La Biélorussie intercepte un avion pour arrêter un opposant au pouvoir, colère des Européens

Sur cette photo d'archive datant du 26 mars 2017, la police biélorusse arrête le journaliste Roman Protassevitch à Minsk, en Biélorussie.
Sur cette photo d'archive datant du 26 mars 2017, la police biélorusse arrête le journaliste Roman Protassevitch à Minsk, en Biélorussie. © Sergei Grits, AP

Un avion de ligne opérant la liaison entre Athènes (Grèce) et Vilnius (Lituanie) a été intercepté dimanche et dérouté par la Biélorussie vers Minsk. Roman Protassevitch, un militant de l'opposition qui se trouvait à bord, a été arrêté à l'atterrissage dans la capitale biélorusse, selon le média d'opposition Nexta. L'avion a finalement redécollé en fin d'après-midi après une vive réaction des dirigeants européens.

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La Biélorussie a envoyé, dimanche 23 mai, un chasseur intercepter un avion de ligne à bord duquel se trouvait un militant de l'opposition. Ce dernier a été interpellé à son arrivée à Minsk par les services de sécurité du régime d'Alexandre Loukachenko.

Le média d'opposition Nexta a en effet affirmé que son ancien rédacteur en chef, Roman Protassevitch, avait été arrêté après l'atterrissage d'urgence à Minsk de cet appareil, un Boeing 737 de la compagnie Ryanair en provenance d'Athènes et à destination de Vilnius, capitale de la Lituanie.

Le ministère biélorusse de l'Intérieur a d'abord confirmé cette interpellation sur Telegram, avant de supprimer son message, a constaté une journaliste de l'AFP.

Après de vives réactions des dirigeants européens, l'avion de ligne a finalement redécollé en fin d'après-midi. L'avion "a redécollé à l'instant de Minsk", a annoncé sur Twitter la commissaire européenne en charge des Transports, Adina Valean, vers 17h15.

Elle n'a toutefois pas évoqué le sort du militant d'opposition Roman Protassevitch. L'UE avait appelé la Biélorussie à laisser repartir l'avion avec "tous ses passagers".

L'Otan a dénoncé dimanche soir "un incident sérieux et dangereux" et demandé une enquête.

Par ailleurs, un porte-parole du Conseil européen a annoncé que le sommet de l'UE discutera lundi de "possibles sanctions" contre la Biélorussie.

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Interception par un avion de chasse

Selon les autorités, l'avion a dévié de sa trajectoire à cause d'une "alerte à la bombe". Nexta a affirmé que l'atterrissage d'urgence avait été suscité par une "bagarre" déclenchée par des agents des services de sécurité biélorusses, présents à bord et qui affirmaient qu'un engin explosif se trouvait dans l'appareil.

L'aéroport de Minsk, cité par l'agence de presse officielle Belta, a affirmé que l'alerte à la bombe s'était révélée "erronée" après une fouille du Boeing.

Le président Alexandre Loukachenko a quant à lui donné l'ordre personnellement à un avion de chasse MiG-29 d'intercepter l'appareil après cette alerte, a indiqué son service de presse.

L'année dernière, Alexandre Loukachenko a été confronté à un mouvement de contestation historique ayant rassemblé, pendant plusieurs semaines, des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes, une mobilisation énorme pour ce pays de 9,5 millions d'habitants.

Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives. Des violences policières ont fait au moins quatre morts tandis que militants et journalistes subissent un harcèlement judiciaire permanent et se voient infliger de lourdes peines de prison.

"Bagarre avec le KGB"

En novembre dernier, les services de sécurité biélorusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient placé Roman Protassevitch et le fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes".

L'actuel rédacteur en chef de Nexta, Tadeusz Giczan, a assuré que des agents du KGB biélorusse étaient à bord de l'appareil. "Quand l'avion est entré dans l'espace aérien biélorusse, les officiers du KGB ont déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair", a affirmé Tadeusz Giczan, les agents soutenant qu'une bombe était à bord.

Contactée par l'AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de le part de l'aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l'équipage.  

Roman Protassevitch est l'ancien rédacteur en chef de Nexta, un média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Alexandre Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.

Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en biélorusse) a notamment coordonné les rassemblements à travers la Biélorussie, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager photos et vidéos des rassemblements et des violences.

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Vive réaction des dirigeants européens

L'arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l'opposition biélorusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a assuré que le régime avait "forcé" à l'atterrissage l'avion de Roman Protassevitch qui, selon elle, "encourt la peine de mort".

Cette ancienne république soviétique est le dernier pays en Europe à appliquer la peine capitale.

Les dirigeants de l'Union européenne ont appelé de concert la Biélorussie à laisser repartir l'avion de Ryanair et permettre à "tous ses passagers" de poursuivre leur voyage, fustigeant "une action complètement inacceptable".

"Nous tenons le gouvernement de la Biélorussie responsable de la sécurité de tous les passagers et de l'appareil. TOUS les passagers doivent pouvoir poursuivre immédiatement leur voyage", a tweeté le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont eux aussi appelé la Biélorussie à laisser repartir "tous les passagers".

Plus tôt, l'Allemagne avait déjà réclamé une "explication immédiate" après le déroutage de l'avion. 

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a, quant à lui, qualifié l'arrestation de Roman Protassevitch "d'acte de terrorisme d'État".

"Le détournement par les autorités biélorusses d'un vol de @Ryanair est inacceptable. Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable", a déclaré de son côté le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur son compte Twitter.

L'ambassadeur de la Biélorussie à Paris a par ailleurs été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Le président de la Lituanie, Gitanas Nauseda, a quant à lui dénoncé sur Twitter "un événement sans précédent", accusant le régime biélorusse d'être derrière "cet acte abject". "J'exige la libération d'urgence de Roman Protassevitch !", a-t-il poursuivi.

La répression en cours en Biélorussie a valu à Minsk une batterie de sanctions occidentales qui ont conduit Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe, Vladimir Poutine.

Avec AFP

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