En France, les pénuries de vaccins commencent à se faire sentir

Le vaccin Pfizer-BioNTech.
Le vaccin Pfizer-BioNTech. © Jack Guez, AFP (archives)

Faute de doses de vaccins en nombre suffisant, trois agences régionales de santé (ARS) ont d'ores et déjà annoncé devoir repousser les rendez-vous de vaccination prévus. Des retards qui risquent de remettre en cause les objectifs de la campagne française.

Publicité

Les retards d'approvisionnement en vaccins anti-Covid-19 commencent à se faire sérieusement sentir en France, où un conseil de défense sanitaire doit se tenir à l'Élysée, vendredi 29 janvier, à 18 h. Si quelque 1,13 million de premières doses ont été injectées depuis décembre et que 6 153 personnes ont reçu leur deuxième injection, d’autres patients voient leur premier rendez-vous repoussé, faute de doses suffisantes.

Après l'annonce de la baisse temporaire des livraisons des doses de vaccin du duo Pfizer-BioNTech – 200 000 en moins en janvier –, le ministère de la Santé a confirmé, jeudi 28 janvier, que Moderna accusait lui aussi des retards. Le fabricant est contraint de réduire d'un quart le nombre de doses livrées à la France pour le mois de février.

>> À lire aussi : "Le vaccin anti-Covid au cœur des stratégies géopolitiques"

Les primo-injections à l’arrêt dans trois régions

Conséquence, les agences régionales de santé (ARS) d'Île-de-France, des Hauts-de-France et de Bourgogne-Franche-Comté ont annoncé jeudi tour à tour que les centres de vaccination devraient décaler des rendez-vous de première injection afin de "garantir l’administration de la seconde injection pour toutes les personnes ayant déjà reçu la première dose en janvier".

Dans un communiqué, l'ARS des Hauts-de-France a annoncé le report des rendez-vous pour une première injection afin de "garantir l’administration de la seconde injection pour toutes les personnes ayant déjà reçu la première dose en janvier". L’ensemble des rendez-vous de primo-vaccination prévus jusqu'au 2 février inclus seront donc déprogrammés et immédiatement reprogrammés à partir de la première semaine de mars.

L'ARS Île-de-France prévoit pour sa part "le décalage de 15 000 à 20 000 rendez-vous" fixés la semaine du 8 février, qui seront reprogrammés "dans les 15 jours suivants au maximum", donc avant la fin du mois.

En Bourgogne-Franche-Comté, la réservation en ligne de nouveaux rendez-vous dans les centres de vaccination pour des primo-injections est suspendue. Des rendez-vous qui avaient déjà été pris sont susceptibles d'être reportés de quelques jours ou semaines, a précisé l'ARS par communiqué.

"Lancement sans stock préalable"

Dans ces conditions, pas sûr que l'objectif du gouvernement de vacciner la totalité de la population française avant la fin de l'été soit tenable. Si, comme l'indique le quotidien Les Échos, le ralentissement des livraisons pourrait être rattrapé d'ici à la fin du mois de mars, le poids de ces retards pourrait peser sur la campagne française de vaccination contre le Covid-19.

Ces difficultés s’expliquent simplement. Interrogé sur LCI, le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, a indiqué que ces retards sont liés à des problèmes logistiques auquel les laboratoires doivent faire face. "Il faut généralement trois à quatre ans pour construire un outil industriel pour un nouveau vaccin, a-t-il précisé. Le fait d'avoir une approbation en moins de douze mois crée un problème commun : le démarrage des chaînes de production. Ce lancement, souvent lent, a lieu en temps réel, sans stock préalable. Donc dès qu'il y a un petit dérapage, qui serait habituellement normal, il se voit tout de suite."

La vaccination au ralenti en Europe

Comme l'Europe a souhaité parler d'une même voix pour procéder à l'achat de vaccins, les pays voisins de la France connaissent les mêmes perturbations dans leur approvisionnement. Le Portugal a estimé que la première phase de sa campagne de vaccination devrait s'allonger de deux mois, alors que la moitié seulement des doses attendues pour le mois de mars devraient être livrées.

Pour l'Allemagne, la pénurie devrait se faire sentir jusqu'en avril. "Nous allons avoir dix semaines difficiles au moins avec une pénurie de vaccins", a déclaré le ministre de la Santé, Jens Spahn, sur Twitter.

De son côté, la Hongrie, critiquant les "lenteurs" de Bruxelles, est devenue vendredi le premier pays de l'UE à approuver le vaccin du laboratoire chinois Sinopharm, une semaine après avoir fait de même pour le Spoutnik-V développé par la Russie. À ce sujet, Alain Fischer, le "monsieur vaccination" en France, a déclaré qu'il ne fallait pas s'interdire d'utiliser en Europe les vaccins chinois et russe si ceux-ci se révélaient efficaces.

Le ministère français de la Santé assure tout de même que 2,4 millions d'injections devraient être administrées au mois de février, premières et deuxièmes doses confondues. "Environ 5 % des rendez-vous pour une première injection devront être décalés de quelques jours" mais "aucun rendez-vous ne sera annulé", estime le ministère.

Avec AFP et Reuters

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine