Sur la route des Jeux: Billal Bennama, boxeur pressé

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Toulouse (AFP)

"J'y vais pour faire l'or": élevé dans le milieu de la boxe, Billal Bennama, poids mouche de 22 ans, se prépare pour ses premiers JO, à Tokyo, avec "beaucoup d'appétit". Itinéraire d'un jeune homme pressé.

Les petits cris déterminés qui s'échappent de sa mâchoire serrée à chaque coup de poing tranchent avec la légèreté de ses déplacements.

Pantalon de survêtement remonté à la jambe droite, cheveux rasés sur les côtés, Billal répète ses gammes dans une salle de la banlieue de Toulouse pour son premier rendez-vous avec l'AFP, qui suivra régulièrement ces prochains mois plusieurs sportifs français sur la route des Jeux.

L'homme qui lui fait face sur le ring distille ses consignes avec sérieux et bienveillance. Il le connaît bien: c'est son père, Mohamed Bennama.

Cette figure de la boxe tricolore a entraîné l'ancien champion du monde Mahyar Monshipour. Et initié très tôt au noble art sa progéniture, dès l'âge de 4 ans.

"Je venais à la salle regarder les grands, je jouais un peu, je commençais à être dans le bain", raconte le garçon avec une pointe d'accent toulousain. "Et au fur et à mesure, j'ai commencé à accrocher et à aimer".

Tout est ensuite "allé très vite" pour l'aîné d'une fratrie de six enfants, dont quatre font de la boxe. "Les deux autres sont meilleurs à l'école", glisse-t-il en souriant.

Billal, qui était lui plutôt "normal" en classe, "pas turbulent" même si "ça ne (lui) plaisait pas trop", a été surclassé pour participer en 2016 au tournoi de qualification pour les Jeux olympiques de Rio.

A peine majeur, il y a appris le "métier" face à des adversaires plus aguerris. "Ils avaient un vice que moi je n'avais pas. Et dans la boxe, il faut ce vice-là", souligne-t-il.

La moisson de médailles des boxeurs français à Rio, dont celle en argent de son compère toulousain Sofiane Oumiha, lui a ouvert l'appétit: "Ces Jeux ont permis de redonner une valeur à la boxe française, de rallumer la lumière qui a été éteinte pendant un certain temps".

- "J'ai le potentiel" -

Ses yeux marron tournés vers Tokyo, il a rejoint l'Insep à Paris pour se consacrer à temps plein à la boxe sous les ordres de l'entraîneur franco-cubain Luis Mariano Gonzalez, qui a notamment mené Tony Yoka à l'or olympique.

Fin technicien, le fils Bennama dit avoir accompli depuis "une progression énorme", matérialisée par une médaille de bronze aux championnats du monde 2019 et le sentiment de pouvoir désormais rivaliser avec les meilleurs dans sa catégorie des moins de 52 kg.

Ce passionné de football, supporter du Toulouse FC et de l'Olympique de Marseille, avait tellement hâte de découvrir les JO qu'il a été l'un des premiers boxeurs français à composter son billet pour Tokyo, le 16 mars 2020, juste avant que la pandémie de nouveau coronavirus ne mette brusquement un terme au tournoi de qualification européen.

"Je commençais à m'échauffer et d'un coup le responsable arrive et dit que la compétition risque d'être annulée", se souvient-il. "Il est revenu 15-20 minutes après pour dire que finalement c'était bon".

Le sociétaire du Blagnac Boxing Club a réussi ce jour-là, "resté gravé" dans sa mémoire, à faire "abstraction" du contexte pour verrouiller sa place pour les Jeux -- "un rêve de gosse" -- quand la plupart des autres boxeurs devront encore passer par des qualifications au printemps prochain.

Un "coup de chance" et un "soulagement" pour lui, même si le report des Jeux à 2021 le contraint depuis à ronger son frein dans la même incertitude sanitaire.

"Il y a eu des hauts et des bas", reconnaît-il tout en trouvant, malgré l'impatience de ses jeunes années, quelques avantages à ce délai inattendu. "Ca me permet de progresser encore, de peaufiner les détails".

Et de commencer à nourrir pour Tokyo des ambitions très élevées. "Pour moi, il n'y a pas d'argent ou de bronze, j'y vais pour faire l'or. J'ai le potentiel, donc c'est à moi de tout faire pour aller jusqu'au bout et ne pas avoir de regrets", assume le boxeur, sans prendre de gants pour une fois.

Propos recueillis par Sébastien DUVAL