Après les assauts d’Emmanuel Macron, la droite contre-attaque

Xavier Bertrand, candidat à sa propre succession à la tête des Hauts-de-France, le 3 mai 2021, à Maubeuge, pour son premier meeting de campagne.
Xavier Bertrand, candidat à sa propre succession à la tête des Hauts-de-France, le 3 mai 2021, à Maubeuge, pour son premier meeting de campagne. © François Lo Presti, AFP

Les fondations ont tremblé mais la droite est finalement parvenue à résister aux secousses provoquées par l’annonce d’une alliance entre La République en marche et Les Républicains pour les régionales en PACA. Après avoir fait marche arrière, la droite attaque désormais Emmanuel Macron sur le terrain sécuritaire.

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Difficile d’être plus offensif. "Un calculateur froid", "un destructeur", un président qui "met en place les conditions objectives de la victoire de l'extrême droite" : le président de la région Hauts-de-France et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2022, Xavier Bertrand, s’en prend durement au président de la République, jeudi 6 mai, dans un entretien au Figaro.

L’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, qui a pourtant quitté Les Républicains (LR) fin 2017, n’a pas apprécié la tentative de division de la droite par La République en marche (LREM) en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et accuse Emmanuel Macron. "Il pense que sa seule chance de l’emporter – il se trompe en cela – c’est de n’avoir en face de lui que Marine Le Pen. Pour cela, il lui faut briser la droite. […] C’est jouer avec le feu sur l’essentiel et au regard de ce dont le chef de l’État est le garant : les valeurs de la République. En instituant Marine Le Pen comme seule opposante, il met en place les conditions objectives de la victoire de l’extrême droite."

>> À voir : En région PACA, l'alliance LR-LREM divise

L’alliance annoncée par le Premier ministre, dimanche 2 mai dans le Journal du Dimanche, entre LREM et la tête de liste LR et président sortant de la région PACA, Renaud Muselier, a finalement été enterrée.

Après une longue journée de réunions à huis clos et de tractations, mardi, le patron de LR, Christian Jacob, a annoncé le maintien de Renaud Muselier comme chef de file du parti en PACA et l’interdiction de présenter sur sa liste des membres du gouvernement ou des parlementaires LREM. Une façon de s’assurer que la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, ne sera pas présente au côté de Renaud Muselier, contrairement à ce qu’avait annoncé Jean Castex dans le JDD.

"Le Premier ministre s'était avancé en annonçant qu'il y avait un accord entre Les Républicains et La République en marche" en PACA mais "il a reçu une gifle qui, à mon avis, a eu des résonances jusqu'à l’Élysée", a affirmé, mercredi sur RTL, Christian Jacob.

"Hier [mardi] nous avons vécu une journée de la clarté", "la clarté c'est pas des manœuvres", et "la recomposition politique annoncée de Paris par le Premier ministre a échoué", a assuré, mercredi sur franceinfo, le président LR du Sénat, Gérard Larcher.

"Emmanuel Macron n’est en aucun cas un homme de droite"

"Il était primordial de réagir pour Les Républicains, analyse le politologue et professeur à Sciences-Po Paris, Pascal Perrineau, contacté par France 24. Il y a aujourd’hui une course poursuite entre Emmanuel Macron et LR pour le contrôle de l’électorat de droite. Or, l’alliance en PACA avait tendance à brouiller le jeu et installer l’idée chez ces électeurs que voter Macron reviendrait finalement au même. Donc pour leur survie, Les Républicains ne pouvaient pas tolérer une telle alliance."

Sans surprise, la contre-offensive est en particulier menée sur le terrain de l’insécurité. "Emmanuel Macron n’est en aucun cas un homme de droite. Il n’a attaché aucune importance à la question de la sécurité, qui est la première des libertés", lance ainsi Xavier Bertrand dans Le Figaro.

