Lutte anti-Covid : l’acceptation sociale du confinement, la variable qui fait douter l’exécutif

Le président Emmanuel Macron, le 12 janvier 2021, à Tilly, dans le Calvados.
Le président Emmanuel Macron, le 12 janvier 2021, à Tilly, dans le Calvados. Christophe Ena POOL/AFP/Archives
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En France, le gouvernement s’apprête à prendre de nouvelles mesures pour lutter contre la propagation du Covid-19. Un nouveau confinement est sérieusement considéré, l'efficacité du couvre-feu à 18 h étant jugée "relative". Mais l’exécutif hésite par crainte qu’il ne soit accepté par l’ensemble de la population.

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À l’heure de trancher sur les nouvelles mesures pour endiguer l’épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron et le gouvernement marchent sur des œufs. Faut-il imposer rapidement aux Français un troisième confinement en moins d’un an, comme le préconisent les scientifiques ? Ou bien faut-il encore attendre quelques semaines, voire préférer une autre approche, moins restrictive, pour ne pas se mettre à dos une partie de la population ?

C’est un choix politique que va devoir faire l’exécutif. Celui-ci n’est pas sans risque, tant la lassitude semble avoir gagné les Français, confrontés comme le reste du monde au Covid-19 depuis bientôt un an. Mais le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, n’a laissé aucune place au doute, mercredi 27 janvier, à l'issue du conseil des ministres ayant suivi un conseil de défense sanitaire à l’Élysée.

"Le couvre-feu à 18 h a une efficacité aujourd’hui relative. Nous avons des données qui permettent de montrer qu'(...) à ce stade, il ne freine pas suffisamment la circulation du virus", a-t-il déclaré. Face à cette situation, les scénarios envisagés vont "d'un maintien du cadre actuel jusqu'à un confinement très serré", a-t-il poursuivi.

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Au moment, du premier confinement, en mars 2020, Emmanuel Macron n’avait pas hésité à employer un ton martial pour annoncer le confinement généralisé de la population quelques jours après la fermeture des écoles. "Nous sommes en guerre", avait lancé le chef de l’État à une population sous le choc et prête à tout accepter ou presque.

Mais aujourd’hui, et alors que le discours a nettement évolué, il paraît difficile de mettre de nouveau le pays à l’arrêt avec l’assentiment général de la population. "Il y a un phénomène de lassitude, il y a un phénomène de doute, il y a un phénomène de questionnement, tout ça est légitime. Et dans la décision politique, vous devez prendre en compte l’acceptation sociale", a reconnu le chef de file des députés La République en marche (LREM), Christophe Castaner, mercredi matin sur France Inter.

"Les gens n’en peuvent plus"

Notion apparue en France au début des années 1980 au moment où la classe politique cherchait – déjà – à trouver la meilleure méthode pour convaincre les Français de se faire vacciner, l’acceptation sociale correspond à ce qu’un groupe social peut admettre comme modification de son espace de vie, c’est-à-dire comme changement qui lui serait imposé.

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Or, les sondages d’opinion montrent que les Français ne sont plus dans les mêmes dispositions qu’au printemps dernier. "L'acceptabilité est un sujet de vigilance et un enjeu très important car au premier confinement l'adhésion était de 85 %, au deuxième de 65 % et actuellement de 40 %", souffle une source gouvernementale citée par l’AFP.

Sur le terrain, les députés rencontrent dans leur circonscription des Français fatigués par une année durant laquelle leur vie n’a cessé d’être chamboulée. "On sent que les gens sont beaucoup plus anxieux, qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils sont tendus et crispés, notamment les petits commerçants qui craignent de ne pas survivre à un nouveau confinement similaire à celui du printemps 2020", témoigne Caroline Janvier, députée LREM du Loiret, contactée par France 24. "Mais plus que de la colère, je vois des problèmes liés à la santé mentale, des problèmes de dépression et d’isolement, chez les personnes âgées notamment", ajoute-t-elle.

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Emmanuel Macron a bien évidemment en tête les événements récents survenus aux Pays-Bas, où un mouvement de protestation et des émeutes ont eu lieu après l’annonce de la mise en place d’un couvre-feu le week-end dernier. La police a arrêté 250 personnes, dimanche soir, et encore 70 autres lundi. Le Premier ministre Mark Rutte a jugé qu’il s’agissait "des pires émeutes en quarante ans" dans ce pays qui n’avait pas connu de couvre-feu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Au même moment en France, le hashtag "#JeNeMeReconfineraiPas" est apparu sur Twitter avec de multiples témoignages de Français affirmant clairement qu’ils désobéiraient en cas de nouveau confinement. "Plusieurs commerces refusent de toute façon de fermer. Entre la déclaration et le passage à l’acte y’a un pas, mais c’est aussi le cas chez de nombreux citoyens qui ont tout respecté depuis mars : où est la place de la vie dans tout ça ? #JeNeMeReconfineraiPas",  a par exemple écrit mercredi Fabrice D. sur le réseau social.

Le sentiment de danger beaucoup moins présent

Le problème de l’exécutif est d’autant plus complexe que la situation sanitaire se dégrade, certes, mais pas de manière exponentielle avec une courbe des contaminations qui monterait en flèche et qui mettrait par la même occasion tout le monde d’accord. Très présent en mars dernier, le sentiment de danger, facteur primordial de l’acceptabilité, est bien moins présent chez les Français.

Le nombre de patients hospitalisés a ainsi continué d’augmenter, mercredi, à 27 169, dont 3 107 se trouvaient dans les services de réanimation, selon Santé publique France. Par ailleurs, 350 décès supplémentaires ont été répertoriés à l'hôpital au cours des dernières 24 heures, portant le nombre total de morts causées par l'épidémie à 74 456 en France, soit nettement moins qu'au Royaume-Uni, à la population comparable, qui a été mardi le premier pays européen à passer la barre des 100 000 morts du Covid.

Mais le variant anglais, particulièrement contagieux, a représenté 9,4 % des cas dépistés en Île-de-France entre le 11 et le 21 janvier, selon des médecins de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour qui sa progression augure d'une prochaine hausse "très significative" du nombre de malades.

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"Si nous sommes contraints de mettre en place un nouveau confinement, il faudra avoir les bons mots pour l'expliquer et défendre sa mise en œuvre", prévient un conseiller de l’exécutif, cité par l’AFP.

En attendant de prendre une décision, l’exécutif tente de mettre toutes les chances de son côté pour que sa décision apparaisse comme collégiale. Alors qu’il lui a beaucoup été reproché de prendre ses décisions seul, Emmanuel Macron a demandé au Premier ministre de mener "une concertation approfondie" au sujet des "différents scénarios" actuellement sur la table, a expliqué Gabriel Attal. Jean Castex consultera, jeudi et vendredi, les présidents de groupe du Sénat et de l’Assemblée nationale, les associations d’élus et les partenaires sociaux.

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