France : levée de boucliers contre un possible report des élections locales

Un homme portant un masque met son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote du 5e arrondissement de Paris lors du second tour des élections municipales le 28 juin 2020
Un homme portant un masque met son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote du 5e arrondissement de Paris lors du second tour des élections municipales le 28 juin 2020 © Christophe Archambault, AFP

Alors que l’Élysée étudie la piste d’un report des élections régionales et départementales prévues en juin et qu’un avis du Conseil scientifique sur cette question est attendu d’ici début avril, la grande majorité des partis politiques s'y oppose farouchement.

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"Pas touche aux élections !" Voilà comment pourrait se résumer la tribune, publiée dimanche 21 mars dans Le Figaro, écrite par dix présidents de région de droite et de gauche pour s’opposer à un nouveau report des élections régionales et départementales (13 et 20 juin).

Initialement prévues pour le mois de mars, ces élections locales ont déjà été repoussées une première fois. Or, l’Élysée étudie la piste d’un nouveau report, à l’automne cette fois-ci, pour raisons sanitaires, selon Le Figaro. Le Conseil scientifique doit remettre un rapport avant le 1er avril "sur l’état de l’épidémie de Covid-19, sur les risques sanitaires et sur les adaptations nécessaires attachées à la tenue des scrutins et des campagnes électorales précédant celui-ci". C'est cette décision qui doit, selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, servir de "boussole" à l’exécutif pour trancher cette épineuse question.

Avec la troisième vague de Covid-19 qui touche actuellement la France et des courbes épidémiques qui ne cessent de grimper, l’entourage du chef de l’État s’inquiète en particulier des difficultés à faire campagne. Réunions publiques, porte-à-porte, rencontres sur les marchés… ces événements ordinaires d’une campagne électorale sont difficilement compatibles avec le respect des gestes barrières, argue-t-on à l’Élysée.

>> À voir : Les réseaux sociaux, terrain de jeu de la présidentielle 2022 ?

"Toutes les élections sont essentielles. Ce n’est pas au Conseil scientifique de confiner la démocratie !", répondent dans leur tribune les dix présidents de région, dont Renaud Muselier (LR, PACA), Valérie Pécresse, (ex-LR, Île-de-France), Xavier Bertrand (ex-LR, Hauts-de-France), Carole Delga (PS, Occitanie), Hervé Morin (Les Centristes, Normandie), Alain Rousset (PS, Nouvelle-Aquitaine) ou encore Laurent Wauquiez (LR, Auvergne-Rhône-Alpes).

"Voilà un an que nous vivons avec cette crise sanitaire, et la société ne s’est pas arrêtée pour autant, poursuivent-ils. Citoyens, entreprises, associations, nous avons toutes et tous su adapter nos modalités de fonctionnement, notre accès à l’information, notre manière de débattre. Nous ne pouvons pas suspendre la démocratie à un retour à la normale alors même que tout le monde s’accorde à penser qu’il faudra s’habituer pour longtemps à vivre dans un nouveau contexte sanitaire."

"La campagne est possible"

Les auteurs du texte pointent notamment que douze pays de l’Union européenne ont tenu des élections depuis mars 2020 et que deux autres prévoient de le faire d’ici fin juin. Ils auraient également pu citer les États-Unis, où Joe Biden a été élu président en novembre, voire même la France, qui a organisé le second tour des élections municipales en juin 2020, au terme d’une campagne de second tour quasi-virtuelle.

"La campagne est possible", soutient Matthieu Orphelin, député ex-LREM à la tête d’une liste écologique dans les Pays de la Loire, contacté par France 24. "On ne fait pas avec les moyens traditionnels comme les meetings ou le porte-à-porte, mais on sait s’adapter. On est plus présents sur les réseaux sociaux, on fait davantage de rencontres d’acteurs aussi, poursuit-il. On a aussi fait 13 ateliers thématiques en ligne qu’on aurait sans doute fait en réel dans une campagne classique. Mais ce format virtuel a été un succès et nous avons sans doute pu toucher des gens qui ne viendraient pas habituellement dans une réunion politique."

Les élections régionales et départementales s’annoncent difficiles pour le parti présidentiel, qui manque d’ancrage territorial depuis sa création en 2016. Tous les sondages effectués jusqu’à présent donnent ainsi La République en marche perdante dans toutes les régions, à l’exception de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’Île-de-France, en particulier, reste le symbole des ambitions revues à la baisse par LREM : alors que le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a longtemps été pressenti pour y être tête de liste, c’est finalement le député du Val-de-Marne, Laurent Saint-Martin, qui a accepté de se jeter dans la bataille.

Dès lors, il n’en fallait pas plus pour qu’une grande partie de la classe politique soupçonne une manœuvre politicienne. "Partout dans le monde, on vote ! Au Portugal, aux États-Unis, aux Pays-Bas, tout le monde vote !", insiste le patron des sénateurs Les Républicains, Bruno Retailleau, contacté par France 24. "C’est la droite qui est visée dans cette histoire car pour Emmanuel Macron, le danger ne vient pas de la gauche. Certains patrons de régions de droite veulent se lancer ensuite dans la présidentielle. En décalant les scrutins locaux à l’automne, tenir une primaire LR devient impossible."

Avec l'élection présidentielle prévue au printemps 2022, la plupart des candidats devraient en effet se lancer sérieusement en campagne dès l’été prochain. À droite, Xavier Bertrand, Valérie Pecresse et Laurent Wauquiez – respectivement présidents des Hauts-de-France, de l’Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes – sont des candidats putatifs à une primaire qui pourrait se tenir à l’automne. Impossible, pour eux, de faire à la fois campagne pour les régionales et la présidentielle.

Même La République en marche opposée à un report

"Ces dates des 13 et 20 juin sont les seules qui ont permis de trouver un compromis politique, c’est la seule solution possible, souligne Matthieu Orphelin. Reporter les élections serait un très mauvais calcul pour la démocratie et serait immanquablement vu comme une manœuvre politique. Or, alors que la France connaît déjà une crise sanitaire, une crise sociale et une crise environnementale, on n’a pas besoin de rajouter une crise politique."

Car c’est bien l’ensemble des partis politiques qui seraient handicapés en vue de la préparation du scrutin présidentiel, notamment en raison des règles strictes des comptes de campagne qui s’appliqueront dès le 1er juillet 2021.

À gauche, même si le sujet n'est pas pour le moment prioritaire – contacté par France 24, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, n'a pas donné suite à notre demande d'interview –, trois présidents de région socialistes ont signé la tribune publiée dimanche dans Le Figaro. De même, l'ancienne ministre de l'Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, candidate PS en Auvergne-Rhône-Alpes, a rappelé sur Twitter que les élections législatives aux Pays-Bas de la semaine dernière ont connu un taux de participation de 82,6 %, "soit le plus élevé atteint depuis 1986".

L'ancienne finaliste de la présidentielle 2017, Marine Le Pen, s'est aussi dite, lundi 22 mars, "contre un report" des élections. "Ne pas (les) maintenir, cela voudrait dire les repousser à un moment où nous serons déjà dans le cadre d'une élection présidentielle, ce serait très néfaste pour notre démocratie. On ne peut pas confiner la démocratie", a fait valoir la présidente du Rassemblement national lors d'une conférence de presse.

Même le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, a plaidé lundi matin pour la tenue des élections en juin, y voyant "une absolue nécessité". "Nous avons décidé collectivement, et c'est le Parlement qui l'a fait, de les tenir en juin ; il faut qu'elles aient lieu en juin", a-t-il justifié sur Radio Classique.

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