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Couvre-feu : en France, le monde du spectacle vivant se bat pour sa survie

Le Théâtre de l'Atelier déserté, à Paris, le 14 septembre 2020.
Le Théâtre de l'Atelier déserté, à Paris, le 14 septembre 2020. © Joel Saget, AFP
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Vidéo par : FRANCE 2
10 mn

En annonçant mercredi un couvre-feu à partir de 21 h en Île-de-France et dans huit métropoles, Emmanuel Macron a, semble-t-il, sonné les professionnels du spectacle qui se remettaient timidement du confinement. Déterminés à ne pas laisser mourir leur profession, ils réclament des aménagements.   

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Déjà à bout de souffle, le monde du spectacle se sent à présent au bord de l’asphyxie. En exigeant des Français qu‘ils regagnent leur domicile à 21 h au plus tard dès samedi et pour au moins un mois, Emmanuel Macron a porté un nouveau coup de grâce au secteur de la culture, déjà très fragilisé par la crise sanitaire. "On s’est battus pendant des semaines pour s’adapter aux exigences sanitaires en travaillant conjointement avec des médecins et le ministère de la Culture. Et en quelques minutes, voilà que tout notre travail tombe à l’eau, se désespère Philippe Gautier, ancien musicien et secrétaire général du Syndicat national d’artistes musiciens (SNAM CGT), dans un entretien accordé à France 24. On nous encourage à reprendre nos activités et puis on nous empêche à nouveau de travailler. Cette situation est très injuste."  

Une décision que les responsables de salle de spectacle jugent d’autant plus injuste qu’aucun cluster n’a jamais été recensé par les autorités sanitaires depuis la reprise de leurs activités. "Y'a-t-il une seule salle de théâtre déclarée foyer d'infection ? La bataille est rude mais à quoi sert de bombarder des lieux où l'ennemi est absent ?", s'est d’ailleurs indigné le directeur du Rond-Point, Jean-Michel Ribes, sur Twitter. 

Des aménagements en débat  

Soucieux d’apporter son soutien à la culture, certains élus ont promis de se mobiliser, à l’instar d’Anne Hidalgo. La maire socialiste de Paris a ainsi promis d’engager des discussions avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, pour permettre aux "spectacles vivants" de se tenir et au public de circuler en dépit du couvre-feu. Mais elle a aussi annoncé qu'elle accompagnerait "les décisions gouvernementales parce qu'il ne faut pas ajouter de la crise à la crise, et du chaos", ne laissant que peu d’espoir aux professionnels de la culture sur sa détermination.  

>> À lire : au lendemain des annonces de couvre-feux, leur mise en place interroge

Alerté par certains de ses proches, le chef de l’État a tout de même laissé entendre qu’il n’excluait pas quelques assouplissements. "Il faut qu’on l’étudie", a répondu pour sa part le Premier ministre, Jean Castex, lors de sa conférence de presse, jeudi après-midi. "La décision est en débat", confirme son entourage. 

Des discussions ont d’ailleurs été entamées dès jeudi entre les professionnels du spectacle et la ministre de la Culture. "Nous avons plaidé l’urgence de la situation, a souligné à France 24 Philippe Chapelon, délégué général du Syndicat national des entrepreneurs du spectacle (SNES) et présent à la réunion ministérielle. Nous avons demandé un élargissement de l’aide compensatoire déjà versée dans le cadre des pertes liées au Covid-19. C’est une aide financière qui se chiffre en plusieurs dizaines de millions d’euros. Mais elle est indispensable pour sauver le secteur de la faillite et restaurer la confiance des salariés, des entrepreneurs et celle du public."

Des billets de spectacles pour attestations 

Outre l’aspect pécuniaire, les professionnels réclament que le billet de spectacle tienne lieu de laisser-passer pour les séances qui se terminent un peu avant 21 h. "Il s’agirait d’une mesure destinée à rassurer pour que chacun puisse regagner son domicile sereinement sans avoir l’angoisse de se prendre une amende, poursuit Philippe Chapelon. Cela serait d’ailleurs plus juste pour ceux qui habitent loin des centres-villes". La ministre, qui a dit comprendre le "choc des professionnels" à l’annonce du couvre-feu, a promis d’apporter des réponses aux syndicats dès la semaine prochaine.  

En attendant, sur le terrain, on se réorganise. De nombreux responsables de salle de spectacle n’ont pas eu d’autres choix que de revoir les programmations, comme l’ont déjà fait les responsables du théâtre de Chaillot, du Rond-Point, de l'Opéra-Comique, de la Philharmonie de Paris et de plusieurs théâtres dont le Rond-Point. En avançant les horaires de programmation à 17 h, 18 h ou même 19 h, en ajoutant des séances les week-ends et en envisageant d’autres tôt le matin, les patrons de théâtre sauvent ainsi quelques représentations. La pièce à succès "Edmond", qui n'a pas arrêté de jouer depuis quatre ans, est ainsi passée de 21 h à 17 h au théâtre du Palais Royal.  

Mobiliser l’ensemble des acteurs 

Des aménagements qui laissent Philippe Gautier très sceptique quant à la fréquentation. "Pour se rendre à ces séances, il faut pouvoir sortir du travail à 17 h, or il y a peu de personnes en région parisienne ou dans les grandes métropoles qui peuvent se permettre de quitter aussi tôt leur travail."  

Raison pour laquelle, certains directeurs de théâtre comme Emmanuel Demarcy-Mota, à la tête du Théâtre de la Ville, à Paris, et du Festival d'Automne proposent d’ouvrir des négociations avec les entreprises. "Nous allons discuter avec les organismes syndicaux pour que les salariés puissent commencer plus tôt et décaler leur pause ; nous allons demander aux entreprises de faire preuve de solidarité et de libérer des salariés se rendant au théâtre avec le billet comme preuve."  

Autant de solutions concrètes qui redonnent de l’espoir aux professionnels. "Nous ne pouvons pas laisser notre profession disparaître sous nos yeux. Si nous n’obtenons pas certaines souplesses du gouvernement, nous nous mobiliserons", prévient le syndicaliste du SNAM CGT. Quelques heures après l'annonce présidentielle, le hastag #LeSpectacleContinue initié par des acteurs du monde de la culture a inondé Twitter. Preuve que les professionnels du spectacle n’ont pas rendu leur dernier souffle.

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