"Il n'y a pas de mesure parfaite": les Nancéiens se résignent au couvre-feu dès 18H

Nancy (AFP) –

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Dans le centre de Nancy, habitants et commerçants se plient bon gré mal gré au nouvel horaire du couvre-feu, avancé pour la première fois samedi à 18 heures, tout en s'interrogeant sur cette mesure censée réduire la circulation du coronavirus.

Sur la place Stanislas très clairsemée, une courte file d'attente se crée devant le Michelangelo. Situé à quelques dizaines de mètres de l'imposant sapin de Noël installé par la Ville, ce restaurant italien est l'un des rares à proposer quelques plats et boissons à emporter: pâtes, lasagnes et soupes sont à la carte, ainsi que des bretzels et du vin chaud.

"C'est le moment où la nuit commence à tomber, les familles viennent voir les illuminations, c'est ce qui nous amène des clients", explique-t-il.

A l'intérieur, les chaises sont sur les tables et les menus rangés dans une commode. L'établissement est fermé au public depuis le 31 octobre et "une dizaine de salariés" sont en chômage partiel. "On va trouver des solutions malgré tout, on ne va pas relâcher nos efforts", assure le jeune homme de 32 ans.

De l'autre côté du comptoir, Eric Raclot, 58 ans, commande un café pour se réchauffer. Ce grenoblois est revenu dans la région Grand Est pour célébrer les fêtes en famille. "C'est vrai que 18 heures, c'est un peu tôt pour profiter des animations", constate-t-il. Mais avancer l'horaire, selon lui, "c'est une solution assez sage, c'est un moment où les gens se réunissent, ça a du sens de limiter les retrouvailles".

-"C'est trop tôt"-

La mesure est pourtant loin de faire l'unanimité. "Je pense que ça ne changera pas grand chose à la situation sanitaire, par contre ça va poser beaucoup de problèmes pour les gens qui travaillent ou qui ont des enfants, c'est trop tôt", estime Evelyne Remen, retraitée de 65 ans.

"Les gens qui veulent se rassembler se rassembleront", avance-t-elle tout en se disant favorable en revanche à la vaccination. "Je pense que je me ferai vacciner", confie-t-elle.

"Ca va être compliqué pour le commerce, on va perdre la clientèle qui venait en sortant du travail", regrette aussi Steve Terle, vendeur de chaussures dans une boutique Pataugas, dont la jauge est limitée à cinq clients. Habitant lui-même à Toul, à plus de 25 kilomètres, il est obligé de quitter sa boutique à 17 heures pour respecter la règle.

Et ce n'est pas l'arrêté préfectoral autorisant l'ouverture des magasins tous les dimanches de janvier dans le département qui va le réconforter. "Ouvrir le dimanche, avec les frais que ça engendre et pour faire trois ventes, ce n'est pas rentable", conclut-il résigné. "Il aurait mieux valu un reconfinement complet, il faut être logique".

- Taux d'incidence doublé -

Ce confinement local était réclamé à cor et à cri par le maire (PS) de la ville Mathieu Klein. Las, déplore-t-il, l'exécutif est resté "sur un entre-deux", se contentant d'avancer l'heure du couvre-feu dans quinze départements alors que l'épidémie a "repris un rythme effréné".

En Meurthe-et-Moselle, le taux d'incidence hebdomadaire du Covid-19 a quasiment doublé depuis le 1er décembre pour s'établir à 242,9 pour 100.000 habitants, contre 127,3 au niveau national.

Dans sa pharmacie qui présente une élégante devanture de fer forgé, Laurence Doucey ne sait pas trop à quoi s'attendre dans les prochains jours. Si elle avait bien constaté un pic de fréquentation lors de la deuxième vague, en octobre, elle n'a rien observé de comparable jusqu'ici.

Avec le couvre-feu à 18 heures, elle se sent un peu "coincée entre deux chaises". Elle prévoit de maintenir ses horaires d'ouverture habituels, afin d'"assurer le service médical". "On n'est pas un commerce normal", justifie-t-elle. Mais elle renverra ses employés chez eux s'il n'y a pas de patients à servir.

Surtout, la pharmacienne accueille la mesure avec philosophie. "C'est mieux que rien", juge-t-elle. "Fermer tout de nouveau, c'est compliqué. Il n'y a pas de mesure parfaite".

A l'heure fatidique, quelques badauds prennent en photo les rues désertées. Les rideaux de fer sont abaissés tandis que des voitures de police entament des rondes pour dissuader les récalcitrants.

"On range vite, ça fait un peu bizarre, la place s'est vidée en un quart d'heure", s'étonne Jérôme Espian, gérant de la pizzeria L'Arrosoir. "C'est à contre-coeur évidemment, mais la situation est suffisamment dramatique pour qu'on la règle de façon définitive".