Le Barça, premier club à valider l'idée d'une "Superligue" européenne

Madrid (AFP) –

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Le serpent de mer du football européen va-t-il devenir réalité? Le FC Barcelone a accepté de participer à une "Superligue européenne", a annoncé son président démissionnaire Josep Maria Bartomeu, faisant du Barça le premier club à approuver officiellement ce projet favorable aux grands clubs.

La rumeur se concrétise: alors que Josep Maria Bartomeu avait convoqué la presse mardi soir pour annoncer qu'il démissionnait de son poste de président du Barça, le dirigeant a au passage lâché une petite bombe médiatique.

"Le comité de direction a approuvé hier (lundi) l'acceptation des prérequis pour participer à une future Superligue européenne entre clubs de football", a déclaré Bartomeu, tout en précisant que "la décision de participer à cette compétition devra être ratifiée par l'assemblée des représentants des socios (supporters-actionnaires)" du Barça.

Il s'agit de la première confirmation officielle de l'existence de ce projet de ligue fermée réservée aux cadors du continent, vieille lubie du football européen.

Les contours de la dernière mouture en date ont été dévoilés par la presse britannique la semaine dernière.

Sky Sport a révélé le 20 octobre que des négociations en vue de la création de cette nouvelle compétition, qui serait directement rivale des compétitions européennes déjà existantes comme la Ligue des champions et la Ligue Europa organisées sous l'égide de l'UEFA (l'Union des associations européennes de football), seraient sur le point d'aboutir.

Cette "super ligue" est censée rassembler les 18 meilleures équipes des principaux championnats européens, avec des play-offs en fin de saison, un peu à la manière du "Final 8" de la Ligue des champions disputé en août à Lisbonne en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

- "Compétition fantôme" -

Ce projet risque néanmoins de se heurter à de nombreux détracteurs : d'abord, l'UEFA, garante d'un système plus méritocratique où les clubs doivent se qualifier pour les compétitions européennes via leur propre championnat national.

Ensuite, les supporters attachés à la tradition ou défenseurs de clubs de moyenne et petite envergure qui risquent d'être exclus de l'élite continentale, ou qui pourraient ne plus pouvoir suivre la marche d'un calendrier alourdi.

En août, le président de l'UEFA Aleksander Ceferin avait balayé cette idée de "superligue" dans un entretien à l'AFP: "Toute Superligue de 10, 12, 24 clubs deviendra ennuyeuse. Quand vous entendez l'hymne de la Ligue des champions, vous savez de quoi il s'agit... Je ne vois pas comment cela peut être un succès, même s'ils essayaient de le faire", avait-il alors confié.

Même position du côté du président de LaLiga espagnole, Javier Tebas, qui a confié dans un entretien à l'AFP mercredi que "ces projets souterrains semblent bons uniquement quand on les envisage à 5h00 du matin après une nuit passée au bar".

Mardi soir, Tebas a immédiatement réagi aux propos du dirigeant catalan: "Malheureux Bartomeu, qui annonce le dernier jour (de son mandat) la participation à une compétition fantôme, qui mènerait le FC Barcelone à la ruine, et qui ratifie son ignorance dans l'industrie du football", a-t-il taclé sur Twitter.

- Projet à 6 milliards de dollars -

Raillé par les grands patrons des ligues déjà en place depuis des décennies, ce projet constituerait cependant un sérieux apport économique pour des clubs qui ont vu leurs budgets se resserrer après le confinement du printemps dernier.

Selon Sky Sports, ce nouveau projet serait doté d'un financement bancaire de 6 milliards de dollars (5,1 Mds EUR) garanti en s'appuyant sur les futurs droits TV de l'épreuve. Chacun des clubs participants pourrait ainsi recevoir "des centaines de millions de livres sterling", a avancé le média britannique.

"La Superligue européenne garantira que le club puisse continuer à appartenir aux socios. Notre singularité fait que nous n'avons pas à distribuer des dividendes, et que les bénéfices sont destinés à des investissements sportifs et patrimoniaux. Le club a une solidité indiscutable", a insisté Bartomeu, mardi soir.

L'Europe du football s'est régulièrement déchirée ces derniers mois autour de la réforme des Coupes d'Europe de l'UEFA au terme du contrat actuel de droits télévisés en 2024, certains clubs huppés poussant pour l'instauration d'une ligue semi-fermée critiquée par de nombreux autres clubs et par les championnats nationaux.