droits des femmes

#BalanceTonBar lève le voile sur les violences sexuelles dans le monde de la nuit

Un serveur sert un cocktail dans un bar, à Bruxelles, le 7 octobre 2020.
Un serveur sert un cocktail dans un bar, à Bruxelles, le 7 octobre 2020. © Kenzo Tribouillard, AFP

Les témoignages de violences sexuelles dans les bars et boîtes de nuit affluent sur les réseaux sociaux depuis début octobre sous le hashtag #BalanceTonBar. En Belgique, une enquête a été ouverte après une série de signalements, tandis qu'au Royaume-Uni les inquiétudes portent sur l'utilisation de piqûres pour droguer des étudiantes en discothèques.

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Les langues se délient dans le monde de la nuit. Depuis le 10 octobre, des témoignages rapportant des agressions sexuelles et des viols dans des bars et discothèques se multiplient sur les réseaux sociaux sous le hashtag #BalanceTonBar, en référence au mouvement de libération de la parole #BalanceTonPorc. La prise de drogue à l'insu des victimes est régulièrement incriminée. 

"Nous avons partagé un verre et moins de 30 minutes après, trou noir total pour toutes les deux. Mon amie a eu un accident de voiture et moi, j'ai été violée." Ce témoignage fait partie de la longue liste de récits publiés sur le compte Instagram Balance ton bar. Nombre de victimes font part d'une perte de mémoire après avoir consommé une boisson. "Pourquoi suis-je sortie du bus ? Pourquoi ai-je marché jusque-là alors que ce n'était pas du tout mon trajet mais surtout que s'est-il passé cette nuit-là ?", écrit par exemple l'une d'entre elles.

Les signalements d'agression au moyen de drogues dans les bars et les boîtes de nuit ont augmenté dans plusieurs pays européens, dont la Belgique, la France et le Royaume-Uni. Les accusations vont de l'ajout de drogues dans les boissons à l'injection de sédatifs par le biais de seringues. 

"En Belgique, il y a eu une prise de conscience massive à la suite de ces révélations, surtout sur le fait que les femmes étaient en insécurité dans le monde de la nuit. Ces témoignages ont créé une onde de choc médiatique et politique", affirme à France 24 Maïté Meeûs, co-créatrice du compte Balance ton bar. La jeune femme dit avoir recueilli "environ 200 témoignages venant de femmes pour la grande majorité".  

Le GHB mis en cause 

"Dans beaucoup de situations, des personnes viennent mettre du GHB un peu à l’aveugle dans des verres, en espérant qu’une personne sera mise à l’écart pendant la soirée", a affirmé au Parisien Dounia Salimi, qui co-gère la page Instagram. Depuis une vingtaine d'années, cette substance, à l'origine utilisée à des fins médicales, est détournée de son usage initial et utilisée comme stupéfiant dans le milieu de la nuit. À faible dose, elle a des effets relaxants et euphorisants, en revanche, prise en trop grande quantité, le GHB, aussi appelé "la drogue du violeur", est un puissant sédatif. 

Sur le compte Balance ton bar, certains établissements sont cités plusieurs fois. Parmi eux figurent deux bars très connus du quartier du cimetière d'Ixelles, en proche banlieue bruxelloise. Dans ces deux lieux, des employés sont accusés de violences sexuelles. "Selon ces témoignages, au moins un barman droguerait les filles en versant une substance dans leur verre au préalable", rapporte la RTBF. 

>> À voir aussi : Les agressions sexuelles, fléau du monde étudiant en France

Après plusieurs plaintes déposées, une enquête a été ouverte par le parquet de Bruxelles. "Suite aux messages qui sont apparus sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, le parquet de Bruxelles tient à souligner que chaque plainte concernant des infractions sexuelles est prise très au sérieux", a communiqué le parquet, mercredi 20 octobre. "Outre la collecte de preuves matérielles, à savoir des traces biologiques et des images de caméras de surveillance, un maximum de témoins sont identifiés et interrogés afin de constituer un dossier probant et de confronter tout suspect à ces éléments de preuve", a-t-il affirmé, rappelant que "toute personne bénéficie de la présomption d’innocence".

Le parquet n'a pas souhaité s'exprimer sur les faits à Ixelles, "compte tenu du principe du secret de l’information". L'un des deux bars incriminés a, par ailleurs, indiqué avoir écarté un membre de son personnel visé par de nombreuses plaintes "en attendant que toute la lumière soit faite". La direction du bar a ajouté qu'elle se portera partie civile "si les faits sont avérés".

