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Enseignant assassiné : la France part en guerre contre le cyberislamisme

"Twitter a été à plat pour beaucoup d'entre vous et nous travaillons à un retour à la normale pour tout le monde", a tweeté le groupe californien.
"Twitter a été à plat pour beaucoup d'entre vous et nous travaillons à un retour à la normale pour tout le monde", a tweeté le groupe californien. © Olivier Douliery, AFP (archives)
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Quatre jours après l’attentat qui a coûté la vie au professeur d’histoire Samuel Paty, la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, reçoit mardi les patrons pour l'Hexagone des réseaux sociaux et des plateformes afin de trouver des moyens de "lutter contre le cyberislamisme". Un bon début, selon certains observateurs.

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Haro sur les réseaux. Quatre jours après l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty, décapité vendredi 16 octobre en pleine rue à Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris, parce qu’il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, l’exécutif pointe du doigt la responsabilité des réseaux sociaux dans la radicalisation de certains individus.

Les jours précédant la mort de Samuel Paty, des messages et des vidéos appelant à la suspension du professeur d'histoire ont largement été relayés sur Internet. Le terroriste a revendiqué son acte sur Twitter et diffusé une photo de la victime, restée près de deux heures en ligne. Une éternité à l’échelle des réseaux sociaux. Or selon l'article 6.1-2 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique, le réseau social doit agir "promptement". Un terme vague qui pose problème.

Facebook, Twitter, Google, TikTok et Snapchat convoqués place Beauvau

La ministre déléguée à la Citoyenneté a donc décidé de convoquer mardi 20 octobre au ministère de l’Intérieur les patrons pour l'Hexagone des grandes plateformes – Facebook, Twitter, Google, TikTok et Snapchat – afin de trouver des moyens de mieux contrer le "cyberislamisme". "L’idéologie islamiste se propage beaucoup sur les réseaux sociaux. Toute une génération de jeunes ne se radicalisent pas en se rendant dans une mosquée radicalisée, ou en faisant une rencontre ou se rendant en prison, a expliqué Marlène Schiappa sur RTL. Non, ils se sont radicalisés chez eux, tout seuls, dans leur chambre, devant leur téléphone ou un écran d’ordinateur, sur les réseaux sociaux."

La ministre pose le bon diagnostic, estime Raphaël Liogier, sociologue et auteur du livre "La guerre des civilisations n’aura pas lieu" (CNRS Éditions). "L’extrémisation des individus se fait systématiquement par les biais de médias instantanés que sont les réseaux sociaux. De même que ce basculement s’effectue de manière instantanée et non selon un long processus de radicalisation religieuse comme on a trop souvent tendance à le dire, a pu constater le professeur au fil de ses recherches. Il n’y a pas non plus de territorialisation de l’islamisation puisque l’idéologie est disséminée partout sur Internet. Le terroriste ne bascule pas du fait de son quartier ou de ses origines. Les terroristes sont avant tout des individus frustrés, sur le plan sexuel ou en situation d’échec (professionnel ou autre), qui cherchent à se venger en épousant ce contre quoi la société est en lutte, c’est-à-dire l’islamisme. Idéologie que l’on trouve facilement sur les réseaux sociaux."

Pour lutter contre le cyberislamisme, l’État dispose depuis 2009 de la plateforme Pharos (Plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements) qui reçoit les signalements des internautes. Après vérification, les policiers et les gendarmes de Pharos alertent les services compétents pour qu'une enquête soit ouverte sous l'autorité du procureur.

La liberté d'expression en jeu

Problème : ce dispositif ne permet pas toujours d'effacer rapidement les contenus jugés illicites. Il est par ailleurs très difficile de contrôler ce qui s'échange sur Internet sur le plan des libertés individuelles. Le projet de loi porté par Laetitia Avia, qui avait pour but de lutter contre les propos haineux sur Internet, a ainsi été retoqué par le Conseil constitutionnel parce qu'il portait atteinte à la liberté d'expression.

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, propose pour sa part de créer une police des réseaux sociaux. "Il faut mettre les garanties suffisantes dans la loi pour permettre de censurer les réseaux sociaux lorsqu’ils enfreignent nos libertés les plus fondamentales", a-t-elle estimé lundi matin sur Public Sénat, en marge du 16e Congrès des régions de France, à Saint-Ouen.

L'eurodéputé Les Républicains (LR) Geoffroy Didier et le président ex-LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand plaident de leur côté pour la levée partielle de l'anonymat sur Internet avec l’obligation de révéler son identité à l'hébergeur. Mais là encore, il semble que mettre fin à l'anonymat est contraire aux libertés.

Traiter la cause, pas les moyens

Dans l'entourage de Marlène Schiappa, on fait valoir qu'au-delà des dispositifs de signalement et de blocage de contenus illicites, il est nécessaire aussi que l'État ne soit pas absent du Net et organise un "contre-discours" pour répondre aux propos haineux.

Il faut aller plus loin, jugent certains observateurs des questions d’islamisation. "Il est surtout nécessaire que les responsables politiques cessent d’alimenter les polémiques autour des intégristes comme la question du voile ou du burkini à des fins électoralistes, répète à l’envi Raphaël Liogier dans les médias depuis 2015 et les attentats de Charlie Hebdo. Car ils créent de toutes pièces une guerre qui devient l’objet de désir de tous ceux qui veulent s’en prendre à la société. Les responsables politiques sont bien plus responsables de l’islamisation de la société que les réseaux sociaux eux-mêmes, qui ne sont que des moyens", conclut le sociologue.

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