Foot: le blues des jeunes en formation privés de compétition

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Angers (AFP)

Dans les centres de formation, le Covid-19 a bouleversé la donne des jeunes footballeurs: scolarité perturbée, sorties limitées et surtout plus de matches officiels pour rythmer la semaine, acter les progrès... et se faire remarquer.

Dans la salle de musculation des jeunes du SCO d'Angers, une demi-douzaine d'adolescents, stylo à la main, planchent sur un questionnaire sur leurs objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

Normalement, ils devraient être sur le terrain à préparer leur prochain match. Mais tous les championnats amateurs, où sont engagés les équipes jeunes ou réserve des clubs de Ligue 1 ou de Ligue 2, sont suspendus depuis des mois.

Aussi les préparateurs physiques ont-ils glissé au planning cette séance de préparation mentale, qui se poursuivra avec des entretiens individuels, pour aider les jeunes à avancer en se projetant sur le long terme.

Parce que le présent inquiète: les clubs doivent décider avant fin avril quels joueurs remercier et à qui proposer un contrat. Et c'est un déchirement pour Abdel Bouhazama, directeur du centre de formation d'Angers.

- "Génération perdue" ? -

"Ma grande inquiétude, c'est de ne pas pouvoir donner les réponses justes à nos jeunes", explique-t-il. Or les matches sont un facteur de progression et d'évaluation essentiel.

"On continue à s'entraîner, s'entraîner, s'entraîner. Et on ne sait pas où on en est", regrette Lilian Raolisoa, 20 ans, ailier ou latéral droit de l'équipe réserve. "C'est en match qu'on est évalués, par nos coaches, mais aussi par des personnes en-dehors."

L'an dernier, quand le confinement a renvoyé tout le monde à la maison dès la mi-mars, Angers a opté pour une saison blanche au sein de son centre de formation: personne n'est entré, personne n'est parti.

Cette année, "on ne pourra pas garder tout le monde". Et il va falloir jongler avec les restrictions pour recruter les futures promotions, en permettant par exemple à des jeunes déjà repérés de venir faire des essais. "J'espère qu'on n'en arrivera pas à parler de génération perdue", s'inquiète Abdel Bouhazama.

A Angers, ils sont actuellement 75 jeunes de 15 à 20 ans sous différents types de contrats (formation, aspirants, stagiaires...), dont 26 hébergés au centre. Le club cherche en effet à recruter local, la proximité avec la famille restant un gage de réussite pour ces adolescents soumis à un stress intense: ils le savent, seule une poignée d'entre eux deviendra professionnel.

- Fermetures en cascade -

Tous les clubs mettent donc l'accent sur la scolarité, via des accords avec des lycées pour des cursus à horaires aménagés, pour que ceux qui devront repartir ne le fassent pas les mains vides.

Mais là aussi, ce n'est pas simple et il faut une attention particulière pour les "hébergés" qui ne sont accueillis au lycée qu'une semaine sur deux, et qui rentrent le moins possible le weekend pour limiter les risques.

Jusqu'à présent, le centre de formation d'Angers n'a enregistré qu'un cas de Covid-19. D'autres ont eu moins de chance et ont dû fermer temporairement au cours des derniers mois, comme au Havre, à Marseille, à Nice ou encore actuellement à Lorient ainsi qu'à Brest pour la deuxième fois.

Dans ces conditions, la dérogation permettant aux centres de formation de se retrouver pour des matches amicaux, même avec des tests quelques jours avant, peut paraître risquée. A Nantes, un jeune a été testé positif au Covid-19 après un match contre les jeunes de Lorient peu avant la découverte d'un cluster chez les Merlus.

Mais même pour ceux qui ont encore le temps de faire leurs preuves, comme Mattéo Corduan, milieu de terrain de 18 ans de l'équipe réserve, "les matches, c'est ce qu'on préfère dans le football".

Et puis la crise financière liée aux matches à huis clos et au fiasco des droits TV pourrait aussi accélérer l'intégration de certains jeunes au groupe professionnel, par mesure d'économies. Encore faudra-t-il qu'ils soient prêts. "Et la meilleure formation, c'est qu'ils jouent", explique Abdel Bouhazama.