En Seine-Saint-Denis, la stratégie vaccinale se heurte à la fracture numérique et aux inégalités

Une infirmière prépare une dose de vaccin anti-Covid du laboratoire Pfizer, dans une clinique d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 13 janvier 2021.
Une infirmière prépare une dose de vaccin anti-Covid du laboratoire Pfizer, dans une clinique d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 13 janvier 2021. © AFP - Bertrand Guay
Texte par : Julia DUMONT
6 mn

Le gouvernement a choisi de faire reposer sa stratégie de campagne de vaccination contre le Covid-19 sur le numérique, accentuant ainsi l’éloignement des soins des personnes les plus précaires. En Seine-Saint-Denis, département qui compte le plus de personnes pauvres en France, des initiatives sont lancées pour tenter de garantir l’accès aux vaccins.

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Malgré les critères d’éligibilité aux vaccins anti-Covid, l’égalité devant l’accès aux précieuses doses est loin d’être évidente. Quinze jours après le début de la vaccination des personnes de 75 ans et plus, vivant à domicile, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France a ouvert, lundi 15 février, à Drancy, un centre de vaccination destiné aux personnes les plus précaires.

Une enquête de Libération a révélé, le 11 février, que de nombreux rendez-vous de vaccination en Seine-Saint-Denis avaient été réservés par des habitants d’autres départements, dont des Parisiens aisés. En cause : la stratégie voulue par le gouvernement est basée sur des prises de rendez-vous en ligne à partir des sites Doctolib, Keldoc et Maiia. Celle-ci a eu pour résultat de léser les personnes peu à l'aise avec Internet, ne parlant pas bien le français ou bien étant trop éloignées de l’accès au soin.

"Groupes sociaux très précaires"

À La Courneuve, les équipes du centre de vaccination ont ainsi noté que "sur les 756 premières doses administrées en quinze jours, seulement 20 % des bénéficiaires étaient courneuviens. Contre 30 % de Parisiens”, souligne Libération.

Le centre de vaccination de Drancy accueille lui, "les groupes sociaux très précaires mais aussi l’ensemble des Franciliens confrontés à l’isolement, à la pauvreté, à des difficultés de mobilité, d’accès aux soins ou d’accès aux informations, parfois à l’enclavement de leur quartier", indique l’agence de santé à France 24.

"La CPAM [Caisse primaire d’assurance maladie] identifie ces personnes grâce à ses données de santé, en cherchant celles qui paraissent particulièrement éloignées du système de santé (consultations peu fréquentes ou lointaines par exemple) et qui sont à risque (certaines affections de longue durée par exemple)", précise-t-elle. Si ces personnes sont éligibles aux vaccinations actuelles, elles se voient proposer un rendez-vous.

Fracture numérique

Dans ce territoire populaire durement touché par l’épidémie de Covid-19, les équipes soignantes des centres de vaccination et des organismes de santé locaux se sont aussi adaptées pour assurer un équilibre d’accès aux vaccins entre les personnes inscrites sur Doctolib et la population locale qui n’utilise pas ou peu Internet.

À Saint-Ouen, le docteur Mohad Djouab, médecin et directeur de la santé pour la ville, avait anticipé qu’une stratégie de prise de rendez-vous en ligne se heurterait à la fracture numérique déjà existante dans le département. "Dès le départ, on a mis en place des call centers avec un numéro dédié dans le centre de vaccination et on a commencé à constituer une liste de personnes vulnérables à travers les services de santé de la ville", explique-t-il à France 24.

"Jusqu’à maintenant, les dotations en vaccin ont été des quantités fixes par semaine avec des obligations de mettre en ligne les rendez-vous. Mais la semaine prochaine, on va recevoir des quantités supplémentaires avec lesquelles on va pouvoir faire de nouvelles premières doses […] On a une liste de personnes dont on sait qu’elles sont partantes pour la vaccination donc on va pouvoir les inscrire directement en ligne et les appeler pour les prévenir", ajoute le médecin.

La plupart des autres centres de vaccination ont, eux aussi, établi des listes de personnes à contacter. Le département compte également former des "ambassadeurs et ambassadrices" des vaccins pour informer les habitants sur les modalités de vaccination et les aider à prendre des rendez-vous lorsque de nouvelles dates seront disponibles.

"Patients prioritaires"

Pour aller encore plus au devant des patients, un projet d’équipe de vaccination mobile est également à l’étude à Saint-Ouen. "Pour le moment, on n’y est pas. Mais quand on aura des vaccins qu’on pourra faire à domicile, on pourra aller vacciner les gens chez eux", affirme Mohad Djouab.

La prochaine étape de vaccination devrait également permettre un meilleur équilibre de la répartition des rendez-vous vaccinaux. À partir du 25 février, les médecins généralistes pourront vacciner les personnes de 50 à 64 qui présentent des comorbidités.

Lors d’une conférence de presse mardi matin, le président de Doctolib, Stanislas Niox-Château, a déclaré que les praticiens "pourront choisir d'ouvrir la prise de rendez-vous en ligne, ou pas". Cependant, compte tenu des faibles quantités attendues (1 flacon de 10 doses par médecin la semaine prochaine, 2 ou 3 la semaine suivante), "ils contacteront directement leurs patients prioritaires dans un premier temps."

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