Les députés poursuivent un débat houleux sur l'état d'urgence sanitaire

Paris (AFP) –

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Imbroglio sur sa durée, désaccords sur ses modalités: les députés ont repris mercredi l'examen houleux de la prorogation de l'état d'urgence sanitaire, qui permet au gouvernement de prendre des mesures d'exception contre la pandémie de Covid-19.

Le texte doit être adopté définitivement après un nouvel examen jeudi au Sénat et une dernière lecture au Palais-Bourbon samedi, un jour plus tard que prévu initialement.

Les députés des diverses oppositions ont réussi mardi soir à faire passer un amendement fixant l'échéance de cet état d'urgence au 14 décembre au lieu du 16 février, au grand dam du gouvernement et de sa majorité prise au dépourvu.

Ce vote surprise devrait être toutefois corrigé par une nouvelle délibération à la demande du gouvernement, selon des sources parlementaires.

Le Sénat, dominé par l'opposition de droite, avait déjà de son côté limité vendredi la prolongation de l'état d'urgence au 31 janvier.

Un autre amendement émanant de l'opposition adopté mardi soir devrait lui aussi être retoqué à la demande du gouvernement. Il prévoit que le confinement décrété à partir du 30 octobre ne puisse être renouvelé au-delà du 30 novembre qu'après accord du Parlement.

"Le gouvernement ne manque pas d'armes" pour rétablir le texte dans le sens et avec les dates qu'il souhaite, relève une source parlementaire.

Le manque de députés de la majorité face à des oppositions mieux mobilisées a été invoqué pour expliquer les votes surprise de mardi soir.

A la reprise des débats mercredi le patron des députés LR, Damien Abad, a évoqué une situation due à la "démobilisation de la majorité" à un moment-clé de l'examen du texte.

- "Perdu ses nerfs" -

Réponse d'une source parlementaire LREM à l'AFP mercredi: "on respecte toujours la demi-jauge (un député sur deux maximum en séance en raison des mesures sanitaires ndlr). En terme de nombre, on était mobilisés".

"C'est un coup joué par les oppositions, c'est classique. A la fin, c'est quand même un débat sur l'état d'urgence sanitaire", estime cette source, en mettant en cause l'esprit de "responsabilité" de l'opposition.

Plusieurs ténors de l'hémicycle se sont élevés contre le ministre de la Santé Olivier Véran, accusé d'avoir invité des députés à "sortir d'ici" lors des débats particulièrement véhéments la veille. M. Véran "a perdu ses nerfs", a fustigé le communiste Sébastien Jumel.

"Si vrai qu'aucun ministre ne peut inviter les parlementaires à sortir, il me semble que personne (...) ne devrait se laisser aller à des noms d'oiseaux, à des noms insultants à l'égard de membres du gouvernement et d'un certain nombre de collègues" a insisté le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM).

"Ce n'est pas parce qu'on élève le ton, qu'on élève le débat", a-t-il poursuivi face au chahut sur les bancs de la majorité et des oppositions.

Les débats qui ont repris mercredi après-midi, et devraient s'achever en début de soirée, ont été animés notamment par de longs échanges sur des amendements de l'opposition demandant un assouplissement des mesures limitant l'exercice des cultes dans le cadre du confinement.

Charles de Courson, du groupe Liberté et Territoires, a souligné que "la liberté de culte est au moins aussi importante que celle d'aller faire ses courses". Plus trivial, Julien Aubert (LR) s'est étonné qu'il soit plus facile en vertu du confinement "d'aller faire pisser son animal de compagnie" que d'aller prier dans un lieu de culte.

"On touche là à des libertés fondamentales", a-t-on également fait valoir sur les bancs communistes.

La ministre chargé de l'autonomie Brigitte Bourguignon, représentant le gouvernement pour cette séance, a fait valoir les "dérogations" ouvertes pour tenir compte de cultes, en particulier l'autorisation des cérémonies de funérailles. "Les mesures prises sont adaptées aux risques encourus" sur le plan sanitaire, a-t-elle ajouté.