Vendée Globe: Pip Hare a agi "en grande fille" au pire moment de sa course

En mer (AFP) –

Publicité

Privée d'un instrument de données vitales pour la bonne marche de son vieux bateau, Pip Hare a vu son moral plonger au plus bas, mais l'Anglaise de 46 ans a trouvé des solutions pour poursuivre son premier Vendée Globe: "Il était temps de se comporter comme une grande fille", a-t-elle insisté.

"Quand je vois le monde confiné, je suis incroyablement chanceuse d'être là où je suis, dans cette course, avec pour principale préoccupation ce genre de problèmes", a confié la navigatrice, à la barre d'un monocoque vieux de 20 ans (Medallia) dans son carnet de bord pour l'AFP, qu'elle a livré quelques heures avant une nouvelle avarie importante jeudi, une fissure dans le gouvernail.

Vendredi matin, elle était classée 17e après avoir réussi à remplacer le safran.

"C'est finalement cette semaine que les mers du sud se sont réveillées - et sacrément sévèrement. J'avais eu jusque-là une course exaltante, surprenante, brillante avec seulement quelques petits accrocs. Mais depuis quelques jours, j'ai une sérieuse avarie technique, du gros temps à gérer et je me bats contre la fatigue à chaque instant.

Il y a quelques jours, l'instrument qui me donne des informations importantes sur la vitesse et la direction du vent a cessé de fonctionner (anémomètre, NDLR). C'est une petite tige fixée au mât et qui tourne et là, ça ne tourne plus. Cela a été si dur de monter au mât pour l'accrocher, et mon second anémomètre refuse lui aussi de fonctionner.

Ca n'a l'air de rien, mais ces données sont vitales pour que Medallia navigue vite et en toute sécurité. Mon pilote automatique, qui conduit le bateau quand je dors, quand je mange et quand je fais tout le travail de maintenance à bord, fonctionne à partir de ces données et je me sers aussi de ces données à faire des choix tactiques pour quand je dois empanner (changer de bord avec le vent dans le dos, NDLR) et pour choisir quel cap prendre. Et, quand je peux régler le pilote pour suivre un cap compas (celui indiqué sur le compas de navigation dans le cockpit, NDLR), ce n'est pas sans risque, cela peut provoquer un accident lors de l'empannage, et les dégâts qui peuvent être occasionnés sont bien plus importants. Cela veut dire que je dois être encore plus vigilante, ce qui signifie alors moins de sommeil, et donc une accumulation de fatigue. Et la fatigue, c'est synonyme d'erreurs.

Et histoire de compliquer les choses, ceci est arrivé alors qu'une grosse tempête approchait. C'est probablement le pire moment de ma course jusqu'à présent. Je n'ai pas pu régler le problème, j'étais épuisée, et je savais que j'avais devant moi quarante-huit heures difficiles et pénibles à passer.

Mais c'est incroyable ce que la nourriture, le sommeil et quelques perspectives peuvent faire pour vous. Avec l'aide de mon directeur technique, Joff Brown, j'ai réussi à récupérer quelques données de vent, suffisamment pour atténuer mon stress. J'ai pu aussi faire une sieste, me nourrir et je me suis fait la leçon. Il était temps de se comporter comme une grande fille.

Les problèmes de ce genre font partie de la course. C'est ce qui fait qu'elle est aussi excitante. Chacun de mes concurrents a ses propres déboires, et les miens ne voudront pas dire que je vais me retrouver en queue de flotte alors que tous les autres filent sur des bateaux fonctionnant à la perfection. Et je dois me le rappeler, quand ce type de pépins me semble insurmontable. Quand je vois le monde confiné, je suis incroyablement chanceuse d'être là où je suis, dans cette course, avec pour principale préoccupation ce genre de problèmes.

Propos recueillis par Sabine COLPART