>> À lire : Xavier Bertrand se déclare candidat à la présidentielle française de 2022

Un angle d’attaque bien servi par l’actualité récente. Une femme de 31 ans, mère de trois enfants, a été brûlée vive par son mari, mardi à Mérignac, près de Bordeaux. Il s’agit du 39e féminicide en France depuis le début de l’année. Et un policier de 36 ans a été tué par balle, mercredi à Avignon, lors d’une intervention sur un lieu de trafic de drogue.

"Allons nous accepter longtemps de vivre dans un pays où en 24 h une femme peut être assassinée par le feu et un policier tué par balle ? La priorité absolue doit être d'opérer une révolution pénale pour rétablir l'autorité de l’État et faire reculer cette sauvagerie", a souhaité, jeudi matin, le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, sur Twitter.

"L’électorat de droite est séduit par un libéralisme tempéré et en même temps par la sécurité, souligne Pascal Perrineau. LR est donc face à une équation compliquée puisque Emmanuel Macron rogne sur son électorat avec le libéralisme et que Marine Le Pen fait de même avec la sécurité. Pour ramener les électeurs vers son parti, LR doit donc jouer sur les deux tableaux."

Robin Reda rappelé à l’ordre sur le cannabis

Dans ce contexte, pas question pour Les Républicains d’afficher des positions qui pourraient choquer l’électorat de droite, en particulier sur la drogue, comme pouvait le faire le député Robin Reda il y a encore quelques semaines.

>> Cannabis récréatif : Emmanuel Macron enterre tout projet de légalisation

Président de la mission d’information parlementaire sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis, le député LR de l’Essonne, par ailleurs porte-parole de Valérie Pecresse, se prononçait clairement en début d’année pour une légalisation du cannabis récréatif. "Personne ne peut se satisfaire de la situation actuelle alors que notre politique répressive ne fonctionne pas", affirmait-il à France 24 en janvier.

Le jeune député de 29 ans a depuis été rappelé à l’ordre par sa famille politique et a dû prendre ses distances avec le rapport sur le cannabis récréatif, présenté mercredi par la rapporteure LREM Caroline Janvier, qui propose une "légalisation encadrée et régulée".

La rhétorique de Robin Reda a ainsi changé : "Je ne souscris pas personnellement aujourd’hui à une proposition de loi de légalisation du cannabis stupéfiant en France", a-t-il affirmé mercredi en conférence de presse, après avoir fait le constat qu’il n’y avait "jamais eu autant de trafiquants et de consommateurs de cannabis que dans la France d’Emmanuel Macron". "Beaucoup de Français aujourd’hui ne voient pas en quoi légaliser le cannabis pourrait demain résoudre les problèmes de sécurité, de santé et d’économie souterraine qui se posent à la France", a-t-il ajouté, en contradiction totale avec les résultats de l’enquête citoyenne menée sur le site de l’Assemblée nationale, dans laquelle 80 % des répondants se prononcent en faveur de la légalisation du cannabis récréatif.

"Au-delà des régionales, l’enjeu, pour la droite, est de montrer sa différence avec Emmanuel Macron et sa capacité à présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2022", juge Pascal Perrineau. À ce petit jeu, l’un des plus audibles pour condamner l’alliance LREM-LR ces derniers jours et se positionner en leader de sa famille politique face au chef de l’État a été Xavier Bertrand. Une belle ironie quand on se souvient qu’il avait claqué la porte de LR, fin 2017, dénonçant le repli sur lui-même de son ex-parti.

Mais son omniprésence à droite pourrait se retourner contre lui. Il se dit depuis quelques jours que La République en marche pourrait présenter face à lui comme tête de liste dans les Hauts-de-France le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, accompagné du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, comme candidat aux élections départementales dans le Nord. Par ailleurs, le maire de Toulon, Hubert Falco, a annoncé mercredi son départ de LR, suivi jeudi par le maire de Nice, Christian Estrosi. Ils avaient tous les deux joué les entremetteurs dans le rapprochement entre LREM et Renaud Muselier. La droite n’en a décidément pas fini avec les tentatives de déstabilisation venues du parti présidentiel.

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