Un confinement pour tout rouvrir : l'alternative de la mairie de Paris à la stratégie de l'exécutif

Des Parisiens profitent du soleil sur les bords de Seine, le 24 février 2021.
Des Parisiens profitent du soleil sur les bords de Seine, le 24 février 2021. © Reuters

Au lendemain de ses déclarations, le premier adjoint à la mairie de Paris a précisé, vendredi, que la proposition de recourir à un confinement de trois semaines dans la capitale était une "hypothèse". De son côté, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a affirmé que la mesure sera "étudiée" à l'échelle de la région.

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Le premier adjoint de la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a sérieusement tempéré, vendredi 26 février, ses déclarations de la veille, assurant que le reconfinement de Paris était "une hypothèse" et non une proposition de l'Hôtel de Ville.

"Ça n'a jamais été une proposition, j'ai fait trois interventions médiatiques hier soir, ça n'a jamais été une proposition, c'est une hypothèse", "simplement une hypothèse que nous souhaitons mettre sur la table", a précisé l'adjoint de la maire PS Anne Hidalgo lors d'une conférence de presse. "Nous ne proposons pas de mettre en œuvre le confinement à Paris d'abord, parce que cette décision relèvera de l'exécutif national, mais nous pensons que la politique des demi-mesures, avec des résultats très contestables a une forme de fin de cycles", a-t-il aussi expliqué.

La veille, le premier adjoint avait déclaré sur France Info que la mairie de Paris allait soumettre au gouvernement un plan préconisant un confinement de la capitale pendant trois semaines avec l'objectif de rouvrir restaurants, bars et salles de spectacle à l'issue de cette période.

Plutôt qu'un confinement le week-end, une mesure "très contraignante sur le plan de l'impact sociétal et assez peu efficace sur le plan sanitaire", le premier adjoint disait préférer "un confinement tout court" à Paris de façon à "vraiment redonner de l'oxygène et avoir la perspective dans trois semaines de tout rouvrir", tout en conservant des mesures de protection sanitaire.

"On ne peut pas s'imposer de vivre dans une semi-prison pendant des mois. Il faut maintenant prendre des décisions courageuses", a-t-il lancé après l'annonce, par le Premier ministre, Jean Castex, de la mise sous "surveillance renforcée" de Paris, comme 19 autres départements, face à la remontée épidémique.

Ces territoires pourront faire l'objet de mesures de confinements locaux à partir du week-end du 6 mars si la situation continuait à se dégrader, après "concertations avec les élus", a ajouté le chef du gouvernement.

"Quand on réfléchit sur Paris, il faut réfléchir sur la région Île-de-France"

La proposition de la mairie de Paris de confiner pendant trois semaines la capitale sera "étudiée" à l'échelle de la région, malgré des réserves sur sa durée et sur la fermeture des écoles, a réagi, vendredi, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

"Si on est rentrés dans ce cadre de discussions avec les élus, c'est pour qu'ils fassent des propositions, donc la proposition de la mairie de Paris sera évidemment étudiée", a assuré le porte-parole du gouvernement sur France Inter. "Quand on prend des mesures localisées qui concernent un territoire, c'est important de les prendre en lien avec les élus locaux", a-t-il insisté.

Mais "les mesures, il faut qu'elles aient un sens au niveau territorial et quand on réfléchit sur Paris, il faut réfléchir sur la région Île-de-France" car "il n'y a pas de no man's land derrière le périphérique, il y a des mouvements importants entre les territoires", a-t-il fait valoir.

La présidente de région, Valérie Pécresse (Libres !), avait qualifié jeudi "d'illusions" d'éventuelles décisions sanitaires prises "au niveau départemental" en Île-de-France.

Le porte-parole du gouvernement a aussi exprimé d'autres réserves. "Il y a assez peu de scientifiques qui considèrent que, avec un confinement de trois semaines, on peut terrasser le virus et tout ouvrir, comme l'ont dit les élus de la mairie de Paris", a averti Gabriel Attal.

"On a un objectif, c'est de laisser autant que possible les écoles ouvertes et donc je comprends que, désormais, la mairie de Paris appelle à fermer les écoles, c'est vraiment pas une décision anodine", a aussi mis en garde le secrétaire d'État en rappelant "l'impact pour la santé de nos enfants, le décrochage scolaire".

"Pour nous, c'est quand même une décision qui doit se prendre en ultime recours", a-t-il souligné.

"Des demi-mesures avec des mauvais résultats"

Si la méthode du gouvernement d'engager le dialogue entre préfets et élus locaux "est la bonne", Emmanuel Grégoire estime que "la situation actuelle, qui nous semble un tout petit peu attentiste, est la pire parce que ce sont des demi-mesures avec des mauvais résultats".

La mairie, également favorable à "un retour au télétravail de façon obligatoire" et à des mesures "ciblées, avec discernement et à durée limitée" vis-à-vis des commerçants, entend faire remonter ses propositions au gouvernement en début de semaine prochaine, après dialogue avec l'Agence régionale de santé (ARS) et la préfecture de police au cours du week-end.

L'adjointe à la Santé Anne Souyris (EELV) a dit craindre une "explosion des chiffres" du Covid-19 dans la capitale avec la rentrée scolaire lundi et la progression du variant britannique, alors que le taux d'incidence y est déjà supérieur au seuil d'alerte maximale.

"Il ne faut pas attendre que les hôpitaux soient débordés"

Président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire Agir de Fontainebleau, Frédéric Valletoux a quant à lui demandé, vendredi, "des mesures plus drastiques" afin de limiter la saturation des hôpitaux par des patients atteints de Covid-19.

"Je demande qu'ils (le gouvernement) n'hésitent pas à prendre des mesures drastiques là où c'est nécessaire, il ne faut pas attendre que les hôpitaux soient débordés comme c'est le cas à Dunkerque car la réalité, c'est que le confinement est annoncé", a-t-il déclaré sur le plateau de France 2.

"Il arrive un moment où on ne tient qu'en évacuant les patients ou qu'en déprogrammant et, quand on déprogramme (...), vous ne savez pas si ça ne représente pas une perte de chances pour ces personnes (...). Ce n'est jamais facile de déprogrammer et ce n'est pas un acte sans conséquences", a-t-il ajouté.

Il a réaffirmé qu'"entre 10 et 20 %" des actes hospitaliers avaient été déprogrammés depuis mi-janvier en Île-de-France "pour permettre de tenir".

Avec AFP

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