Vendée Globe: A mi-parcours, Pip Hare savoure: "Je suis heureuse, là où je suis"

En mer (AFP) –

Publicité

Partie pour son premier Vendée Globe sur le plus vieux bateau de la flotte, la Britannique Pip Hare s'est bien pris au jeu et réussit une belle course: "Je suis heureuse, là où je suis", comme elle le livre dans son carnet de bord pour l'AFP.

La navigatrice de 46 ans, à bord d'un bateau construit il y a 20 ans (Medallia), se dirige vers le cap Horn qui pointe encore à 4000 milles nautiques (7400 km) devant l'Anglaise, classée 16e jeudi.

"Voilà 51 jours que je suis en mer. Je n'ai vraiment pas l'impression que cela fait tout ce temps, c'est incroyable de penser que j'ai navigué aussi loin. Cela a été presque un choc quand je suis arrivée au large de l'Australie. Désormais, la Nouvelle-Zélande est derrière moi et devant moi, il y a l'immensité du Pacifique, sans aucune île, pas l'ombre d'une terre jusqu'à ce que j'approche du cap Horn. Dans à peu près une semaine, je passerai le point Nemo, qui est le point le plus éloigné de toute terre dans les mers du Sud".

"Dans les premières heures de la journée du 26 décembre, j'ai atteint la moitié du parcours, et le 28 décembre, j'ai franchi l'antéméridien et depuis, je suis retour dans les longitudes occidentales. Noël est passé. J'ai été si occupée à faire avancer Medallia que j'ai à peine eu le temps de réfléchir au fait d'avoir parcouru la moitié du tour du monde".

"Je suis en grande forme. J'ai perdu pas mal de poids - entre 4 et 5 kilos. Mais j'avais volontairement pris du poids avant la course. Je m'efforce de continuer à manger à peu près correctement et maintenant je ne perds plus de poids. Je me sens forte, les douleurs au dos que j'avais en début de course ont complètement disparu, mes mains sont robustes et mon niveau d'énergie est bon. Je lutte encore pour dormir quand le bateau est complètement sous tension, mais j'apprends à dormir et à récupérer dans les moments de stabilité, ce qui me permet de dormir plus longtemps que ce que je ne pourrais faire lors des moments de tension".

"Medallia est aussi en grande forme, je travaille chaque jour à entretenir ses pièces réparées. Et je la contrôle méticuleusement".

"Le temps a filé, particulièrement ces deux dernières semaines. Je pensais que sur les mers du Sud ça allait vraiment traîner en longueur, et que plus que nulle part ailleurs, ça allait ralentir mais jusqu'à présent ça n'a pas été le cas. Je crois que cet océan ne nous a pas réellement fait subir ce dont il est vraiment capable et je ne vais pas m'en plaindre. J'ai réussi à me faufiler discrètement, mais il reste encore 4000 milles pour arriver jusqu'au cap Horn. Plus on se rapproche de ce cap, plus nos chances d'avaries augmentent".

"Célébrer le point qui marque la moitié de la course n'a pas semblé être la meilleure chose à faire. Je ne compte pas les jours qui me séparent de l'arrivée. Je suis heureuse, là où je suis. Et il n'en reste pas moins encore une grande partie de l'océan à traverser et je me dois de rester concentrée et humble. J'ai clairement acquis plus de confiance, savourant de pouvoir aller de l'avant, en apprenant, et tout en ne cessant d'être surprise de la vitesse à laquelle ce vieux bateau peut aller. Malgré ma confiance, je suis toujours toute nerveuse et hyper vigilante à tout ce qui peut arriver et qui pourrait me faire perdre ma position dans la course, voire même de mettre fin rapidement à ma course".

"Au départ de cette course, je voulais juste partir et faire du mieux possible. C'est toujours ce que je veux, mais je sais que je m'en sors bien et je suis fière de ma position actuelle dans la flotte. Perdre, cela me ferait du mal, alors peut-être que je m'en soucie désormais plus qu'au départ. J'ai beaucoup plus à perdre maintenant et il y a encore un si long chemin à faire".

Propos recueillis par Sabine COLPART