REPORTAGE

Défilé du 1er-Mai à Paris : "Si on n'est pas écoutés, ça va chauffer"

Un groupe de Gilets jaunes manifeste à Paris lors du traditionnel défilé de la Fête du Travail, le 1er mai 2022.
Un groupe de Gilets jaunes manifeste à Paris lors du traditionnel défilé de la Fête du Travail, le 1er mai 2022. © Alain Jocard, AFP

Première journée de mobilisation sociale, une semaine jour pour jour après la réélection d’Emmanuel Macron, le traditionnel défilé du 1er-Mai a réuni dimanche à Paris plusieurs dizaines de milliers de personnes bien décidées à faire reculer le nouveau gouvernement sur son projet de réforme des retraites.

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Syndicalistes, militants associatifs, membres des partis de gauche : c'est un cortège hétéroclite qui s'est élancé de la place de la République, à Paris, un peu après 14 h 30 dimanche 1er mai, pour rejoindre la place de la Nation, sous les slogans hostiles au chef de l'État et en faveur d'une hausse du pouvoir d'achat.

"Toujours plus de misère et rien pour les salaires, de cette société là, on n'en veut pas", hurle la sono installée sur le toit du camion de la CGT, alors que des hordes de drapeaux multicolores envahissent les rues de la capitale baignées des rayons du soleil.

Parmi les slogans : "Face à Macron, construisons la contre-offensive", "zéro police, plus de justice et de personnel soignant", ou encore "pouvoir remplir son frigo dignement".

Devant les cortèges de l'intersyndicale CGT-Unsa-FSU-Solidaires, plusieurs groupes de Gilets jaunes très remontés lancent leurs cris de ralliement : "même si Macron ne veut pas, nous on est là", sous le regard attentif du service d'ordre de la CGT.

"On attend que ça bouge et que l'État réponde à nos revendications sur les salaires et les pensions de retraite", explique Cheikhou Ba. "Il faut que le gouvernement négocie véritablement avec les partenaires sociaux", plaide ce représentant local de la CGT en Seine-Saint Denis.

"Personnellement, je n'attends rien de ce gouvernement", lance Nathan, militant de Lutte ouvrière. "Il va falloir continuer à se mobiliser, à sortir dans la rue et à faire grève car ce qui se passe, c'est inacceptable."

Au cœur des revendications, la réforme des retraites. Dans l'entre-deux-tours de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait plaidé pour un recul de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans en 2028, voire 65 ans, contre 62 actuellement.

"Faire travailler plus longtemps les gens, cela va créer encore plus de chômage", assure Gérard Gourguechon, 82 ans, retraité de la fonction publique, qui n'a pas manqué un seul défilé du 1er-Mai depuis près d'un demi-siècle. "Si les vieux continuent à travailler, leurs enfants ne trouveront pas de travail. On nous dit que c'est parce que l'on vit plus vieux, mais c'est n'importe quoi car aujourd'hui, les travailleurs sont beaucoup plus productifs qu'il y a 30 ans".

Température sociale à la hausse

Pour les syndicats, ce 1er-Mai constituait un test crucial pour prendre la température sociale une semaine après la réélection d'Emmanuel Macron. "Si on parle de température, aujourd'hui il fait très beau, et il commence à faire chaud. Et si on est pas écoutés dans les cinq ans à venir, oui, ça va chauffer", prévient Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière. "Il faut que les syndicats soient entendus. L'élection présidentielle ne vaut pas référendum ou plébiscite sur le recul de l'âge de départ à la retraite."

Même son de coche du côté de Philippe Martinez, le patron de la CGT, selon qui la mobilisation doit s'amplifier. "Je crois que la seule manière pour faire changer de cap un futur gouvernement et déboucher les oreilles du président de la République, ce sont des grèves dans les entreprises et les services", assure le leader syndical.

Au-delà des retraites, la question du pouvoir d'achat se retrouve sur toutes les lèvres en cette journée des travailleurs, alors que l'inflation grimpe inexorablement en France, à +4,8 % au mois d'avril selon l'Insee.

>> À lire : Croissance en berne et inflation inédite : la France menacée par la "stagflation" ?

"Que cela soit à l'hôpital, dans les écoles, dans toute la fonction publique, et même dans le privé avec les restaurateurs, on n'arrive plus à recruter parce que les salaires sont trop bas", affirme Benoît Teste, le secrétaire général de la FSU.

En France, le pouvoir d'achat des travailleurs au smic est protégé par un dispositif de revalorisation automatique. Sous l'effet de l'inflation, le salaire minimum a été revalorisé pour atteindre 1 300 euros net par mois, mais les syndicats réclament une augmentation beaucoup plus conséquente.

Troisième tour social

Ce 1er-Mai avait aussi une signification particulière pour la gauche, présente en ordre dispersé dans le contexte de négociations difficiles pour parvenir à un accord en vue des législatives. Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui a pris la parole sur une estrade au moment où le cortège parisien s'ébranlait, ou encore Olivier Faure (PS) étaient au rendez-vous.

"Ça avance, soyez certains que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ça avance", a assuré Jean-Luc Mélenchon, acclamé par les manifestants à son arrivée place de la République à Paris. "Le sujet, c'est de savoir si, oui ou non, nous nous donnons comme objectif la victoire."

Dans le défilé, certains manifestants appellent à battre Emmanuel Macron dans les urnes en juin prochain. "Il ne faut pas que LREM ait une nouvelle fois la majorité", lance Martine, qui arbore une pancarte sur laquelle est écrit "c'est notre tour", en référence aux prochaines élections législatives, un scrutin qualifié de "troisième tour" par une partie de la gauche.

Fort des 21,95 % de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle le 10 avril, LFI a lancé des discussions bilatérales avec les communistes, les socialistes et les écologistes afin de trouver un accord. Des efforts pour une union à gauche qui devraient se poursuivre en début de semaine.

Avec AFP

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