Covid-19 : théâtre, opéra, danse... Malgré la fermeture des salles, le spectacle continue

Une nouvelle version de "Titon et l'Aurore", un opéra-ballet de 1753, a été diffusée en streaming en direct depuis le théâtre national de l'Opéra Comique, le 19 janvier 2021.
Une nouvelle version de "Titon et l'Aurore", un opéra-ballet de 1753, a été diffusée en streaming en direct depuis le théâtre national de l'Opéra Comique, le 19 janvier 2021. © Christophe Archambault, AFP
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Bien que privés de public depuis la fin du mois d'octobre à cause de la pandémie de Covid-19, théâtres et opéras organisent des répétitions et de nouvelles productions destinées à retrouver leurs spectateurs sur des plateformes de streaming. 

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À défaut de spectacle vivant, se dressent des salles vivantes. Derrière leurs portes fermées, des théâtres et maisons d'opéra accueillent depuis quelques semaines non seulement des répétitions d'artistes mais aussi de vraies créations. "Pour exister", disent-ils.

Privées de public depuis le 30 octobre pour cause de pandémie, de nouvelles productions voient le jour devant un petit comité de journalistes et de "professionnels de la culture" lors de "premières", qui s'avèrent souvent être la dernière représentation.

Au théâtre national de l'Opéra Comique, mardi à Paris, des scènes quasi-normales ont précédé le streaming en direct d'une nouvelle version de "Titon et l'Aurore", un opéra-ballet de 1753 : va-et-vient de machinistes, techniciens, décorateurs musiciens et chanteurs masqués. Aux premières loges, une haie de caméras pour une captation pour la plateforme Medici.TV.

Le maintien de l'activité "est fondamental"

Sur le plateau, Basil Twist, marionnettiste américain et metteur en scène du spectacle, savoure chaque instant. "C'est étrange mais c'est également extraordinaire car aux États-Unis, il n'y a pas du tout de spectacle, donc je me sens très chanceux de faire quelque chose", déclare l'artiste à l'AFP. "Bien sûr que je suis triste qu'il n'y ait pas de public, mais (...) je suis de San Francisco et j'ai beaucoup d'amis qui vont regarder le spectacle de là-bas à 11 h du matin. C'est très excitant".

Pour le directeur de l'Opéra comique, Olivier Mantei, le maintien de l'activité "est fondamental" pour les équipes de la maison. "Ils ont plus peur qu'on cesse toute activité que le contraire. Cela nous tient éveillés, en alerte".

Si la maison est arrivée à contrôler le risque sanitaire — aucune contamination depuis plus de deux mois malgré la présence de plus de 100 personnes au quotidien selon Olivier Mantei —, qu'en est-il du risque financier?

Pour certaines productions, "on a engagé des frais depuis longtemps, des artistes... on a des aides, du mécénat", que l'Opéra comique a fait doubler en 2020, explique Olivier Mantei. "Cela nous coûte la même chose de faire que de ne pas faire. Et on est très heureux de le faire."

"Tout ne va pas bien, c'est un combat pour la vie"

Pour d'autres chefs d'établissements, il s'agit d'une question de survie.

"Pourquoi faire ? Pour exister !", affirme à l'AFP Mathieu Touzet, co-directeur du Théâtre 14, à Paris, qui a présenté une création, "Kolik", et s'apprête à en présenter une autre, "Una madre".

Ayant pris ses fonctions début 2020 avec Édouard Chapot, il n'a connu dans cette salle municipale parisienne que le combat face à la crise sanitaire. "On nous a dit 'vous pouvez répéter, tout va bien'. Non, tout ne va pas bien, c'est un combat pour la vie", dit-il.

"Comment résiste-t-on ? En continuant à créer pour dire que la culture existera toujours", assure Mathieu Touzet, qui confie sa crainte de voir le monde de la culture plonger "dans un marasme d'un, deux, trois, quatre, cinq ans" si les créations s'arrêtent.

"Il faut faire survivre l'appareil productif du spectacle vivant : artistes, auteurs, comédiens, scénographes, attachés de presse, intermittents. Si ce circuit se brise, il faudra tout reconstruire". Mais une production, "c'est extrêmement cher, c'est une vraie limite", rappelle le co-directeur du théâtre financé par la Ville de Paris.

Créer "redonne du sens à tout le monde"

La danse n'est pas en reste des créations. Au Centre Pompidou, le chorégraphe nigérian Qudus Onikeku a créé "Re:INCARNATION". Sous la nef du Grand Palais, Boris Charmatz a présenté "La Ronde", des duos dansés sur 12 heures et captés pour une diffusion numérique en mars.

Pour la chorégraphe contemporaine Régine Chopinot, qui crée, jeudi, "AD-N" à la MC93 à Bobigny, créer "redonne du sens à tout le monde", dit-elle. Même devant un petit comité. "Le public existe à partir d'un moment où il y a une personne qu'on ne connaît pas dans le noir", avance-t-elle. "C'est du délire ce qu'on vit. C'est comme si tout le monde jeûnait et la question est 'comment retrouver le goût des aliments?'".

Et le public dans tout ça ? De chez elle, Ondine Simonot, mélomane, regarde sur écran "Titon et l'Aurore". Le streaming, "c'est mieux que rien. Mais ce n'est qu'un 'soin palliatif'. En attendant la réouverture des salles".

Avec AFP

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