Crise sanitaire, salaires... une partie du monde de l'éducation mobilisée

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Paris (AFP)

"Une vraie colère qui monte": des milliers de personnels de l'éducation nationale, rejoints par les infirmières scolaires mais aussi les lycéens et les étudiants, se sont mobilisés mardi partout en France pour dénoncer leurs conditions de travail et la gestion de la crise sanitaire.

Selon le ministère de l'Education, le taux de grévistes des enseignants s'élevait à la mi-journée à 11%.

A l'appel d'une intersyndicale composée notamment de laFSU, de la CGT et de FO, des défilés se sont tenus à Paris et dans de nombreuses villes comme Marseille, Toulouse, Rennes, Bordeaux, Grenoble ou Clermont-Ferrand.

Dans la capitale, la manifestation est partie en début d'après-midi des jardins du Luxembourg pour rallier le ministère rue de Grenelle, où une délégation de personnels devait être reçue dans l'après-midi.

Sur le pavé parisien, Marion, 35 ans, prof de français dans un collège francilien, a dénoncé des conditions sanitaires qui sont "loin de respecter le protocole": "il faut faire des demi-groupes au collège car il y a trop de brassage", estime-t-elle.

Eloignés de leur fac depuis des semaines, de nombreux étudiants sont venus grossir les rangs de la manifestation parisienne pour exiger d'y revenir en cours. "J'ai repris cette semaine en alterné, ça fait un bien fou de revoir les gens de la fac. Mais globalement, je me sens très seule, j'ai fait un mois d'insomnie à cause des écrans", explique Zoe, 19 ans, en première année de licence de géographie à Paris 1.

Depuis lundi, les étudiants de première année peuvent reprendre par demi-groupes les travaux dirigés (TD) en présentiel. D'autres niveaux devraient suivre dans le respect d'une jauge maximale de 20%, à condition toutefois que le gouvernement n'ordonne pas de reconfinement strict.

- "On nous enterre chez nous" -

Dans la manifestation de Marseille, Juliette Nigoghossian, 20 ans, étudiante en fac d'italien à Aix-en-Provence, explique qu'"une langue vivante, ça ne s’apprend pas sur Zoom mais en échangeant, en parlant. Aujourd'hui, tout est déshumanisé avec des visioconf toute la journée. On nous enterre chez nous".

Les personnels de l'éducation ont eux aussi dénoncé leurs conditions de travail, ainsi que leurs salaires. "C'est un moment crucial pour l'éducation, il y a une vraie colère qui monte chez les enseignants qui sont très inquiets", a assuré Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, en référence notamment au "Grenelle des enseignants" lancé par le ministre Jean-Michel Blanquer, qui doit s'achever en février.

"Ce qui est entrepris par le ministère n'est absolument pas satisfaisant, c'est essentiellement de la communication avec une revalorisation de surface qui est très insuffisante", a regretté M. Teste.

Sous un petit panneau "Je suis aussi gelée que le point d'indice", Julie, professeure des écoles à Bordeaux, en a "ras-le-bol" des conditions de travail dans l’éducation nationale.

A Grenoble, Camille Vittoz, professeur de SVT, est venue protester "contre la communication de notre ministre" sur des augmentations salariales dont "à peu près 70% d’entre nous" ne profiterons pas.

En novembre, le ministère avait annoncé des revalorisations de salaires à partir de 2021, ciblées surtout sur les plus jeunes. Mais les organisations syndicales espèrent qu'une loi pluriannuelle, promise au moment de la réforme des retraites, viendra consacrer des hausses pérennes et substantielles pour toute la profession.

Les infirmières scolaires, qui dénoncent la gestion de la crise sanitaire, ont elles aussi appelé à se mobiliser aux côtés des enseignants.

Pour Saphia Guereschi, secrétaire générale du Syndicat national des infirmières conseillères de santé (SNICS-FSU, majoritaire), les infirmières au collège ou au lycée sont accaparées par la gestion de la crise sanitaire et doivent gérer les "phases de dépistage et de tracing", au détriment de l'accompagnement des élèves.

"La grave conséquence de cela: nos jeunes, qui vont très mal, ne peuvent plus être accueillis comme il se doit lors des consultations dans les établissements car nous ne sommes pas remplacées, il faut réagir très rapidement", a-t-elle alerté.