Vaccins anti-Covid-19 : l'UE se dit "prête à discuter" d'une levée des brevets

L'Union européenne est prête à discuter de la proposition américaine d'une levée des brevets sur les vaccins anti-Covid.
L'Union européenne est prête à discuter de la proposition américaine d'une levée des brevets sur les vaccins anti-Covid. © Carlos Osorio, AFP/Archives

L'Union européenne s'est dite, jeudi, "prête à discuter" d'une levée des brevets sur les vaccins pour lutter contre le Covid-19, au lendemain de l'annonce en ce sens par le président américain, Joe Biden. Toutefois le gouvernement allemand a exprimé de fortes réserves à l'égard de cette proposition soutenue par la France.

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L'Union européenne est prête à discuter de la proposition américaine d'une levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, a déclaré, jeudi 6 mai, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, alors que les pays pauvres manquent cruellement de doses.

"Les circonstances extraordinaires de la pandémie du Covid-19 appellent à des mesures extraordinaires", a déclaré mercredi la représentante américaine au Commerce, Katherine Tai. "Pour mettre fin à cette pandémie, (l'administration américaine) soutient la levée" des brevets sur les vaccins, une mesure qui permettrait d'accélérer leur production et leur distribution à travers le monde.

Jusqu'ici défavorable à pareille initiative, "l'UE est prête à discuter de toute proposition qui s'attaquerait à la crise de façon efficace et pragmatique. Nous sommes prêts à discuter de la façon dont la proposition américaine peut permettre d'atteindre cet objectif", selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Dans un discours pour l'Institut universitaire européen de Florence, la cheffe de l'exécutif européen a cependant rappelé que, "à court terme", l'urgence était surtout pour les autres pays producteurs de lever leurs restrictions pour exporter leurs doses... à l'image de ce que fait l'UE, "principal exportateur de vaccins dans le monde".

La France soutient l'initiative américaine, pas l'Allemagne

Jusqu'ici réticent, le président français, Emmanuel Macron, s'est lui aussi dit jeudi "tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée" sur les vaccins anti-Covid. "Oui nous devons évidemment faire de ce vaccin un bien public mondial", a insisté le chef de l'État en inaugurant le premier grand vaccinodrome à Paris.

Le gouvernement d'Angela Merkel a, de son côté, exprimé de fortes réserves sur ce sujet, estimant au contraire que les vaccins devaient continuer à être "protégés".

"La protection de la propriété intellectuelle est la source de l'innovation et doit continuer à l'avenir à le rester", a indiqué une porte-parole du gouvernement allemand à l'AFP, en réaction à l'annonce des États-Unis.

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué une "décision historique".

La Russie, qui a homologué, jeudi, le Spoutnik Light, son vaccin contre le coronavirus en une seule dose, "soutiendrait une telle approche", a assuré le président Vladimir Poutine.

Pour John Nkengasong, directeur du Centre de contrôle et de prévention des maladies du continent, qui dépend de l'Union africaine, "l'histoire se souviendra de la décision prise par le gouvernement américain comme étant la bonne chose au bon moment pour combattre ce défi terrible".

Big Pharma désapprouve

Pour l'heure, les brevets sont détenus essentiellement par des laboratoires américains globalement opposés à leur levée qui les priverait, selon eux, d'un retour sur des investissements coûteux. La Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique (IFPMA) a jugé "décevante" cette annonce, qu'elle qualifie de "réponse simple mais fausse à un problème complexe".

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA), juge que cette décision pourrait "affaiblir davantage les chaînes d'approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits". Selon lui, il faut plutôt traiter le problème de la distribution et de la disponibilité "limitée" des matières premières.

L'annonce de Washington intervient alors qu'en Inde, des patients meurent aux portes des hôpitaux submergés et à court de réserves d'oxygène, de médicaments et de lits, malgré l'aide internationale.

Les autorités ont prévenu que le pays devait se préparer à "de nouvelles vagues" épidémiques. Selon les spécialistes, le pire serait encore à venir, avec un pic atteint seulement d'ici plusieurs semaines.

Le gouvernement refuse un confinement généralisé, mais plusieurs régions, dont la capitale New Delhi et les États du Bihar et du Maharashtra, se sont d'elles-mêmes confinées.

Le programme Covax patine

La levée temporaire des brevets sur les vaccins était notamment réclamée par l'Inde et l'Afrique du Sud.  

Car la fracture se creuse entre les nations déshéritées, à la peine, et les pays riches, où les campagnes de vaccination – bientôt élargies aux États-Unis aux adolescents et au Canada aux enfants dès 12 ans – permettent une levée progressive des restrictions sanitaires.

Au Danemark, la situation épidémiologique est sous contrôle, au point que rouvrent jeudi les cinémas, théâtres et centres de fitness sur présentation d'un "coronapas" – un passeport sanitaire certifiant d'un test négatif de moins de 72 h, d'une vaccination ou d'une guérison récente du Covid-19.

Exhortés par l'OMS à la solidarité, les ministres des Affaires étrangères du G7 (États-Unis, Japon, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie), réunis à Londres cette semaine, ont promis de soutenir financièrement Covax "pour permettre un déploiement rapide et équitable" des doses, sans cependant annoncer d'aide supplémentaire.

Car le système de partage des vaccins avec les pays pauvres, qui se fournit principalement chez AstraZeneca, patine : il n'a livré que 49 millions de doses dans 121 pays et territoires, sur un objectif de deux milliards en 2021.

Avec AFP

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