La prévention, maître-mot dans la lutte contre les cancers

40 % des cancers sont liés à des facteurs de risque évitables, dont le tabac et l’alcool en priorité. Ici dans un bureau de tabac à Fervaches, en Normandie, le 5 décembre 2018.
40 % des cancers sont liés à des facteurs de risque évitables, dont le tabac et l’alcool en priorité. Ici dans un bureau de tabac à Fervaches, en Normandie, le 5 décembre 2018. © Charly Triballeau, AFP

À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, jeudi, Emmanuel Macron va présenter la stratégie nationale décennale visant à combattre ce fléau en France. La prévention devrait être un axe primordial de ce plan, afin de dépister les tumeurs malignes avant qu’elles n’atteignent leur phase clinique. Explications.

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Même en temps de pandémie, le cancer continue de sévir, dans l'ombre du Covid-19. Quelque 185 621 personnes en sont mortes en 2020, sur les 667 400 décès enregistrés toutes causes confondues. Cette tumeur maligne aux multiples visages, qui est la première cause de mortalité en France chez l'homme et la deuxième chez la femme, est aussi diagnostiquée chez plus de 350 000 personnes chaque année.

"Aujourd'hui, le cancer pèse beaucoup en France, sur beaucoup de familles, c'est de loin la première maladie et la plus redoutée", résume Thierry Breton, directeur général de l'Institut national du cancer (Inca), contacté par France 24. Pourtant, une part non négligeable de ces tumeurs pourrait être éradiquée en cas d'un changement de mode de vie ou de comportements : 40 % des cancers, soit 142 000 nouveaux diagnostics chaque année, sont en effet liés à des facteurs de risque évitables – dont le tabac et l'alcool en priorité.

Selon Thierry Breton, "on pourrait alléger demain le poids des cancers et faire en sorte qu'il y en ait moins avec plus de prévention". Cette dernière devrait d'ailleurs être un axe prioritaire abordé par Emmanuel Macron, jeudi 4 février, lors de sa présentation de la stratégie nationale décennale de la lutte contre les cancers.

Des campagnes de dépistage qui ne sont pas plébiscitées

La France n'est, pourtant, pas novice en la matière. "On est actuellement sur une stratégie de santé publique en population générale", explique Suzette Delaloge, oncologue à l'Institut Gustave Roussy, contactée par France 24. "Cela comporte la prévention primaire, qui est d'empêcher la survenue des cancers, et la prévention secondaire, qui consiste à avoir une détection précoce pour empêcher les cancers graves".

Cela consiste principalement à inciter les personnes à "avoir une hygiène de vie meilleure", précise l'oncologue : fumer moins, boire moins, faire plus d'exercice physique ou encore manger cinq fruits et légumes par jour. La prévention secondaire repose, quant à elle, sur les trois grands programmes de dépistage en France : le cancer du sein, le cancer colorectal et celui du col de l'utérus.

Mais cette détection précoce n'est pas plébiscitée par les Françaises et les Français. "On est à un peu moins de 50 % pour le sein et autour de 35-37 % pour le colorectal et autour de 30-35 % pour le col de l'utérus", énumère Suzette Delaloge. Ces dépistages, pourtant intégralement pris en charge par l'Assurance Maladie, souffrent d'un manque de popularité, "notamment parce que le rapport bénéfices / risques ressenti à l'échelle individuelle ne semble pas favorable pour un certain nombre de personnes", explique l'oncologue, "et parce que la santé publique, encore plus dans la période actuelle, est globalement vécue comme une contrainte, une obligation, voire un danger et pas du tout comme une opportunité, ce qui va complètement à l'envers."

À cela s'ajoute la situation sanitaire dans laquelle la France vit depuis un an avec la pandémie de Covid-19. Le premier confinement, en mars dernier, a entraîné "un arrêt total des activités de dépistage", selon Suzette Delaloge, avec une reprise ensuite à partir du mois de juin et une remontée des chiffres de dépistage à la fin de l'année 2020.

Nouveaux programmes de dépistage et détection précoce

La stratégie nationale décennale de lutte contre les cancers – qui va "s'appuyer sur une proposition de l'Inca", selon l'Élysée – devrait donc prioriser la redynamisation de la stratégie de prévention en France. Thierry Breton confirme cette orientation : "Il faut faire en sorte qu'il y ait plus de participation aux dépistages de demain, et qu'on cherche aussi de nouvelles formes de dépistage par une action de recherche fondamentale ou technologique".

Outre les cancers du sein, colorectal ou du col de l'utérus, d'autres programmes de dépistage nationaux pourraient voir le jour dans les prochaines années. À commencer par celui du cancer du poumon. La technique de dépistage, basée sur un scanner, "semble montrer son efficacité", précise Thierry Breton. "Peut-être qu'on aboutira à ce nouveau programme de dépistage d'ici deux à quatre ans", précise-t-il, ajoutant fonder aussi des espoirs pour trouver à moyen terme un test pour dépister le cancer de la prostate.

Une autre perspective de lutte contre les cancers pourrait consister en une détection précoce. "Environ 30 à 40 % des personnes développant un cancer auraient pu être identifiées comme à risque augmenté dans les années précédant leur diagnostic", explique l'Institut Gustave Roussy. Ce dernier a lancé, le 29 janvier, le programme "Interception" avec l'objectif d'identifier au plus tôt les personnes à risque augmenté de cancers – c'est-à-dire des personnes qui ont une probabilité deux à trois fois supérieure à la moyenne de développer un cancer, que ce soit à cause d'une prédisposition héréditaire ou d'une exposition forte à des produits toxiques comme la cigarette. 

"La détection précoce consiste à trouver un cancer avant qu'il n'arrive à sa phase clinique", résume Suzette Delaloge. "L'idée, c'est de proposer la meilleure stratégie possible pour chaque personne pour ne pas développer un cancer grave, et si jamais cette personne développait un cancer un jour, qu'elle soit dépistée tôt et traitée de façon simple."

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