REPORTAGE

Marche pour le climat : à Paris, les manifestants dénoncent la "trahison" de l'exécutif

À Paris, la marche pour le climat a rassemblé quelque 55 000 personnes, le 28 mars 2021. Au total, les organisateurs revendiquent 110 000 manifestants dans toute la France.
À Paris, la marche pour le climat a rassemblé quelque 55 000 personnes, le 28 mars 2021. Au total, les organisateurs revendiquent 110 000 manifestants dans toute la France. © Pauline Rouquette, France 24

À l'appel de plusieurs centaines d'organisations écologistes, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dimanche à Paris pour réclamer "une vraie loi climat à la hauteur de l'urgence écologique" alors que le projet de loi "Climat et Résilience" sera examiné lundi à l'Assemblée nationale.

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"Notre but, c’est d’avoir une ‘vraie’ loi Climat", lance Marie Cohuet, porte-parole d’Alternatiba, mouvement citoyen de mobilisation sur le dérèglement climatique. Comme elle, de nombreux militants vêtus d’un gilet jaune floqué "Action non violente (ANV) - Cop-21" (branche "résistance" du mouvement) pavent les marches de l’Opéra de Paris en attendant 14 h, heure de départ de la manifestation pour le climat.

À la veille de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi "Climat et Résilience", issu notamment du travail des 150 citoyens de la Convention pour le climat, des rassemblements ont eu lieu, dimanche 28 mars, dans "près de 160" villes "partout en France", à l’appel de nombreuses organisations. À Paris, la manifestation a rassemblé quelque 55 000 personnes, selon les organisateurs, qui revendiquent 110 000 manifestants dans toute la France.

Les mesures retenues sont une "goutte d'eau dans l'océan"

Associations de défense de l’environnement, partis politiques, citoyens… Tous réclament une politique écologique plus ambitieuse, ce que ne propose pas, selon eux, le projet de loi sur le point d’être examiné par le législateur. "On sait que les députés ont encore le pouvoir d’agir, ils peuvent encore déposer des amendements", insiste Marie Cohuet. "Il y a des amendements qui ont été déposés, et maintenant il va falloir les voter pour rehausser l’ambition du texte. Il n’est pas trop tard."

Dans le cortège, qui s’élance peu après 14 h en direction de la place de la République, les pancartes rivalisent de slogans inventifs. "Politiques en carton, à la poubelle jaune", "les calottes sont cuites", "mort au patriarcat, pas au climat", "ministère de la Trahison écologique"…

La "trahison", c’est ce dont estiment être victimes les manifestants présents. "Les mesures de la Convention citoyenne pour le climat, si elles avaient été reprises telles quelles par le gouvernement, auraient permis à la France d’atteindre ses objectifs de -40 % d’émissions de gaz à effet de serre (d’ici à 2030, NDLR), mais en termes de transcription dans la loi, c’est une vraie trahison par rapport à ce qui avait été promis par l’exécutif", tance la porte-parole d'Alternatiba.

"Je suis en colère !", souffle de son côté Camille, 26 ans. "On nous a fait miroiter des choses mais le gouvernement n’a rien fait avec sérieux et pertinence", poursuit-elle, brandissant une pancarte sur laquelle apparaît le slogan "État menteur, futur en pleurs". Selon elle, les mesures retenues par le gouvernement sont une "goutte d’eau dans l’océan", et si elle se dit "pessimiste" quant à l’avenir, elle refuse toutefois de qualifier cette manifestation – la première à laquelle elle participe – de dernière chance. "Être dans la rue est un signe de protestation qu’ils ne peuvent ignorer", dit-elle. "Il ne faut pas voir ça comme la fin d’un combat, car d’autres combats devront encore être menés, demain ou dans dix ans, contre le changement climatique."

"Maintenant ou jamais"

Depuis plusieurs années, notamment avec le mouvement Youth for Climate, la cause climatique fédère de plus en plus la jeunesse, qui était largement représentée dans le cortège parisien. "Il est important que les nouvelles générations se mobilisent", affirme Maïa, 22 ans. Et sa sœur, Olivia, 17 ans, d'ajouter : "C'est de notre responsabilité que d'agir pour notre futur." Issues d'une "famille écolo", elles ont depuis toujours été sensibilisées à l’écologie et ont rejoint la marche pour le climat en tant qu’encadrantes au sein d'ANV - Cop 21.

"On est des bébés bénévoles", ajoute Salomé, 22 ans, dont l’engagement écologiste a commencé il y a deux ans, "après la lecture de 'L’Humanité en péril', de Fred Vargas". Pour la jeune étudiante en marketing, qui demande à ce que le gouvernement revienne sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat et "respecte ses objectifs", la mobilisation doit avoir lieu "maintenant, ou jamais".

De jeunes citoyens ont répondu présents, mais aussi de jeunes partis politiques, à l’instar du Parti animaliste, né en 2016, et qui a pris place dans le cortège parisien derrière le Parti socialiste, le mouvement Génération.s, EELV et consorts. En effet, protection du climat et protection des animaux sont deux luttes qui se rejoignent, affirme Laurence Volbart, l’une des porte-paroles du parti.

Évoquant les réticences de la majorité à propos d'une disposition du projet de loi relative à l’introduction d’une option végétarienne quotidienne dans l'ensemble de la restauration collective, Laurence Volbart considère que "le gouvernement se moque totalement de la parole citoyenne". À ses côtés, Muriel Fusi, également porte-parole du Parti animaliste, ironise. Elle ne considère pas le projet de loi comme une trahison, pour la simple et bonne raison qu’elle "n’a jamais vraiment fait confiance à Emmanuel Macron" en matière d’écologie.

Aussi, si pour Marie Cohuet, d’Alternatiba, la Convention citoyenne pour le climat était, à la base, "une expérience démocratique intéressante, qui a permis à des citoyens de réaliser un travail salué par les experts du Haut conseil pour le climat", pour Laurence Volbart, du Parti animaliste, le résultat obtenu témoigne avant tout d’une opération "de greenwashing, de communication".

Pour sa part, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, s'est félicitée de l’existence des "marches pour le climat", tout en assurant que son texte resterait comme "une des plus grandes lois du quinquennat".

"Des mesures très ambitieuses qui à la fin ne peuvent pas s'appliquer, ce sont des mesures qui n'existent pas", a-t-elle souligné sur France inter, dimanche, ajoutant que la discussion parlementaire pourrait enrichir le texte de nouvelles avancées.

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