Entre bitcoins perdus et flambée des cours: combien pèsent les cryptomonnaies?

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Londres (AFP)

Les cryptomonnaies, un marché à 1.000 milliards de dollars? C'est ce que pensent certains observateurs du marché, qui comparent ainsi la capitalisation du bitcoin et de ses petites sœurs aux géants de la Bourse comme Google et Tesla.

Mais les anecdotes d'amateurs de la première heure qui désespèrent de retrouver leurs bitcoins, perdus sur un disque dur jeté par mégarde ou sur une clef USB au mot de passe oublié, illustrent la disparition d'un nombre élevé de ces monnaies, ce qui réduit la taille du marché actif.

Pour calculer la capitalisation des cryptomonnaies, il suffit de multiplier le nombre de "pièces" émises par sa valeur -- plus de 18 millions de bitcoins à près de 40.000 dollars (le record historique est à 42.000 dollars), soit près de 700 milliards de dollars, par exemple.

Pour des sites comme AssetDash.com, qui comparent le bitcoin aux actifs boursiers, après avoir quadruplé de valeur en 2020, le bitcoin vaut presque autant que Facebook, un peu plus que le géant chinois Alibaba et est le neuvième actif le plus cher au monde.

Les analystes de JPMorgan, eux, comparent cette capitalisation à celle de l'or: le marché du métal jaune à des fins financières représente 2.600 milliards de dollars, le bitcoin aurait simplement besoin d'atteindre 146.000 dollars pour lui faire concurrence.

- Bitcoins disparus -

De quoi faire s'étrangler ceux qui doutent du bitcoin, un actif décentralisé et sans connexion directe avec l'économie réelle: un article du quotidien Financial Time souligne ainsi qu'une partie des bitcoins a déjà disparu de la circulation.

Selon la presse, un développeur américain a ainsi perdu le mot de passe d'une clef USB où il avait 7.002 bitcoins (environ 280 millions de dollars) tandis qu'un Britannique supplie sa municipalité de l'aider à retrouver son disque-dur, jeté par mégarde dans une décharge de la ville alors que s'y trouvent 200 millions de livres en bitcoins, promettant une récompense de 25% des bitcoins.

"La plupart des bitcoins perdus ont été acquis" durant les quelques années qui ont suivi le minage du premier bitcoin en janvier 2009, explique à l'AFP Philip Gradwell, économiste chez Chainalysis, qui estime que près d'un cinquième des bitcoins en circulation sont sur des adresses dont ils n'ont pas bougé depuis plus de cinq ans.

Les acteurs de l'industrie étaient plus amateurs, les prix plus bas: jusqu'en 2013, le bitcoin valait 100 dollars au plus.

Selon M. Gradwell, "un ou deux millions de ces bitcoins appartiennent à Satoshi", le pseudonyme derrière lequel se cache le créateur de la cryptomonnaie.

- "Menu fretin" -

Outre ces bitcoins potentiellement perdus, de nombreux investisseurs ne participent pas aux échanges quotidiens, et investissent sur le long terme. Le boom récent du marché ne porterait ainsi que sur 5 millions de bitcoins, ajoute M. Gradwell.

Patrick Heusser, en charge du trading chez le courtier suisse Crypto Broker, estime également que le volume des échanges, observé en regardant l'activité sur les blockchains des diverses cryptomonnaies, est un meilleur indice que la capitalisation : "il y a des monnaies comme l'ethereum et le litecoin", respectivement avec des capitalisations d'environ 138 milliards et 10 milliards de dollars.

"L'activité est foisonnante sur la blockchain ethereum, alors que c'est complètement mort sur le litecoin", qui n'a vu sa valeur grimper qu'en raison de l'intérêt plus large pour les cryptomonnaies, explique-t-il.

Certains "rapports comparent la capitalisation du bitcoin à celle de l'or, mais je ne pense pas que c'est une donnée très utile pour évaluer la santé du marché", commente-t-il.

Après une partie de sa carrière à échanger des monnaies traditionnelles, il juge le marché des cryptomonnaies prometteur mais encore "du menu fretin" par rapport aux autres marchés financiers.

Si de nombreux fonds d'investissements se sont intéressés aux cryptomonnaies en 2020, la volatilité du bitcoin incite pour l'instant les institutions financières à y consacrer une part limitée de leurs portefeuilles, toujours principalement constitués d'actions et d'obligations.