"Joyeux, heureux, libres": l'émotion des marins au départ du Vendée Globe

Les Sables-d'Olonne (France) (AFP) –

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Le regard rempli d'émotion, les 33 marins du Vendée Globe ont quitté dimanche la terre ferme et donné les dernières accolades à leurs proches avant de partir, seul autour du monde, avec l'objectif de revenir aux Sables d'Olonne dans un peu plus de deux mois.

"Elle était sympa cette descente du chenal, des gens avec des petites attentions, des banderoles, des acclamations, c'est sûr qu'il n'y avait pas autant de monde qu'on aurait souhaité mais ça reste une descente de chenal des Sables pour un Vendée Globe et ça, ça n'a pas de prix", s'est exclamé Damien Seguin (Apicil).

"Je vais partir pour un petit bout de temps faire le tour de la planète et revenir ici l'année prochaine, fin janvier", s'est promis le navigateur né sans main gauche qui "veut raconter quelque chose d'assez simple: l'histoire d'un gamin qui est né un petit peu différent et qui réalise ses rêves comme les autres".

Pour Armel Tripon (L'Occitane en Provence), l'un des favoris, elles se résument en trois mots: "Joyeux, heureux, libre".

- '33 pour en faire rêver des millions' -

"C'est quand même une partie de la magie de cette course qui n'est pas là au départ, malgré tout, l'essentiel c'est qu'on puisse partir", a expliqué Thomas Ruyant (LinkedOut) à propos de l'absence du public en raison du confinement, là où les bords de mer sont noir de monde tous les quatre ans depuis la création de la course il y a trois décennies.

"J'espère qu'on pourra se rattraper à l'arrivée", a-t-il conclu, même si quelques habitants ont pu saluer les sportifs depuis leurs balcons et accroché des banderoles souhaitant "Bon vent à tous" et les remerciant d'être "33 pour en faire rêver des millions".

Une fois éloignés du port, les sportifs ont hissé les voiles à l'aide de trois de leur coéquipiers qui ont sauté à l'eau quatre minutes avant le départ.

Cette tradition permet d'aider les marins à franchir la ligne de départ le plus précisément possible et est l'occasion des dernières poignées de main, des derniers conseils.

"Je vais dire aux enfants que Damien était heureux, leur dire que leur papa est heureux de faire ce qu'il va faire, ça va les rassurer", a expliqué Tifenn, la compagne de Damien Seguin à propos de leur garçon de 14 ans et leur fille de 10 ans restés à terre pendant qu'elle était sur un bateau qui a récupéré les trois équipiers.

- 'La dernière douche chaude' -

"Il faut qu'on arrive à se mettre dans une bulle un petit peu en dehors du Vendée Globe parce que c'est long, c'est trois mois et on ne peut pas rester dans une forme de stress. Autant lui, il est en action donc il n'a pas peur, autant nous on est toujours dans le doute et l'inconnu, c'est ça qui fait peur", a-t-elle raconté à propos des semaines qu'elle s'apprête à vivre.

Les marins partis sous un grand soleil aux Sables d'Olonne ont été plongés dans un épais brouillard qui a retardé le départ de plus d'une heure avant de se dissiper et d'offrir une belle visibilité pour le passage de la Patrouille de France et ses fumées bleues, blanches et rouges laissées dans le ciel.

"Ce sera toujours aussi dur de larguer les amarres, de débarquer les équipiers. Tout ça, ça reste (...) ce n'est pas si simple que ça", avait relevé Jérémie Beyou juste avant de monter à bord de Charal, son bateau flambant neuf qui pourrait le conduire sur le podium, voire mieux.

A mesure qu'ils avancent, les marins vont maintenant s'éloigner de leurs habitudes terrestres. "J'ai bien profité de toute la routine", s'était amusée au petit matin Samantha Davies (Initiatives-Coeur), "le dernier verre de vin, la dernière douche avec de l'eau chaude, la dernière fois que je suis dans un lit qui ne bouge pas!".