZeneca analysée aux États-Unis

Le laboratoire AstraZeneca se retrouve d'autant plus sous pression qu'une agence américaine a mis en doute, mardi, l'efficacité revendiquée pour son vaccin pendant ses essais cliniques aux États-Unis. Selon l'Institut national des maladies infectieuses et des allergies, qui supervise des essais cliniques de vaccins, le groupe suédo-britannique a pu utiliser des données "obsolètes" et cela peut "avoir abouti à une évaluation incomplète de l'efficacité" du vaccin.

AstraZeneca, pressé par l'institut de "rendre publiques au plus vite" les données "les plus précises, les plus récentes et les plus efficaces possibles", a répondu qu'il fournirait dans les 48 heures des données récentes au régulateur américain.

Ce laboratoire avait défendu lundi son vaccin, mis en doute par une bonne partie des Européens et pas encore approuvé aux États-Unis, affirmant qu'il était efficace à 80 % contre le Covid-19 chez les personnes âgées et n'augmentait pas le risque de caillots sanguins, après des essais cliniques de phase III réalisés aux États-Unis avec 32 449 participants. Pour ces résultats, il a précisé avoir utilisé des données antérieures au 17 février.

Avec AFP

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