Vendée Globe: le rêve inachevé de l'Allemand Boris Herrmann

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Les Sables-d'Olonne (France) (AFP)

Il a failli devenir le premier étranger à gagner le Vendée Globe: l'Allemand Boris Herrmann a vu son rêve s'envoler, emporté par un bateau de pêche qu'il a percuté mercredi soir, à une centaine de kilomètres de l'arrivée.

Après 80 jours de mer, Herrmann était épuisé mercredi, à quelques heures de l'arrivée. Il s'est endormi et a été réveillé par le choc brutal de son bateau. "Tout d'un coup, j'ai vu un mur à côté de moi, les bateaux se sont emmêlés, j'ai entendu des hommes crier", raconte encore secoué le skipper de Seaexplorer-Yacht Club de Monaco, qui naviguait alors en troisième position .

Une troisième place qu'il aurait pu transformer en victoire finale grâce aux compensations en temps reçues pour avoir participé au sauvetage d'un concurrent naufragé, Kevin Escoffier, le 30 novembre et qui s'élevaient à six heures.

Herrmann se contentera finalement de la quatrième place, une belle performance malgré tout pour le marin, qui participait à sa première course autour du monde en solitaire et sans escale.

Discret, Herrmann, qui s'est fait un devoir d'apprendre le français pour se faire une place de choix dans le monde de la course au large, a passé les étapes les unes après les autres durant dix ans pour se présenter enfin sur la ligne de départ du Vendée Globe, à 39 ans.

Initié très jeune lors de croisières en mer du Nord avec ses parents, Herrmann a su très tôt que sa vie se ferait en solitaire.

- Le plan Desjoyeaux -

"On était toujours, mon père et moi, sur le petit bateau de 8 mètres en acier, je ne connaissais pas ça en équipe, je n'étais pas membre dans un joli yacht club. Alors c'était plus réaliste pour moi de faire du solitaire", livre-t-il à l'AFP.

Ironie du sort, trente ans plus tard, c'est sous la houlette du yacht club de Monaco qu'il peut vivre son projet Vendée Globe grâce à son ami et vice-président du club de la Principauté, Pierre Casiraghi.

Pour en arriver là, il a appliqué à la lettre un plan de bataille que lui avait griffonné le marin émérite Michel Desjoyeaux, unique double vainqueur du Vendée Globe (2000-2001, 2008-2009).

Il avait pu naviguer avec lui en 2009 après l'avoir rencontré sur un salon nautique à Düsseldorf.

"Il m'avait dit: +Si jamais un jour, tu t'en sors de ton université, tu peux venir naviguer et faire des trucs comme nous et faire le Vendée Globe+", se souvient le marin allemand.

"Michel m'avait fait un calendrier type pour le Vendée Globe, et dix ans plus tard je me rends compte de la finesse de sa réflexion", admire-t-il.

Herrmann n'a pas chômé depuis. Il s'est aguerri aux côtés des meilleurs navigateurs lors des stages au pôle France de Port la Forêt (Finistère), a fait le tour du monde trois fois, notamment en mode record avec Francis Joyon (Idec sport), mais sans le battre.

- L'école Soldini -

Il a aussi beaucoup appris avec l'Italien Giovanni Soldini.

"Il m'a transmis son approche très pragmatique. Si j'ai pas l'argent, j'aurai un petit zodiac au lieu d'une belle équipe avec trois zodiacs, je me débrouille quand même. C'est comme ça qu'on a fonctionné sur ce projet. On a commencé avec une seule personne, on a préparé le bateau à deux, j'ai dormi ici (à Lorient, sa base) dans mon van, on a mouillé dans les petites baies de Monaco".

Pour son premier Vendée Globe, Herrmann, papa d'une petite fille âgée de sept mois, a impressionné en revenant sur le devant de la course sans crier gare.

"C'est quelqu'un d'assez calme, posé, il a été assez attentiste dans le sud, pas accrocheur comme l'a été Louis Burton par exemple. J'ai pas compris comment il a réussi à accrocher mais après les Malouines il s'est retrouvé aux avant-postes pour transformer l'essai", avait souligné Desjoyeaux à l'AFP avant l'incident de la collision.

Nul doute qu'on devrait revoir Boris Herrmann en course au large, et peut-être même sur le prochain Vendée Globe. Mais avant de penser à tout cela, dès qu'il aura posé le pied à terre, il mangera une glace, son péché mignon !