Séparatisme: Rugy (LREM) veut éviter les "anathèmes" et renforcer une laïcité "bouclier"

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Paris (AFP)

Aux manettes de la commission spéciale sur le projet de loi contre le séparatisme, l'ex-président de l'Assemblée nationale François de Rugy (LREM) s'inscrit "dans la lignée" de la loi fondatrice de 1905 sur la laïcité et ne veut pas d'"anathèmes", dit-il dans un entretien à l'AFP.

Question: Comment pour le gouvernement et la majorité tenir la ligne de crête sur ce projet de loi hautement sensible, taxé par certains d'être anti-islam?

Réponse: "Les auditions menées au préalable par la commission spéciale se sont passées sereinement, sans débats enflammés, avec les représentants des cultes, les syndicats et encore des universitaires. Le travail a été riche, dans un temps contraint.

Nous sommes dans un état d'esprit ouvert: évitons les œillères et aussi les mises en cause et anathèmes. Nous avons une commission qui regroupe des députés aux opinions très diverses: de LFI à la présidente du Rassemblement national en passant par l'ancien maire de Sarcelles François Pupponi (ex-PS passé au groupe MoDem, ndlr). Nous parlons de ce sujet quasiment depuis le début du mandat et il est important de prendre des mesures. Peu des personnes auditionnées ont d'ailleurs contesté l'utilité d'un texte.

Nous prenons des dispositions législatives de portée générale, nous ne faisons pas une loi pour les associations cultuelles musulmanes ou protestantes, mais pour les associations cultuelles en général, cela doit calmer le jeu. Si nous étions focalisés sur une religion, nous prendrions de mauvaises mesures."

Q: La majorité est traversée de différentes sensibilités sur la laïcité, comment les concilier?

R: "Quand on regarde les débats et la loi de 1905 (sur la séparation des Eglises et de l'Etat), qui est la référence, on s'aperçoit que c'est une loi de compromis. Pas une loi où un camp impose son point de vue à un autre, où la République aurait voulu mettre la religion catholique KO, alors que celle-ci voulait sans doute renverser la République. Il y a la liberté de croyance, la liberté de culte, la neutralité de l'Etat, et pas de financement public des cultes. C'est toujours une question de compromis et nous nous situons dans cette lignée - sans la prétention que notre loi aura la même postérité.

Mon expérience d'élu local à Nantes et de député a renforcé ma conviction: la laïcité est un bouclier. En 2017 (lors de la primaire de la gauche à laquelle il a participé, ndlr) nous avions eu ce débat et Benoît Hamon dénonçait le fait que la laïcité devienne un glaive, un outil de combat contre les religions. Mais pour moi elle nous protège contre les religions voulant porter un projet politique.

Ce bouclier a besoin d'être renforcé, un peu rénové car la République est mise au défi aujourd'hui par l'islamisme dans sa version radicale, politique, et peut être mise au défi par d'autres qui disent vouloir vivre sous leurs propres lois et non la loi commune."

Q: Faut-il s'attendre à des inflexions dans le projet de loi, notamment pour appuyer la +jambe gauche+, la République sociale?

R: "Ce gouvernement, cette majorité ont pris des mesures depuis trois ans et demi dans le domaine de l'éducation, du logement, de l'égalité femmes-hommes, avec des moyens. Nous allons continuer à le faire et on ne mélange pas tout dans la loi.

La tentation a existé au sein même du gouvernement, mais je ne suis pas favorable à des dispositions sur le logement par exemple, qui seraient des cavaliers législatifs.

Les auditions ont soulevé des questions quant aux mesures sur les associations, l'instruction à domicile et encore la haine sur internet. Il y aura des précisions pour rassurer, des enrichissements. Et à un moment donné, on s'arrêtera à un point d'équilibre."