Cinq jours après les premiers témoignages, plusieurs centaines de personnes se sont réunies, à Ixelles, en soutien aux victimes. 

Liège est également concernée, comme le montre l'ouverture, fin octobre, du compte Balance ton bar Liège. Mais les inquiétudes dépassent les frontières du pays. Depuis la rentrée scolaire, en France, des associations et des collectifs féministes invitent à la vigilance dans plusieurs villes. Balance ton bar a, en outre, ouvert d'autres pages dédiées notamment à Paris et à Lyon.

Dans l'est de la France, l'association de lutte contre le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles Ru'elles Strasbourg reçoit, par exemple, de nombreux témoignages de personnes droguées à leur insu dans des bars ou discothèques de la ville. Elle a indiqué,  mi-octobre, travailler sur "un dossier de signalement auprès du procureur de la République".

Le 15 septembre, le collectif Nous Toutes 34 a, de son côté, signalé une hausse de la consommation de GHB. "Nous avons été informé.e.s que la drogue GHB tourne beaucoup en ce moment sur Montpellier. Faites attention à vous et à vos verres en soirée, parlez-en autour de vous", avait écrit le collectif féministe sur sa page Facebook. 

 

L'Association générale des étudiants montpelliérains avait alors publié un communiqué, dans lequel elle conseille de "garder son verre avec soi", "s'entourer de personnes de confiance lorsque l'on sort et les alerter en cas de malaise, veiller sur son entourage en soirée et "alerter l’établissement". 

"L'épidémie de la seringue" inquiète le Royaume-Uni

Ce problème qui menace la sécurité des jeunes dans les bars et les boîtes de nuit touche aussi le Royaume-Uni. Ces dernières semaines, de nombreuses jeunes femmes et quelques jeunes hommes ont rapporté avoir reçu, sans leur consentement, des piqûres contenant de la drogue. 

Les témoignages se sont multipliés après que deux étudiantes de l'Université de Nottingham ont pris la parole dans les médias britanniques, affichant leurs marques d'aiguilles et leurs ecchymoses sur la peau. Zara Owen avait expliqué s'être réveillée, après une soirée, avec des souvenirs flous et une douleur aiguë dans la jambe, où elle avait repéré une piqûre. Sarah Buckle avait, elle, été emmenée à l'hôpital par ses amis, après s'être brusquement effondrée lors d'une sortie nocturne. Elle a ensuite découvert sur sa main une ecchymose avec une marque sombre au centre, qu'elle a montrée à la chaîne télévisée Channel 4 News. 

Depuis septembre, la police britannique a déclaré avoir reçu 140 rapports sur des incidents impliquant des boissons droguées et 24 impliquant des piqûres, selon des chiffres cités le 22 octobre par l'AFP. La police britannique a, depuis, procédé à de premières arrestations. D'après le quotidien britannique The Guardian, des jeunes femmes ont lancé un appel au boycott de bars et discothèques dans 45 villes du Royaume-Uni. "Les gens en ont vraiment assez. On est arrivé au point où chacun connaît quelqu'un qui a été drogué ou l'a été lui-même. Nous voulons seulement profiter d'une soirée et nous savons que des choses peuvent être faites pour éviter cela", a expliqué au Guardian Milly Seaford, une étudiante à l'Université d'Édimbourg et co-organisatrice de Girls Night In, le nom donné à ce mouvement. 

Ces jeunes femmes demandent des mesures pour lutter contre l'ajout de drogues dans les verres, comme des vérifications plus rigoureuses à l'entrée des établissements, des couvercles pour les boissons ou encore une formation des membres du personnel des bars et des boîtes de nuit. Par ailleurs, plus de 171 000 personnes avaient signé samedi une pétition demandant au gouvernement de rendre obligatoire la fouille minutieuse des clients à l'entrée des discothèques.

Observant ce phénomène depuis la Belgique, Maïté Meeûs craint qu'il ne se répande au-delà des frontières britanniques. "Les couvercles sur les verres c'est bien, mais si l'on ne fait rien, que le problème se transforme et qu'on atteint le niveau de l'épidémie de la seringue, comme au Royaume-Uni, il sera très difficile d'agir", avertit-elle, en insistant sur la nécessité de mieux former le personnel des bars et des boîtes de nuit à la lutte contre les violences sexuelles. 

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