La France lance son "Beauvau de la sécurité", consultation inédite sur la police

Les forces de l'ordre lors de la dernière manifestation contre le Loi de "Sécurité globale", dont il sera également question lors du "Beauvau de la sécurité", le 30 janvier 2021.
Les forces de l'ordre lors de la dernière manifestation contre le Loi de "Sécurité globale", dont il sera également question lors du "Beauvau de la sécurité", le 30 janvier 2021. © Christophe Archambault, AFP

Annoncé par Emmanuel Macron en pleine polémique sur les violences policières, le "Beauvau de la sécurité", grande concertation nationale sur la police, s'ouvre lundi avec l'ambition de présenter une "grande loi" sur la sécurité intérieure "avant la présidentielle".

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Une nouvelle grande concertation nationale, cette fois sur la police. Le "Beauvau de la sécurité" s’ouvre lundi 1er février avec l’ambition de présenter une "grande loi" sur la sécurité intérieure "avant la présidentielle". Ce rendez-vous avait été annoncé en décembre par le président Emmanuel Macron en pleine polémique sur les violences policières.

Le chef de l'État, souvent taxé sur sa droite de laxisme en ce qui concerne la politique régalienne, a fait de la sécurité une des priorités de la fin de son quinquennat. Ce "grand débat" sur la police, prévu pour durer quatre mois, peut se lire comme une nouvelle brique dans cette stratégie de reconquête.

Loi Sécurité globale contestée dans la rue, fronde syndicale contre la reconnaissance des contrôles au faciès, émoi national après le tabassage par des policiers du producteur de musique Michel Zecler : c'est dans un contexte explosif qu'Emmanuel Macron avait annoncé début décembre cette large consultation inédite.

"Renforcer le lien entre la population et la police"

Avec la tenue du "Beauvau", du nom de la place où est situé le ministère de l'Intérieur, le chef de l'État dit vouloir "améliorer les conditions d'exercice" des forces de l'ordre et "consolider" les liens avec les Français.

Si Emmanuel Macron avait assuré qu'il "interviendrait personnellement" au cours des débats, probablement lors de leur clôture prévue en mai, c'est à Jean Castex que revient la tâche d'en donner le coup d'envoi lundi matin, en visioconférence depuis le ministère de l'Intérieur.

>> À (re)voir sur France 24 : LE DÉBAT - Police : le grand malaise ?

Le Premier ministre insistera sur "l'objectif de renforcer le lien entre la population et la police", "la conciliation des opérations de police et la liberté fondamentale d'informer" et le "devoir d'exemplarité" des forces de l'ordre, a confié son entourage à l'AFP.

Ces discussions doivent accoucher de "sept ou huit propositions très fortes que je proposerai au président de la République", a indiqué le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Malgré un agenda soumis aux aléas sanitaires, le ministre de l'Intérieur compte présenter "une grande loi" d'orientation de programmation de la sécurité intérieure (Lopsi), avant l'élection présidentielle de 2022.

La police "gérée comme une entreprise" ?

Tous les quinze jours, syndicats de police, représentants de la gendarmerie ainsi que huit parlementaires et maires – dont le député LREM et ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue – se réuniront lors de huit tables rondes, selon un document du ministère de l'Intérieur.

Une vingtaine de "personnalités qualifiées", dont plusieurs issues du monde de l'entreprise, et "huit experts internationaux" viendront nourrir les thématiques abordées.

>> À lire sur France24.com : Beauvau de la sécurité : effet d'annonce ou volonté de changement ?

Relations entre forces de l'ordre et population et encadrement des jeunes policiers seront au menu des deux premiers rendez-vous de février (les 8 et 22), avec la participation de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball Claude Onesta et du PDG de Dassault Systèmes, Bernard Charlès.

Les tables rondes de mars (le 8 et le 22) seront dédiées à la formation, avec la DRH d'Axa, Karima Silvent, puis aux relations avec la justice, en présence du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti.

En avril, l'ancien préfet de police de Paris Michel Cadot et le PDG de Facebook France, Laurent Solly, s'exprimeront respectivement sur les questions du maintien de l'ordre et de la captation de vidéos de policiers, au cœur de la loi contestée de Sécurité globale.

La Défenseure des droits, Claire Hédon, interviendra début mai sur le "contrôle interne", notamment autour du rôle de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), avant un dernier débat sur les conditions matérielles des policiers, en présence du PDG de la Poste, Philippe Wahl.

"Hormis Claire Hédon, il n'y a pas de personnalités morales avec une réflexion de longue date sur la police. L'idée semble de dire qu'elle peut être gérée comme une entreprise", déplore le chercheur au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions de la relation police-population.

"Alibi de l'inaction"

Chez les syndicats, la prudence est aussi de mise. Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, sera attentif à ce que les débats ne "se transforment en campagne électorale". Grégory Joron, d'Unité-SGP-FO, réclame "un budget dédié" pour une loi de programmation "ambitieuse".

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L'opposition dénonce, elle, un coup de communication. "Le diagnostic, tout le monde le connaît : le malaise de la police, sa paupérisation", a souligné le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, redoutant que ces échanges soient "l'alibi de l'inaction".

Avec AFP

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