L'ambassadeur birman au Royaume-Uni délogé du bâtiment diplomatique par la junte

Kyaw Zwar Minn devant l'ambassade de Birmanie à Londres, où il est empêché d'entrer, le 7 avril 2021.
Kyaw Zwar Minn devant l'ambassade de Birmanie à Londres, où il est empêché d'entrer, le 7 avril 2021. © Niklas Halle'n, AFP

L'ambassadeur de Birmanie au Royaume-Uni, Kyaw Zwar Minn, a annoncé mercredi avoir été expulsé du bâtiment par son adjoint à la demande de la junte. Le diplomate avait été l'un des premiers à dénoncer le coup d'État militaire dans son pays. 

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"C'est une sorte de putsch, en plein milieu de Londres." L'ambassadeur de Birmanie au Royaume-Uni, Kyaw Zwar Minn, a dénoncé mercredi 7 avril la prise de l'ambassade par des membres de la junte birmane à Londres. 

"Quand j'ai quitté l'ambassade, ils se sont précipités à l'intérieur et l'ont prise. Ils sont de l'armée birmane", a déclaré le diplomate auprès du journal britannique The Daily Telegraph. "Ils ont dit en avoir reçu l'instruction de la capitale, et donc qu'ils ne vont pas me laisser entrer", a-t-il ajouté. "Ils ne peuvent pas faire ça. Le gouvernement britannique ne l'autorisera pas."

L'un des premiers diplomates à dénoncer le coup d'État

Kyaw Zwar Minn avait été l'un des premiers diplomates à se désolidariser de la junte militaire ces dernières semaines, appelant notamment à la libération d'Aung San Suu Kyi. 

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"C'est une sorte de putsch, en plein milieu de Londres", a-t-il dénoncé, ajoutant qu'il s'entretenait de la situation avec le ministère britannique des Affaires étrangères.

"La diplomatie est la seule issue et la seule réponse à l'impasse actuelle", a déclaré Kyaw Zwar Minn dans un message tweeté par le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab.

Quatre sources diplomatiques au fait de la question ont déclaré que l'ambassadeur adjoint, Chit Win, avait pris le relais comme chargé d'affaires et qu'il avait, en compagnie d'un représentant de l'armée, bloqué l'accès du bâtiment à Kyaw Zwar Minn.

"Nous entrons dans une nouvelle phase sur la scène internationale, où la junte militaire va essayer d'être reconnue comme le régime légitime de la Birmanie face à un gouvernement en exil qui est en train de se constituer", analyse auprès de France 24 David Camroux, spécialiste de l'Asie du Sud-Est et chercheur associé au Ceri de Sciences Po. "Il s'agira de voir si ce nouvel ambassadeur est reconnu."

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Dans la soirée, mercredi, un rassemblement de la communauté birmane de Londres s'est tenu devant l'ambassade, a indiqué la police dans un communiqué, précisant qu'aucune arrestation n'avait eu lieu.

Le Royaume-Uni a déjà sanctionné plusieurs responsables de la junte, dont le commandant en chef de l'armée Min Aung Hlaing, pour leur rôle dans le coup d'État militaire, ainsi que des conglomérats liés aux militaires. 

Dossier sur les violations pour l'ONU

Plus tôt mercredi, un groupe de résistance baptisé CRPH (Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l'organe législatif birman) a affirmé avoir reçu "180 000 éléments (...) montrant des violations de grande ampleur des droits humains par les militaires", dont des exécutions extrajudiciaires, tortures, détentions illégales.

Les éléments vont être transmis au Mécanisme indépendant d'enquête sur la Birmanie (IIMM) des Nations unies, a ajouté le CRPH qui regroupe des députés déchus de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, entrés dans la clandestinité.

Un avocat, Robert Volterra, a dit avoir rencontré mercredi au nom du CRPH des enquêteurs des Nations unies pour discuter des atrocités dont les militaires sont accusés. Il a affirmé que cette réunion avait marqué "le début d'un dialogue" et que plusieurs autres étaient programmées "pour les prochains jours". Une porte-parole de l'IIMM a confirmé qu'une rencontre avec son chef, Nicholas Koumjian, avait bien eu lieu, sans autres précisions.

Avec AFP et Reuters

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