Covid-19 : inquiétude pour la santé mentale des plus jeunes en France

Un jeune portant un masque de protection passe devant un panneau demandant de porter un masque à Rennes, dans l'ouest de la France, le 7 septembre 2020.
Un jeune portant un masque de protection passe devant un panneau demandant de porter un masque à Rennes, dans l'ouest de la France, le 7 septembre 2020. © Damien Meyer, AFP

Santé publique France a pointé "une augmentation significative des troubles dépressifs" chez les Français, particulièrement chez les 18-24 ans. Une dégradation de la santé mentale que constatent les infirmières scolaires chez les adolescents et les étudiants, mais aussi chez les enfants.

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"Nous voulons éviter une troisième vague qui serait (celle) de la santé mentale", disait le ministre de la Santé Olivier Véran, le 18 novembre. La psyché d'une partie de la population française a été mise à rude épreuve par les deux confinements, notamment celle des plus jeunes.

Le nombre de cas de "troubles dépressifs" a presque doublé entre fin septembre et début novembre, passant de 11 % à 21 %, selon les données de Santé publique France, publiées le 19 novembre. L'agence de santé publique note aussi que "les hausses les plus importantes sont notamment observées chez les plus jeunes (+16 points chez les 18-24 ans)".

La troisième vague, "on est déjà dedans", estime Chantal Chantoiseau, membre du bureau national et secrétaire académique à Paris du Snics-FSU, contactée par France 24. "Le nombre de consultations d'élèves auprès des infirmières scolaires a augmenté à la rentrée de plus de 20 % en France, c'est dire le besoin et le mal-être dans lequel ils sont."

Le Snics-FSU, syndicat majoritaire des infirmières de l'Éducation nationale, a tenu jeudi 26 novembre un congrès extraordinaire afin d'avoir des remontées d'informations sur le travail quotidien des 7 700 infirmières françaises… pour 15 millions de jeunes de tous niveaux – écoles, collèges, lycées et enseignement supérieur. "Sur tout le territoire, il a été question de tentatives de suicide beaucoup plus importantes qu'en temps normal chez les jeunes, une angoisse perpétuelle aussi, un besoin d'informations et d'être rassurés", énumère Chantal Chantoiseau.

Infirmières scolaires "en sous-effectif et en surcharge de travail"

La situation en temps de pandémie de Covid-19 ne semble pas non plus être au beau fixe du côté des services d'urgence pédiatriques. Dans les hôpitaux franciliens, par exemple, "les hospitalisations en pédiatrie pour raisons psychiatriques ne cessent d'augmenter depuis août. Elles se situaient fin octobre à 3 600, contre 2 400 un an plus tôt, soit une hausse de 50 %", selon un tableau de bord de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris du 19 novembre cité par Le Monde.

>> À voir : "Covid-19 en France : quels effets sur la santé mentale des jeunes ?"

Adolescents, enfants et étudiants : aucune population jeune ne semble épargnée par le contexte sanitaire incertain. Plusieurs pédopsychiatres ont expliqué récemment, dans une tribune publiée par Le Monde, que les enfants pouvaient présenter toute une palette de symptômes en raison de la situation sanitaire actuelle : "augmentation de l'irritabilité", "troubles du sommeil" ou encore "la peur de la mort d'un proche" en raison du Covid-19.

Les étudiants sont aussi mis à rude épreuve mentale par le confinement. Le Centre national de ressources et de résilience et le Fonds FHF ont pu établir une "photographie de leur état de santé" psychologique entre le 17 avril et le 4 mai dernier. Résultat : 27,5 % des 69 000 étudiants interrogés ont fait état d'une anxiété sévère, contre 9,8 % hors contexte de pandémie. Quelque 11,4 % ont aussi eu des idées suicidaires, contre 8 % en temps normal.

"Et on n'a que 300 infirmières scolaires pour l'ensemble de l'enseignement supérieur [2,7 millions d'étudiants, NDLR]", souffle Chantal Chantoiseau. Le Snics-FSU a d'ailleurs poussé un "cri d'alarme" sur le manque de moyens humains de la profession, à tous les niveaux scolaires, pour faire face à la dégradation de la santé mentale chez une partie des jeunes. "Notre rôle, c'est d'accueillir tout élève qui le souhaite, orienter si besoin, soigner et surtout assurer un suivi des jeunes qui nous consultent, explique Chantal Chantoiseau. Tout ça, on ne peut plus le faire car on est en sous-effectif et en surcharge de travail. En plus, les dommages psychologiques chez les jeunes vont durer dans le temps ; il faudrait au moins une infirmière par établissement scolaire pour pouvoir gérer la situation."

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