Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, les pyromanes du mouvement antivax

Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, le 17 juillet 2021, manifestent contre le projet de loi sanitaire à Paris.
Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, le 17 juillet 2021, manifestent contre le projet de loi sanitaire à Paris. © Bertrand Guay, AFP

Tous deux candidats à l’élection présidentielle de 2022, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan ont pris la tête du mouvement anti-vaccin et anti-passe sanitaire. Quand certains les accusent de mettre de l'huile sur le feu, eux affirment se battre pour la défense des libertés individuelles.

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Le mouvement d’opposition à l’obligation vaccinale et au passe sanitaire continue de prendre de l’ampleur en France. Samedi 24 juillet, ils étaient environ 161 000 manifestants à défiler à travers le pays au nom de "la liberté" et "contre la dictature sanitaire" – 50 000 personnes de plus que le samedi précédent, selon le décompte du ministère de l'Intérieur. À la pointe de cette contestation, deux candidats à l’élection présidentielle de 2022, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan, qui dénoncent un "régime d’apartheid" et un "coup d’État sanitaire".

Le projet de loi sanitaire, qui étend notamment l’application du passe, a été définitivement adopté par le Parlement dimanche 25 juillet. Il revient désormais au Conseil constitutionnel de rendre son avis le 5 août.

De leur côté, les opposants ont prévu de poursuivre leur mouvement. Après un rassemblement parisien place du Trocadéro, samedi dernier, Florian Philippot appelle à manifester, samedi 31 juillet, au départ de la place du 18-juin-1940, au pied de la tour Montparnasse. Désormais à la tête des Patriotes, l’ancien lieutenant de Marine Le Pen au Front national – devenu depuis le Rassemblement national –, et le leader de Debout la France n’hésitent pas à dresser un parallèle entre leur action et celle du Général de Gaulle il y a 80 ans, avec un mot récurrent dans leur discours : "résistance".

"On a bien l’intention de résister en continuant à manifester pour faire pression, en continuant à faire grève, à poser des arrêts maladie, à appeler au boycott du passe sanitaire", affirme Florian Philippot, contacté par France 24.

"Il faudra aller dans les restaurants qui ne contrôlent pas, il faudra aller dans les cinémas en-dessous de 50 [recevant moins de 50 personnes, ndlr], il faudra faire comme le gouvernement : la carotte et le bâton. Donner la carotte à ceux qui résistent et le bâton à ceux qui collaborent", appelle, de son côté, Nicolas Dupont-Aignan [sollicité par France 24, il n’a pas donné suite à notre demande d’interview, NDLR] dans une vidéo postée sur YouTube le 24 juillet.

"Des gens comme Philippot ou Dupont-Aignan sont dangereux"

Au-delà de leur opposition à l’obligation vaccinale pour les soignants et au passe sanitaire, les anciens alliés du second tour de la présidentielle de 2017 ont surtout en commun une volonté de jouer sur les craintes des Français.

Tous deux mettent en doute l'efficacité des vaccins contre le Covid-19 proposés en France. Tous deux clament que la vaccination n’empêche en rien la transmission du virus et accusent le gouvernement d’écarter des pistes de traitements – hydroxychloroquine, ivermectine, vitamine D – qui, selon eux, seraient pourtant prometteuses. Autant d’affirmations assénées sur les plateaux TV comme des vérités, mais contredites par les faits.

>> À lire : Vrai ou faux : les arguments des anti-vaccins Covid-19 passés au crible

"C'est cynique ! Cynique ! Parce que je les connais tous les trois figurez-vous, et je crois qu'ils sont suffisamment intelligents pour savoir que ce qu'ils disent sont des mensonges", a vertement critiqué sur BFM TV le maire de Béziers, proche du Rassemblement national, Robert Ménard, qualifiant Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan mais aussi François Asselineau de "barjots" tentant une récupération politique.

"Une partie des Français ne fait plus confiance aux politiques et certains en profitent. Mais des gens comme Florian Philippot ou Nicolas Dupont-Aignan sont dangereux car ils désinforment les Français sans se rendre compte que les mots ont un sens et qu’ils risquent de mettre le feu au pays", dénonce auprès de France 24 le député La République en marche de l’Hérault, Patrick Vignal, qui a récemment reçu des menaces de mort en raison de son soutien au projet de loi sanitaire.

"C’est le pouvoir qui se radicalise et qui veut brutaliser les gens"

Si le profil des manifestants est très divers – certains sont farouchement "antivax", d'autres se posent simplement des questions sur le vaccin anti-Covid, d'autres encore défendent le principe des libertés individuelles –, le gouvernement reste particulièrement vigilant à l’évolution de la contestation qui pourrait, selon les renseignements territoriaux, se radicaliser, à l’image du mouvement des Gilets jaunes fin 2018.

Outre les menaces de mort à destination de parlementaires, plusieurs centres de vaccination ont déjà été attaqués et deux journalistes de France 2 qui couvraient la manifestation à Marseille, le week-end dernier, ont été insultés, bousculés et chassés par plusieurs individus.

>> À lire : Le gouvernement à tâtons face aux anti-vaccin et anti-passe sanitaire

"Pour ma part, j’ai vu au Trocadéro une foule extrêmement bon enfant", estime Florian Philippot, minimisant les incidents mentionnés plus haut. "Il n’y avait pas de gens radicaux. C’est le pouvoir qui se radicalise et qui veut brutaliser les gens et les soignants."

Le partisan du "Frexit", qui revendique 37 semaines consécutives d’opposition au gouvernement dans la rue, va jusqu’à parler de "régime d’apartheid" pour décrire l’action du gouvernement. "J’assume totalement. L’apartheid, ce n’est pas qu’en Afrique du Sud, c’est aussi un nom commun quand il y a deux systèmes de droit dans un pays. Avec le passe sanitaire, nous sommes exactement dans ce cas de figure. Or, ce système est profondément contraire à l’âme de la France", juge Florian Philippot.

Un avis que ne partage pas l’historien Jean-Luc Barré : interrogé par France Culture au sujet des comparaisons avec l’apartheid ou la shoah par des opposants au projet de loi sanitaire, ce dernier estime que leurs auteurs "dévaluent ces mots" et "oublient ce qu’ils signifient vraiment". "Si on s’en rappelle sérieusement, aucun de ces mots ne peut s’appliquer à ce que nous vivons aujourd’hui, ajoute-t-il. Aucun. Et on ne se rend pas compte que, derrière la façon dont on exploite ces mots, on attente à la mémoire de gens qui ont véritablement souffert de drames profonds."

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